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Loin d’être des « anti-stations », nous nous efforçons de maintenir un équilibre entre espaces aménagés et espaces naturels.

Pour cela nous nous mobilisons pour limiter l’extension irraisonnée des stations de ski et préserver les espaces libres situés en limite. Nous travaillons aussi à une meilleure prise en compte de l’environnement dans les domaines skiables, notamment en ce qui concerne l’enneigement artificiel.

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Canon Ă  neige : eau secours ! Imprimer Envoyer
Mercredi, 10 Décembre 2003 01:00
V. Neirinck

Bulletin Mountain Wilderness n°54, 4ème trimestre 2002

« L'or blanc : un paradis perdu ? », « Une saison sauvée par le canons à neige », deux des titres de journaux qui ont illustré la saison 96/97, mais qui soulignent une situation dans laquelle l'enneigement artificiel apparaît comme la panacée absolue contre les aléas météorologique. En effet, il suffit d'un peu de froid et la technique pallie les manquements du ciel : c'est la fin des saisons sans neige. Mais les stations de ski, qui ont besoin de rentabiliser des investissements en remontées mécaniques de plus en plus coûteux, peuvent également ouvrir leurs pistes de plus en plus tôt en saison, et surtout les maintenir ouvertes tout l'hiver. La neige artificielle permet également de garantir un retour à la station durant toute la saison de ski.

L'exemple de ce qui s'est passé aux Orres à Noël 98 conforte cette vision : une noria de cars a amené les skieurs en manque de neige de tous les coins des Hautes-Alpes afin de profiter de la neige de culture de cette station.
Serre-Chevalier n'a pas tardé à réagir et s'est depuis équipée de manière conséquente, offrant en 2001 300 canons à neige pour 30 km de pistes enneigées artificiellement, chiffres portés cette année respectivement à 350 et 45 km... Ce schéma se reproduit dans toutes les montagnes de France.

Tout cela a évidemment un coût, en particulier du point de vue de l'environnement.
L'alimentation des canons à neige nécessite énormément d'eau, au point que cela peut amener à poser des problèmes d'approvisionnement en eau potable : en hiver, l'eau, prisonnière du gel, est rare en montagne. Paradoxalement, c'est dans ces périodes de déficit de la ressource que l'eau est sollicité pour les canons à neige. Début 2002, on est passé très près de la pénurie dans les Hautes-Alpes, la station des Orres se faisant même taper sur les doigts pour avoir puisé dans sa réserve d'eau potable...
La solution : créer de plus en plus de retenues collinaires, ces lacs artificiels au fond recouvert d'une bâche en plastique qui stockent l'eau nécessaire à la fabrication de la neige.
Leur multiplication et l'importance des travaux nécessaire à leur mise en place —en particulier pistes d'accès pour les engins de chantiers— tend à modifier profondément les paysages de montagnes (voir photos des travaux dans le bulletin n°51). La condition sine qua non de l'utilisation de neige de culture est de constituer les réserves en période d'eau abondante et d'interdire absolument les pompages dans les ruisseaux ou les nappes en hiver ; c'est la responsabilité de la police des eaux (Mission Interservices de l'Eau dans chaque département) d'y veiller. Mais les contrôles sont-ils exercés ? Las, cette condition pousse à des lacs artificiels gigantesques, aux berges abruptes et donc barricadés, une horreur absolue dans le paysage estival de la montagne ; décidément, dans tous les cas le coût des politiques des stations est exorbitant...
L'impact sur les paysages est d'autant plus grand que pour réduire la consommation en énergie —un autre gros problème des canons à neige—, on est amené à utiliser de plus en plus des canons à neige fixes, moins gourmands en électricité que les canons mobiles.

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Construction d'une retenue collinaire : des travaux pharaoniques !


De plus, en augmentant de manière artificielle la durée d'enneigement, on réduit d'autant la période au cours de laquelle la végétation, déjà à rude épreuve du fait de l'altitude, peut se développer. Cette neige, plus humide, et donc plus compacte, fond beaucoup moins vite et peut favoriser, au printemps, l'apparition de mousses susceptible d'empêcher le fourrage et certaines plantes de pousser (Les stations nient ce problème, mais certaines étalent leur neige artificielle en fin de saison pour accélérer la fonte). Le paradoxe est que la présence du manteau végétal est garant de la bonne tenue de la neige artificielle. De plus en plus, les pistes sont donc "lissées" au maximum, pour permettre le passage de la dameuse avec une couche minimale de neige sans racler le sol, ce qui augmente évidemment leur impact visuel en été... qui même en hiver peut être important : les langues de neige dévalant les pentes au milieu de l'herbe ne sont pas très naturelles !

Et n'oublions pas, dans ce numéro dont le dossier est consacré à l'opération « Silence ! », de parler du bruit. Chaque canon émet en effet entre 60 et 80 décibels, créant donc une gêne pour la faune —qui n'est sans doute plus à cela près au sein d'un domaine skiable !—, mais aussi pour les résidents, les installations étant souvent situées au bas des pistes, dans les secteurs habités, et utilisées la nuit.

Des craintes pour l'avenir
Ces inconvénients environnementaux ne font évidemment pas le poids face aux enjeux économiques et à l'assurance neige fournie par les canons. Le même phénomène publicitaire qui prévaut à l'augmentation du kilométrage de piste offert par une station joue aussi avec le km de pistes enneigées artificiellement. On assiste donc à un développement tout azimut, à une fuite en avant, y compris vers le haut (en Suisse, certains glaciers sont équipés pour garantir un bon ski d'été !).
On pouvait espérer que les canons à neige ne servent qu'à garantir l'enneigement des domaines existants ; ils deviennent aussi une garantie pour la création de pistes —voire de stations— en moyenne montagne... jouant ainsi leur rôle dans la course à l'or blanc observée ces dernières années.

Ce qui aurait du rester une assurance de dernier recours est devenu la bĂŞte noire des Alpes.

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Comment ça marche ?
Un canon à neige fonctionne en appliquant les effets du phénomène thermodynamique de la détente adiabatique sur de l'eau vaporisée. Lorsque l'air s'échappe par des buses de très petit diamètre, tout en aspirant et pulvérisant l'eau comme dans un vaporisateur, il subit un fort refroidissement qui amène sa température bien en dessous de 0°. Les gouttelettes portées par ce jet d'air glacé se transforment instantanément en petits cristaux de glace qui font raisonnablement office de neige, si la température ambiante est suffisamment basse. Des additifs permettent de produire de la neige à des températures de plus en plus élevées.
Les canons peuvent être installés à demeure ou être mobiles. Dans le premier cas, l'impact paysager est énorme, mais les consommations d'eau et d'énergie sont plus faibles. Puissance d'un canon de l'ordre de 20 kW, débits d'eau environ 40 m3/h, bruit 70 décibels à 50 m. Le poids d'un canon mobile avoisine les 650 à 800 kg, hauteur 2,4 m, longueur 3m.

Installation de canons Ă  neige : quelles autorisations ?
En France, il n'y a pas de réglementation spécifique aux installations d'enneigement artificiel.
L'exploitation de compresseurs d'air de forte puissance électrique impose cependant d'obtenir une autorisation préfectorale relevant de la Loi du 19 juillet 1976 sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Les prélèvements d'eau dans le milieu naturel sont également sujets à autorisation (Article 10 de la Loi sur l'eau du 3 janvier 1992).

 

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