Crédits photos

Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Dispartion de Jean-Christophe Lafaille : l’hommage de Patrick Gabarrou

8 mars 2006

Il y avait ce jour-là Claude, le frère de Pierre Béghin, Roger Raymond, l’ami de ce dernier qui l’avait initié à l’alpinisme et avait été le compagnon de ses premières grandes courses et moi.
Et dans ce lit de l’hôpital de Katmandou un petit gars au visage creusé avec un bras enveloppé d’un plâtre impressionnant et une voix encore très fatiguée mais posée qui nous racontait un drame terrible qui s’était passé dans la grande paroi sud de l’Annapurna bien au-dessus de 7000m au cœur du mauvais temps. Et les affres d’une descente proprement “hallucinante” dont il était sorti vivant simplement parce qu’il y avait en lui quelque chose de réellement hors du commun. Nous l’avions quitté avec une sorte de stupéfaction devant l’impensable.
Il aurait vraiment pu reprendre la célèbre phrase de Guillaumet à Saint Exupéry : “Ce que j’ai fait une bête ne l’aurait pas fait”.
Avant comme après cette aventure tragique qui le marquera pour toujours il aura exploré absolument toutes les facettes de l’alpinisme avec un goût prononcé pour l’extrême.
En falaise, et particulièrement à Ce ?se, tout près de Gap dont il est originaire, il réalise des solos très osés comme “Le privilège du serpent” et équipe des lignes futuristes comme “Biographie”.
Dans les Alpes, il accomplit un voyage au long cours de l’Oberland au Mont-Blanc et réalise, toujours en solitaire, des ouvertures de haut niveau en Face nord des Grandes Jorasses et sur le versant italien du Mont-Blanc. Il exprimera aussi son talent et son exceptionnelle détermination en Face Ouest des Drus où il inaugure un formidable tracé en escalade artificielle digne d’El Cap au Yosemite où il a fait ses classes en compagnie de Jean François Hagenmûller ; car il n’était pas seulement un grimpeur solitaire mais également un très agréable compagnon de cordée avec qui j’ai eu le plaisir de grimper plusieurs fois dans nos Alpes. Il m’en reste un souvenir très serein.
Il exercera également comme guide et comme guide-formateur à l’ENSA.
En cascade de glace autant qu’en mixte moderne baptisé “dry tooling”, il poussera aussi très loin le bouchon.
Enfin en Himalaya, évidemment, il va s’attacher à une trajectoire qui vise une sorte de perfection aux limites de ses possibilités dans un environnement définitivement extrême et dans le respect de règles d’éthique très droites, particulièrement en ce qui concerne le refus d’utiliser de l’oxygène artificiel.

Déjà introduit aux idées de MW par Pierre Béghin, il deviendra garant international du mouvement dès 1998 et actif particulièrement dans nombre de soirées de conférence comme celles de Fontaine en montagne.
Ces dernières années il s’était énormément investi dans son formidable “Grand Œuvre” himalayen, mais nous soutenait toujours pleinement comme garant et en inscrivant une exemplaire trace au cœur des altitudes extrêmes.
Il nous laisse en cette “Symphonie inachevée” avec une très profonde tristesse au cœur.

Patrick Gabarrou, coordinateur de Mountain Wilderness International

Diffuser cet article :


Partager