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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Des freins pour les liaisons interstations au Roc d’Enfer et à Albiez/Les Karellis

7 juil. 2017
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Vue depuis Albiez

Les édiles des Gets et de Saint-Jean-d’Aulps, en Haute-Savoie, souhaitaient mettre en œuvre un vaste programme de restructuration de leurs domaines skiables, avec pour objectif de les relier via les espaces sauvages du Roc d’Enfer.
Le 21 janvier dernier, des centaines de randonneurs à skis, à pieds et en raquettes, se retrouvaient au col Ratti à l’appel du « Collectif gêtois », soutenu par nombre d’associations dont Mountain Wilderness, pour dénoncer ce projet de liaison entre les deux domaines skiables.
A Albiez, en Maurienne, c’est toujours le même rêve de l’Or Blanc qui anime les élus. Ils ne voit l’avenir de leur commune que par la liaison avec la station voisine des Karellis.Le point sur ces deux dossiers.

LES GETS/ROC D’ENFER : LES SOUS-PRÉFETS RÉTICENTS

Le projet implique en effet de lourds aménagements : un télésiège débrayable de 2,6 kilomètres de long allant du col de l’Ecrenaz au col Ratti, assorti de la création de pistes de ski et de l’équipement de tout le secteur en canons à neige (du fait de son exposition plein Sud), et un télésiège de 1 km entre le col Ratti et Graydon, d’un coût prévu de 3 à 6 millions d’euros. Tout cela à travers des espaces naturels remarquables.

C’est le caractère exceptionnel des lieux qui a fait réagir les services de l’État : moins de trois semaines après la manifestation du col Ratti, les élus locaux se sont fait rappeler par les deux sous-préfets concernés par ce projet (le sous-préfet de Bonneville et la sous-préfète de Thonon-les-Bains) l’importance des espaces naturels concernés par la liaison. Ils représentent en effet « l ’un des derniers massifs vierges du secteur », réservoirs de biodiversité identifié au SRCE [1] et inscrits dans le réseau européen Natura 2000. De plus, tout le secteur est situé au cœur du Géopark du Chablais, reconnu par l’UNESCO pour sa richesse géologique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un projet similaire avait été refusé par la commission des Unités touristiques nouvelles (UTN) en 1985. C’est pour la même raison qu’il ne se fera pas aujourd’hui !

ALBIEZ/LES KARELLIS : UNE LIAISON DANGEREUSE

Le projet de liaison entre les stations d’Albiez-Montrond et des Karellis, en Savoie, devait être étudié par la commission spécialisée des UTN [2] du Massif des Alpes le 23 juin dernier. Le projet voulait franchir la crête séparant les deux stations en passant par la pointe des Chaudannes, et nécessitait la création d’une piste de 1600m de long taillée à flanc de falaise ; une fortune à dépenser et des dégâts paysagers irréparables. De plus, tout le secteur est instable. S’il en fallait une preuve, la dernière remontée mécanique installée par Albiez, un peu en dessous de ce secteur, parle d’elle-même : elle a du très vite arrêter de fonctionner, les pylônes se baladant au gré des mouvements de terrain.

Mais même sans prendre en compte cela, le coût de la liaison était estimé à plus de 26 millions d’euros, dont au moins 6 pour la seule piste de liaison. Une dépense indécente quand on sait que l’Établissement public à caractère industriel et commercial qui gère la station d’Albiez est en redressement judiciaire. On soulignera au passage la solidarité qui règne entre les communes de montagne : Les Karellis, qui bon an, mal an, tire économiquement son épingle du jeu, refuse une gestion unique des deux domaines skiables de peur de plomber son bilan en se liant à Albiez.

Devant tant de feux au rouge, les services de l’État ont finalement fait savoir aux communes que leur projet risquait de ne pas recevoir l’aval de la commission UTN et du préfet coordonnateur de Massif. Ceux-ci l’ont donc retiré. Espérons que ce sera l’occasion de remettre à plat l’ensemble des enjeux de la commune, bien positionnée sur le créneau du tourisme familial en été et en hiver, riche d’une activité agricole encore forte avec en particulier le fameux Beaufort, située pas très loin du grand domaine des Sybelles (avec lequel l’on pourrait imaginer des liaisons en transport en commun) disposant d’un potentiel intéressant pour le ski nordique et la randonnée.

ALLER PLUS LOIN

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[1Schéma régional de cohérence écologique : schéma d’aménagement du territoire et de protection de certaines ressources naturelles (biodiversité, réseau écologique, habitats naturels) visant le bon état écologique de l’eau imposé par la directive cadre sur ce sujet.

[2Unités touristiques nouvelles

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