Pratiques sportives de nature : du point au trait ? Imprimer Envoyer
Lundi, 20 Août 2007 01:00
par :
Libéra Berthelot, Doctorante au laboratoire PACTE – Territoires / CERMOSEM (UMR 5194), Université Joseph FOURIER – GRENOBLE 1, sous la direction de Philippe Bourdeau sur « L'itinérance récréative comme modèle alternatif de développement et d'aménagement de la montagne et de l'arc alpin en particuliers. L'exemple de l'association Grande Traversée des Alpes de 1971 à 2010. »

Marc Langenbach, Doctorant au laboratoire PACTE – Territoires / CERMOSEM (UMR 5194), Université Joseph FOURIER – GRENOBLE 1, sous la direction de John Tuppen sur « Pratiques récréatives et sportives de nature et développement local ».


Les pratiques récréatives et sportives de nature telles qu'elles seront abordées dans cet article, se sont développées historiquement en opposition au modèle touristique de la station. Elles dépassent un modèle de consommation et de production de biens et de services localisé et structuré autour d'un pôle principal. Leurs modalités sont donc fortement orientées vers des formes d'itinérances spatiales, sociales et tribales. La localisation des espaces ou des sites de pratique, reflète bien cette dynamique, avec la localisation de nombre d'entre eux dans des espaces intermédiaires ou ruraux et pas nécessairement à proximité de hauts lieux touristiques. La demande semble ici présider au développement des espaces de pratique puisque c'est le pratiquant lui-même qui en utilisant un site, un itinéraire ou un espace et ce au sein d'un groupe (social, tribal, familial, etc.) ou non, va le « démocratiser ». C'est ici une des caractéristiques principales de ces pratiques, à savoir que le pratiquant dirige par son action (collective ou isolée) le développement territorial d'une pratique en donnant un sens, des valeurs (culturelles, sociales et économiques) au lieu fréquenté.

Ceci véhicule donc de nombreux enjeux territoriaux, puisque ces pratiques échappent aux cadres localisés et structurés du développement touristique. En matière d'environnement notamment, cela pose des problèmes d'impacts, difficilement quantifiables mais ayant néanmoins un coût pour les collectivités territoriales. Socialement, ces pratiques engendrent aussi leurs lots d'impacts négatifs, avec notamment des formes de ségrégation ou de conflits culturels. Puis, pour ce qui nous intéresse ici, en matière d'économie, il est difficile d'évaluer l'impact de ces activités sur le développement local. Ces dernières s'inscrivant clairement en opposition aux modèles touristiques fordistes refusent les systèmes de consommation traditionnels et posent de ce fait des problèmes d'évaluation pour les collectivités territoriales et notamment dans la perspective d'une gestion concertée (publique, para-publique, privée, etc.) et d'une pérennisation de ces pratiques.

Les diverses méthodes d'évaluation des retombées économiques existantes (méthodes des coûts et bénéfices, analyse des injections et fuites, etc.) ne prennent pas en compte les spécificités territoriales des pratiques et du système économique. Les collectivités territoriales tentent donc de plus en plus d'évaluer ces injections afin de pouvoir agir de manière adéquate dans le développement de ces activités et du territoire. Mais plusieurs biais ne leurs permettent pas d'obtenir des données précises et solides. Les résultats des études sont ainsi largement soumis aux orientations choisies dans la problématique initiale, l'échelle d'application va elle aussi apporter son lot de limitations ainsi que la prise ou non en compte des spécificités territoriales des pratiques (nécessaire itinérance ou sédentarisation selon la pratique). Enfin il convient peut-être d'appréhender économiquement ces activités selon les mêmes canaux (PIB régional, économie résidentielle, etc.) que d'autres activités (au sens économique) puisqu'elles revendiquent une absence de consommation « touristique » et entraîne donc une forme de dilution (absence de spécificités économiques dues à ces activités récréatives ou sportives) de ces injections au sein des territoires plus uniquement touristiques. L'affinage d'indicateurs du développement ou de la structuration économique de ces activités et non pas leur observation à travers des indicateurs économiques transférés d'autres activités économiques pourrait ainsi permettre de connaître leurs niveaux d'intégration aux processus de développements locaux. Or, plusieurs signaux médiatiques et institutionnels laissent pressentir que l'itinérance touristique, pourtant inscrite dans la sphère de ces pratiques décalées, a le vent en poupe : comment les comprendre et les traduire ?

Cette pratique touristique dont l'impact économique fait partie de ceux encore difficilement mesurables, est actuellement proposée par certains comme une « nouvelle chance » pour la montagne ? . Alors même que depuis les années soixante-dix, la fortune et l'avenir des Alpes se sont essentiellement concentrés sur l'exploitation de l'or blanc et autres « applications estivales » du modèle de la station, assiste-t-on à une révolution du développement touristique des Alpes ?

Même si il est certainement trop tôt pour le dire, nous proposerons ici deux hypothèses montrant que si il n'y a pas (encore) révolution, le simple fait de se poser la question laisse supposer qu'il y ait tout au moins évolution. En effet, s'interroger sur la possibilité que l'itinérance touristique soit une « nouvelle chance » pour la montagne implique que l'on questionne la pertinence, l'efficacité du modèle actuel. Le modèle de développement et d'aménagement dominant, la station, serait-il en crise ? Pour aller plus loin, quels aspects du modèle sont, ici, interrogés : son organisation, ses pratiques induites, ses valeurs ?

De plus, percevoir l'itinérance comme une alternative possible au développement montagnard, suppose que l'on voit dans cette activité un potentiel de développement local. Alors même qui lui a été (et est) souvent reprochée d'attirer des touristes en dehors de son territoire, de sa vallée puisque l'itinérant ne fait que traverser mais jamais s'arrêter. A l'image des chemins de Saint-Jacques de Compostelle ou autres grandes traversées, on reconnaîtrait, ici, l'intérêt du symbole, du sens et de la nécessité de coopération entre vallées (inhérents à cette activité) pour développer des activités touristiques.

Ainsi, existerait-t-il des valeurs, des références intrinsèques à l'itinérance touristique induisant des modalités d'organisation, de gestion et de pratiques spécifiques ? Si tel est le cas, cette forme de pratiques touristiques et récréatives interroge le fonctionnement actuel du tourisme alpin et sa mise en place nécessitera (et nécessite déjà) des évolutions et des adaptions tant de la part des institutionnels que des professionnels du tourisme. À travers ces quelques lignes, nous pouvons constater qu'il reste encore un chemin à parcourir pour penser le tourisme autrement (qu'en termes de consommation et de station) tant pour l'évaluation de l'impact économique que pour la structuration de l'offre. Même si de-ci, de-là des expériences et initiatives sont mises en place.

 

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