
| Turra, un Etat tétanisé |
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| Vendredi, 02 Juin 2006 01:00 |
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par Jean-Pierre Courtin, Président
Rappelons les faits. Voici 20 ans, le petit domaine skiable de Termignon est autorisé mais strictement bordé : compte tenu de la fragilité de la forêt d'Arc, des richesses biologiques des vallons d'altitude, rien de plus ne pourra être accepté à l'avenir. Désastre annoncé, la station est un échec, en déficit chronique de 300.000 euros par an. Cependant, on espère appâter le Club Med (qui dans le même temps désarme deux centres existants en Savoie), et l'on construit à tout va des résidences défiscalisées dans le cadre des Zones de revitalisation rurale (ZRR). Cet activisme doit être justifié ; on dépose donc en 2005 un dossier d'extension et de liaison entre Val Cenis et Termignon. Les services compétents sont réservés ou défavorables y compris les Finances, mais la commission UTN n'écoutant que son bon cœur donne un avis favorable. Pourtant le préfet coordonnateur de massif refuse le projet par arrêté du 22 avril 2005 ; la continuité de la décision administrative est assurée, et nous y avons certainement contribué. Le cabinet du ministre de l'équipement est fort gêné et multiplie les lettres d'ouverture pour tenter de sauver le projet ; le nouveau ministre n'est-il pas candidat à la magistrature de la capitale des Gaules ? Il faut ménager les parlementaires influents de Rhône-Alpes, et mieux leur complaire. De fait, six mois plus tard le dossier est présenté à nouveau avec une modification mineure qui ne lève aucun des considérants qui avaient fondé le refus du 22 avril. L'avis de la commission UTN est encore favorable mais le dossier a perdu une voix. L'âne est à la croisée des chemins. Comment dire oui en disant quand même non ? Comment faire qu'un grand préfet de la République avale sa casquette sans s'étrangler ? Comment le délégué du massif des Alpes qui tient la plume peut-il rédiger un arrêté à l'opposé du précédent sans que le contentieux soit d'avance perdu ? Comment masquer que dans l'arbitrage gouvernemental le ministère de l'Ecologie ait tout perdu ? Alors, on nous prépare une subtile potion qui provoque la sidération, qu'on en juge : on autorise le projet dont l'équipement du vallon de Cléry ; mais on pose les pylônes à l'hélicoptère, on ne fait aucun terrassement sur les pistes, on s'abstient de toute protection contre les avalanches, on plante un joli petit arrêté de protection de biotope sur la station de Carex glacialis. Cette hypothèse nous a été sérieusement présentée à laquelle nous avons répondu par un double refus : de cautionner un compromis inapplicable, de participer à une quelconque commission de suivi. Le ministère de l'Ecologie s'est bien battu, croyons-nous, pour sauver quelque chose ; il garde toute notre considération et nos attentes et nous ne sommes pas certains de le décevoir par notre rigueur : nous ne pouvons participer à cet arrangement misérable, véritable mensonge écologique et institutionnel. Nous ne savons pas encore quelle encre sèchera le plus vite de notre revue 67 [datée "Eté 2006", dans lequel cet article sera publié> ou d'un arrêté scélérat ; au fait, est-il exclu que l'Etat dans sa grande sagesse s'abstienne de toute écriture et procède par autorisation tacite ? Le 27 avril 2006 ![]() |