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Domaines skiables : une empreinte écologique croissante

10 oct. 2007

par Jean-Pierre Courtin

publié page 24 du n°64 (été 2005) de la revue de Mountain Wilderness France

Les aménageurs de la montagne française sont confrontés à une stagnation de la demande globale et aux aléas climatiques ; leur réponse majoritaire est de soumettre le développement des domaines skiables à la logique radicale du marketing et de la guerre commerciale ; ainsi ne survivront que les plus forts, capables de supporter, ou de répercuter sur la clientèle, l’augmentation des coûts.

Cette stratégie se traduit concrètement par :

- La création de liaisons entre domaines permettant d’afficher des centaines de kilomètres de pistes au prix d’impacts paysagers très forts,

- Le recours systématique à la neige artificielle : il suppose des réserves d’eau gigantesques et le plus souvent non intégrables, des terrassements et aménagements de surface ne laissant rien du terrain naturel, la présence permanente des canons haute pression qui ne sont plus démontés en été.

- Des installations de sécurité contre les avalanches qui occupent désormais toutes les pentes amont des versants : lignes de "gazex", réservoirs métalliques redondants sur les croupes et arêtes (accessibles à l’hélicoptère), réseaux de tuyaux d’alimentation courant à même la surface des pentes rocheuses.

Sans que quiconque l’ait envisagé clairement et par l’effet cumulé de ces impacts, une guerre totale est livrée à nos paysages montagnards, non seulement dans l’emprise historique des domaines skiables et le cône d’accès gravitaire mais dans une périphérie qui tend à gagner tout le bassin versant. Notre patrimoine commun en est affecté gravement et très durablement à une échelle nouvelle.

Ainsi les choix stratégiques et techniques faits par les aménageurs eux mêmes les condamnent à se priver d’aménagements futurs qui, selon la loi de l’impact marginal croissant, ne pourraient être acquis qu’à un prix inacceptable pour l’écologie et le paysage.
Les pouvoirs publics sont désormais obligés d’intégrer ce changement d’échelle dans leur décision ; le système dans son évolution est pris au piège d’une "empreinte écologique" insupportable.

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