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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Avis de tempête sur les Pyrénées catalanes

22 mars 2016
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En toile de fond, le massif du Carlit
© Antoine Segalen

Par Antoine Glory, délégué MW pour le département des Pyrénées-Orientales

Sous l’appellation quelque peu présomptueuse et mystificatrice de "Consolidation des grands sites des Pyrénées catalanes" un projet irresponsable aux conséquences désastreuses est actuellement porté par les élus de la communauté de communes Capcir Haut-Conflent dans un périmètre situé au cœur du Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes.

L’objectif affiché et proclamé est de sauver d’une faillite inéluctable en l’état une économie touristique orientée sur le tout ski et donc basée sur une seule ressource à leurs yeux digne d’intérêt, l’or blanc (essentiellement celui que l’on cultive aujourd’hui artificiellement). Donner naissance au "plus grand domaine skiable des Pyrénées", rentrer "dans le top 20 des stations françaises de sports d’hiver", en "créant le meilleur projet du point de vue clients" et "en rompant avec une approche insuffisamment business" : telle est la recette magique de la réussite économique concoctée par un bureau d’études parisien au chevet de nos stations pyrénéennes et méditerranéennes.

Comment y parvenir ?

Par la fusion des quatre stations de Font-Romeu, Bolquère Pyrénées 2000, Les Angles et Formiguères, via l’unification, l’extension et la liaison de leurs domaines skiables. Ces dernières mesures équivalent à une dénonciation flagrante de la charte du PNR adoptée deux ans plus tôt à l’unanimité par les mêmes élus.

A quel prix ?

Estimé à plus de 100 millions d’euros le dispositif préconisé repose sur la création de 45 km de pistes nouvelles, sur l’installation de 9 km de téléportés impliquant des travaux de terrassements, la pose de pylônes, de câbles aériens, l’implantation d’usines à neige, de canons et de canalisations pour l’enneigement artificiel, l’augmentation phénoménale de la pression sur la ressource hydrique avec des coûts prohibitifs...

Une pression croissante sur les espaces naturels sauvages

Cerise sur le gâteau : la mise en circulation d’un train à crémaillère (récupération du matériel hors d’âge de la Rhune 64 !) est proposée, en lieu et place de l’actuelle desserte routière, actuellement bien contrôlée par un service estival de navettes pour accéder au site des Bouillouses perché à 2000 m d’altitude. Cette proposition se présente faussement comme une alternative écologique, une illusion de "changer d’approche", sauf qu’elle constituera en réalité un accès supplémentaire, la route restant indispensable pour les usagers traditionnels : éleveurs, forestiers, hôteliers, pêcheurs... Cette desserte représentera au final un doublement de l’emprise des voies et une facilitation de l’accès au site naturel qui ne pourra conduire qu’à une surfréquentation de type consommation de masse.

Alors que les scénarios climatiques prévoient d’ici 2020 (4 ans !) une réduction de la hauteur de neige de 35% et de la durée d’enneigement de 25% sur les Pyrénées cette stratégie de fuite en avant constitue pour cet espace géographique de très haute qualité environnementale ( PNR, site classé, Natura 2000, ZNIEFF, forêt patrimoine, ...) une menace écologique majeure avec la destruction ou la perturbation des derniers espaces naturels tant bien que mal sauvegardés de l’emprise déjà tentaculaire des domaines skiables.

Un cœur pour la montagne sauvage !

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