|
Bulletin n° 1 de Mountain Wilderness France, mai 1989 |
|
|
Editorial du Président Haroun Tazieff
Il y a largement plus d'un demi-siècle que, tombé soudain amoureux des Alpes, je parcours les montagnes chaque fois que l'occasion m'en est donnée.
Cette passion avait été tellement forte que j'avais abandonné la profession que j'avais choisie d'ingénieur agronome, pour, au terme de quatre années d'études supplémentaires, exercer celle de géologue. Car la géologie me permettait de comprendre mieux ces montagnes qui me fascinaient et allait, pensai-je, me donner la possibilité de vivre professionnellement au milieu d'elles.
Mais en ce demi-siècle et surtout depuis la deuxième guerre mondiale, j'ai vu être dégradée toujours davantage cette multiple splendeur que la montagne représente, qui représente un patrimoine fabuleux. | | |
Au sens premier du terme. Dégradée par ce que l'homme a de plus méprisable, l'appât du lucre, la vanité, la vulgarité, le manque d'éthique. Dégradée par les ordures dont trop de minables touristes et de minables alpinistes jalonnent leur passage, dégradée par les gougnafiers du béton, par ceux des ascenseurs de toute nature, par ceux des moteurs à explosion, tous, les uns autant que les autres, éblouis par les profits qu'ils réalisent ou par ceux qu'ils escomptent, profits colossaux certes mais criminels parce qu'ils sont engendrés par le massacres d'endroits parmi les plus somptueux du monde, endroits qui seront de plus en plus indispensables à mesure que croîtront les mégalopoles monstrueuses du troisième millénaire.
|