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Jean Pierre Courtin : poète, dessinateur, protecteur, ... Imprimer Envoyer
interview parue dans le revue MW n°59



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D'où vient ton engagement pour la protection de la montagne ?
Il faut commencer par le début, car c'est une histoire de garnement. Les études et la ville étaient pour moi un cauchemar ; alors j'élevais toute espèce de bestioles sur mon balcon parisien : souris et cochons d'Inde, moineaux, merles, pies, choucas, bouvreuils et j'en passe. Seules comptaient les vacances dans la campagne drômoise; alors je pourchassais sans relâche les bruants et les grives dans les haies, les becs croisés et les cul blancs (Traquet motteux) sur les lapiaz du Vercors. Plus d'un sera horrifié que je sois venu à la montagne par la braconne, mais je suis sorti de ce handicap en devenant forestier ; à l'école, l'apprentissage était devenu un jeu léger, à la sortie il y avait des postes en montagne et je fus rassasié de nature.

A quels projets te consacres-tu à MW ?
Je crois bien que dès 1968 j'ai participé à la création de la CNPM et à la première Charte des Alpages et des Glaciers du CAF avec un autre pasionné, Charles-Noël Berrehouc. Les assemblées de clubs —j'étais alors au CAF de La Roche sur Foron— tournaient autour des refuges et des statistiques de nuitées ; se mettait alors en place le Plan Neige et se profilaient les massacres tous azimuts du business en montagne, mais tout le monde s'en foutait, c'était sinistre ; heureusement les esprits ont évolué dans nos associations. Je me suis souvenu de ces origines en proposant la “Charte Montagne et Alpinisme” aux premières journées européennes de la montagne à Autrans en décembre 1998. Trente ans après, quel tropisme !



Alors, mes dossiers de prédilection, c'est la protection de la montagne contre tout ce qui tue les rêves. Je participe aux stratégies contre les projets d'équipement qui vont toujours plus loin et plus haut ; mais nous sommes encore laminés par le pouvoir de l'argent. Le comble c'est qu'il faut se battre pour défendre même les Parcs Nationaux, la bonne conscience de tout le monde, 1% du territoire national ; alors en dehors... J'ai participé au renouvellement du collectif Mont Blanc, aujourd'hui “Pro Mont Blanc” et à la démarche Mont Blanc patrimoine mondial ; mais c'est d'abord pour montrer ce qui nous sépare d'une bonne “gouvernance” du massif ; une inscription maintenant serait pur scandale.
Je m'intéresse aussi au projet Installations Obsolètes qui nous met en situation de partenariat et d'action positive, très important pour notre image. Cela nous a valu beaucoup d'adhésions et nous rend quelque part incontestables.

Quelles actions penses-tu nécessaires pour l'avenir ?
Je crois que nos projets actuels sont bien choisis, notre énergie bien placée. Il faut continuer, approfondir, développer notre compétence, enregistrer de nouveaux succès ; on ne change pas un programme qui gagne. Sur les IO il y a un énorme travail à faire qui est largement une stimulation des partenaires même si nous mettons la main dans le cambouis pour l'exemple ; sur “Silence !” aussi, un enjeu majeur quand on constate que la loi n'est pas appliquée et que la langue de bois est pratiquée à tous les échelons de l'autorité. Je suis consterné par l'ambiguïté des pouvoirs publics, la pusillanimité de l'Etat, le parjure permanent des élus locaux. Dans ce massacre programmé du rêve j'apporte à notre mouvement quelques bribes de droit et la pratique du complexe politico-administratif. Raymond Aron disait qu'il faut comprendre avant de maudire ; hélas je maudis beaucoup.
Continuer donc, sans angélisme et avec la solidité que nous donne notre succès. Nous nous développons rapidement ; il faut croire que la pente de la facilité et de l'imprévoyance dans les politiques de la montagne ne convient pas à une forte minorité qui finira avec nous par se faire entendre.

Et quelles sont tes propres pratiques de la montagne ?
Elles sont un peu obsolescentes elles aussi. Je n'ai jamais été un vrai grimpeur mais j'ai fait quelques bêtises en altitude, de celles qui font les beaux souvenirs ; je reste un traîne ruisseaux et un braconnier repenti ; je cherche ma wilderness où je peux sur les chemins de traverse et les recoins oubliés. Je randonne à skis ; j'aime de plus en plus partir seul, à mon rythme, sans portable bien sûr, charte oblige. Et je me berce à l'idée que je pourrais faire encore quelques courses engagées, mais les tendons et le souffle pourraient me lâcher, pure rêverie donc.
 

© Mountain Wilderness, association de protection de la montagne déclarée d'utilité publique.
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