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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Aménagements titanesques au Mont-Blanc

20 avr. 2015
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Helbronner, côté français
© Cordée Mont-Blanc

Avec la prochaine inauguration des nouvelles installations de la pointe Helbronner, la ville de Courmayeur entre dans une nouvelle phase de son développement touristique. Celle-ci souffre depuis des décennies de la vétusté de remontées mécaniques ne lui permettant pas de capter une manne touristique enviée au côté français. Ainsi donc, une refonte complète du téléphérique de la Pointe Helbronner a été décidée depuis quelques années.

Le Téléphérique le plus cher du monde

Ce sont 160 M€ qui ont été investis pour la réalisation de ce chantier hors catégorie (Selon le Dauphiné Libéré : quatre fois plus que le “Vanoise express” qui relie La Plagne aux Arcs). Il est communément admis qu’il s’agit du plus gros chantier de téléphérique au monde. Quatre ans de travaux colossaux, à plus de 3000 m d’altitude, ont été nécessaires pour une ouverture prévue en mai 2015, lors de la foire Internationale de Milan.
Depuis 1947, une installation vétuste, monte chaque année, en trois étapes, une petite centaine de milliers de passagers (touristes, alpinistes et skieurs hors-pistes) de Courmayeur vers le refuge Torino, porte d’entrée du Mont-Blanc.
Le nouveau téléphérique, un des plus modernes au monde avec de spacieuses bennes ovoïdales et tournantes permettra au passager d’admirer le panorama à 360°, tout au long de la montée, avant d’atteindre le secteur glaciaire de la vallée Blanche à 3 452 m d’altitude. Il acheminera, en deux tronçons, un nombre de visiteurs volontairement limité à 500 000 chaque année.
Au sommet, à la pointe Helbronner, qui a été considérablement remodelée, un tube de béton de 80m de hauteur, creusé en puits à la verticale, a été inséré dans le granit afin de stabiliser la plate-forme recevant la nouvelle gare d’arrivée. Une véritable blessure à la structure de la montagne. Dans ce tube, un ascenseur est destiné au transport des visiteurs voulant se rendre au refuge Torino par un tunnel de 150 m le prolongeant à sa base. La station supérieure, conçue d’acier et de verre, comporte une salle multi-media et une plateforme panoramique de 14 m de diamètre. Deux musées sont également prévus.
Avec ce téléphérique et ces installations le Val D’Aoste se voit entrer dans la cours des grands domaines touristiques alpins et ainsi mieux rivaliser avec la vallée de Chamonix. De fait, il a déjà entamé une grande campagne marketing louant des espaces publicitaires dans de nombreux aéroports européens. Une pratique violemment critiquée par les organisations environnementales italiennes à la suite d’un reportage de la RAI (principal groupe audiovisuel public italien) vantant les mérites touristiques du site mais passant sous silence ses aspects environnementaux négatifs. A noter que la société « Funivie Monte Bianco » se targue d’avoir pris en compte d’importantes mesures environnementales alors que le tracé des remontées et des gares montre un terrain considérablement ravagé.

Du côté de l’Aiguille du Midi

On ne chôme pas, mais avec 3,5-4 M€ il s’agit ici essentiellement de peaufiner et réorienter une offre déjà bien rodée. La Compagnie du Mont-Blanc a mis en route une cure de rajeunissement des bâtiments et installations entourant le piton central en se dotant de nouveautés attractives visant le tourisme international de haut standing qui comprend :

  • Un lieu de repos et de contemplation vitré confortable.
  • Une galerie couverte autour du Piton Central accessible aux visiteurs à mobilité réduite.
  • Un espace panoramique vitré, sur la terrasse sommitale accessible même en cas de mauvaises conditions météorologiques.
  • Le « Pas dans le Vide ». Une boite en verre, suspendue au-dessus du vide.
    Un réaménagement des espaces de circulation pour en faire des lieux attractifs et éducatifs aux aspects de la haute montagne.
    Avec 500 à 800 000 (selon les sources) passagers transportés par année, le téléphérique de l’Aiguille du Midi est, et restera, la star des installations mécaniques du Mont-Blanc.
    De par son partenariat avec son homologue italien on peut s’attendre à ce qu’une optimisation des ressources ait lieu au niveau du massif.

Télécabine panoramique de La Vallée Blanche

Un projet de remise en état de la gare d’arrivée de la Pointe Helbronner, qui montre des signes évidents de décrépitude et contraste fortement, dans son état actuel, avec les projets titanesques des installations proches est planifié. Il s’agit simplement de remettre aux normes de sécurité la gare française, de la refaçonner en la contenant dans son enveloppe présente et en gardant les flux passagers à leur niveau actuel. Il n’y aura ainsi pas d’impact sur son environnement direct, sinon la pérennisation de l’actuel et une porte semi-ouverte vers davantage de trafic.
Cette télécabine panoramique est un sujet de controverse depuis longtemps. Considérée par des organisations environnementales telles que Mountain Wilderness comme une verrue dénaturant ce milieu de haute montagne, elles souhaitent son démantèlement. D’autres y voient une alternative plus écologique au transport aérien des touristes voulant survoler le massif. Cependant pour l’instant il faut bien constater que les deux moyens coexistent...
L’impact de ces installations, au niveau de la fréquentation des espaces glaciers du massif, n’est pas neutre. On peut penser que de nombreux candidats à la descente à ski de la Vallée Blanche, freinés actuellement par la descente de l’arête de l’Aiguille du Midi, seront tentés par l’option italienne plus facile d’accès et par un appareil plus « glamour » car flambant neuf. Tous se retrouveront bien sûr au niveau du Montenvers. L’apport d’Helbronner conduira à un déversement additionnel de centaines de skieurs sur la vallée blanche par le Plateau de la Vierge, un itinéraire dangereux car crevassé, donc gros problème de sécurité potentiels, sur territoire glaciaire français.

Mountain Wilderness pense qu’il serait souhaitable que la stratégie d’avenir pour le massif définie par l’Espace Mont-Blanc intègre dans ses réflexions les grands projets d’aménagement, qui n’ont fait, à ce jour, l’objet d’aucune discussion publique, bien que des associations comme MW et proMONT-BLANC en aient fait la demande. Il semble étonnant que dans ce massif, un site protégé, où la surfréquentation est un problème aigu, un débat public avec les principaux acteurs soit escamoté.

Pour aller plus loin : lire l’article complet sur ce sujet rédigé par Bernard Marclay, administrateur de Mountain Wilderness France, délégué International et Vice-président MW International
-  PDF - 360.8 ko Le tourisme de masse à l’assaut du Mont-Blanc

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