Secours en montagne

Secours en montagne : un principe de solidarité à défendre absolument !

Suite à une communication de la Cour des comptes remettant en cause la gratuité des secours en montagne, de nombreuses voix se sont élevées pour défendre ce service public indispensable. Comme à chaque fois que ce sujet est remis sur la table, Mountain Wilderness tient à rappeler son attachement au service public de secours en montagne et au principe de solidarité. Explication.

6 min de lecture
Vie associative

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 09 mars 2026

La gratuité du secours en montagne est de nouveau menacée

« Secours en montagne : la Cour des comptes rouvre la question de la gratuité » ; « Secours en montagne : la Cour des comptes recommande la fin de la gratuité » ; « Vers la fin de la gratuité des secours en montagne ? La Cour des Comptes brise le tabou »… ainsi en témoignent ces quelques titres d’articles parus en réaction à la communication « Les secours en montagne » produite par la Cour des comptes à la demande de la commission des finances du Sénat.

Les réactions ne se sont pas fait attendre pour défendre le principe de la gratuité du secours en montagne, notamment celle de Charles Van der Elst, président de la Fédération française des Clubs alpins et de Montagne, celles de professionnels de la montagne, mais aussi celles d’anciens secouristes, viscéralement attachés à ce principe fondamental de solidarité.

Secours en montagne
Secours en montagne V 4
Secours en montagne

Un combat historique pour la gratuité

Mountain Wilderness a déjà eu l’occasion, à de nombreuses reprises, de se positionner en ce sens.

Ainsi en 2002 avions nous lutté contre le fameux « article 54 » de la loi sur la démocratie de proximité qui prévoyait déjà de mettre fin à cette gratuité. On pourra lire ici le dossier numéro 56 de notre revue qui était consacré à ce sujet. En 2014, dans un contexte où la encore les secours étaient menacés, nous proposions avec CIPRA-France une motion adoptée à l’unanimité par la commission permanente du Comité de massif des Alpes. Ce texte affirmait l’attachement de tous au maintien du principe de gratuité du secours en montagne, au maintien du service public de secours en montagne, et une forte exigence quant à l’adéquation des moyens humains et de matériels aux besoins constatés (avec un accent particulier sur la priorité à donner au maintien des détachements en montagne des bases d’hélicoptères de la sécurité civile, été comme hiver) – lire ici.

Encore en 2016, alors que la Loi Montagne II était élaborée, avions-nous dû nous mobiliser pour que le principe de secours privés, tel que mis en œuvre dans certains domaines skiables suite à l’adoption de l’article 54 de 2002, ne soit pas étendu à une grande partie des territoires de montagnes (les vallées accessibles gravitairement depuis le haut des remontées mécaniques ; là où c’est rentable, en gros). Dans une prise de position intitulée « Qui veut la peau du service public du secours en montagne ? », nous rappelions notre « fort attachement à un service de secours en montagne de qualité et gratuit pour tous les habitants et tous les usagers de la montagne. [Un] service, que la solidarité de la nation a porté à un niveau de qualité et d’efficacité exceptionnel, [...] reconnu comme tel dans le monde entier ». Ce texte avait fait grand bruit et avait conduit le président de la commission permanente du Conseil national de la Montagne à travailler avec nous pour faire évoluer le texte et éviter ces dérives.

Dans une contribution inter-associative coordonnée par Mountain Wilderness à l’occasion de l’élaboration de cet Acte II de la « loi Montagne », dans le chapitre consacré aux services à la population, nous intervenions en ces termes sur cette question du secours en montagne : « Cette question est très souvent, trop souvent cantonnée au problème du coût du secours apporté aux alpinistes, randonneurs, skieurs, bref, aux pratiquants des activités sportives de montagne, que l'on accuse alors souvent d'irresponsabilité ou de mettre en danger la vie des secouristes. Il est régulièrement question de rendre payant ces secours, voire de les privatiser, à l'image de ce qui s'est produit au sein de certains domaines skiables depuis l'adoption de la loi relative à la démocratie de proximité de 2002. Celle loi précise en effet que « les communes peuvent exiger des personnes secourues ou de leurs ayants droit une participation aux frais liés à l'opération de secours consécutive à la pratique de toute activité sportive ou de loisir. » Ce système a été mis en œuvre pour le péage du secours sur domaine skiable : des opérateurs privés se sont en effet installés là où c'est facile et rentable ! Mais s'il est relativement facile de faire payer, par assureur interposé, les victimes d'un accident de ski, comment imaginer un tel système pour le reste de la montagne ? Si un alpiniste, un randonneur peut prendre une assurance, qu'en sera-t-il du cueilleur de champignon, du promeneur occasionnel ? En montagne, la nature du terrain peut nécessiter l'intervention d'un hélicoptère à seulement quelques centaines de mètres d'une route ou d'un village... Ce fut le cas début 2014 en Matheysine, lorsqu’une jeune fille a chuté d'une barre rocheuse à quelques mètres de son village, en promenant son chien, comme tous les jours. Les recherches ont nécessité d'importants moyens, notamment aériens. Elle n'était pas skieuse, pas glaciériste, par alpiniste, elle n'était pas couverte par une assurance liée à une pratique sportive, elle habitait juste la montagne. Il en va de même également pour nombre d'accouchements survenant avant délai et créant des conditions d'urgence. L'intervention publique garantit un traitement égalitaire : les sociétés privés interviennent là où ils savent que quelqu’un sera en mesure de payer la facture. La Sécurité Civile ou l'hélicoptère du PGHM décollent régulièrement pour s'assurer qu'il n'y a personne sous une avalanche. Les privés n'iront jamais ; ils n'assureront jamais non plus une couverture à l'année des enjeux de secours à la personne sur l’ensemble du territoire de montagne. [...]. L'inscription de ce principe de gratuité à l'occasion de l'Acte II nous semble relever d'une solidarité indispensable ! »

Nous aurions pu également invoquer le risque de sur accident, les secours étant déclenchés lorsqu’il est trop tard par crainte de la facture, ou le faible coût relatif par an et par habitant de cette solidarité. Si les secours sont payants, certaines personnes pourraient retarder l’appel par peur du coût. Un retard d’intervention peut aggraver la situation (hypothermie, hémorragie, etc.), et rendre l’opération plus lourde… et finalement plus coûteuse pour la collectivité.

Mountain Wilderness réaffirme son engagement

Aujourd’hui encore, MW tient a réaffirmer son attachement à la gratuité du secours en montagne :

  • Le secours en montagne est un service public solidaire et indispensable
    Mountain Wilderness insiste sur le caractère essentiel du secours, qui sauve des vies et doit être accessible à tous, sans discrimination économique.
  • La gratuité favorise une solidarité collective
    La gratuité est une expression de solidarité nationale : tout citoyen ou visiteur bénéficie d’un système financé par l’impôt, garantissant que personne ne renonce à appeler à l’aide pour des raisons financières. Les secours (pompiers, SAMU, police) sont gratuits partout ailleurs.
    La montagne fait partie du territoire national : il serait discriminatoire de faire payer uniquement certains types d’accidents.
  • Refus d’un système à deux vitesses
    MW met en garde contre une potentielle dualisation du secours : si certaines interventions deviennent lucratives ou privées, cela pourrait conduire à des inégalités de traitement selon la zone, le moment ou la « rentabilité » du sauvetage.
  • Maintien d’un service de qualité partout
    Mountain Wilderness souligne que des opérations difficiles, non rentables ou en zones isolées (secours nocturnes, zones difficilement accessibles, secours non liés aux sports à la mode) risquent d’être délaissées si la gratuité était remise en cause.

Le secours vise à sauver des vies, pas à sanctionner un comportement. Introduire une logique financière dans l’urgence est contraire aux valeurs de solidarité. Des valeurs portées par la devise de la République, et fortement ancrées dans la communauté montagnarde.

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