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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

FREE K2

8 mars 2004

Communiqué officiel de l’expédition internationale Mountain Wilderness

Skardu, Pakistan - 8 septembre 1990

L’expédition "Free K2", la première du genre au monde, a été organisée par l’association "Mountain Wilderness international". Elle était composée de neuf montagnards expérimentés : quatre Italiens (C.A. Pinelli, Fausto De Stefani, Gian Piero di Federico, le docteur Marcello Marini), un Français (Olivier Paulin), un Belge (Jean-Claude Legros), deux Allemands (Volker Krause, Tobias Heymann), un Pakistanais (Parvez Khan), et quatre porteurs d’altitude, un officier de liaison (Capt. Amad Naveed Ashraf) et deux caméramans (Alex Ojetti et Lutz Portze).

Cette équipe cinéma a tourné un documentaire d’une heure qui sera diffusé sur les différentes chaînes de télévision d’Europe, d’Asie et d’Amérique, ainsi que dans les festivals et lors de conférences. Quatre groupes de trekkers, en outre, séjournèrent chacun quelques jours au camp de base et participèrent aux opérations de nettoyage. L’expédition utilisa environ 200 porteurs pour la marche d’approche le long de la vallée du Braldo et du glacier du Baltoro, et plus ou moins le même nombre au retour pour transporter les ordures récoltées.

Le camp de base fut installé vers 5000m sur la moraine centrale du glacier Godwin Austen. De là, les membres de l’expédition installèrent quatre camps d’altitude sur le raide éperon des Abruzzes du K2. Plus de trois tonnes de détritus solides furent ramassés. Un tiers (cartons, plastiques, etc...) fut brûlé sur place. Deux tiers (presque uniquement des boites de conserves vides de tous calibres) furent redescendus à Skardu. Les membres de l’expédition estiment avoir ramassé environ 30000 de ces boites abandonnées n’importe où par les expéditions précédentes. C’est peu, pourrait-on dire, si l’on se réfère à la quantité d’ordure "produite" par une grande ville moderne. Mais c’est énorme si l’on songe que ces boites de conserve étaient répandues sur des kilomètres à la surface tourmentée et crevassée du glacier, entre 5000 et 5500m d’altitude, et qu’elles furent ramassées à la main, une par une, par seulement une quinzaine de personnes.

D’autre part, l’objectif le plus significatif et le plus difficile de la mission était de libérer l’éperon des Abruzzes de toutes les cordes fixes (neuves et vieilles), échelles spéléo, camps abandonnés, etc... Cela s’est avéré un travail non seulement difficile et éprouvant, mais aussi très dangereux. En effet, durant le mois d’août, l’éperon des Abruzzes devient un endroit très malsain à visiter. La fonte annuelle des neiges est à son maximum, ce qui entraîne de fréquentes chutes de pierres et avalanches de rocs. Deux fois, des tentes d’altitude ont été traversées par des pierres, et un membre de l’expédition (Jean-Claude) fût touché et gravement choqué. Heureusement, rien de pire n’arriva.

Le mauvais temps fréquent, et de violente tempêtes de neige, gênèrent l’expédition particulièrement durent les derniers jours, décisifs, passes sur les plus hautes pentes.

Malgré tout, les membres de l’expédition réussirent à couper et redescendre près de dix kilomètres de cordes, nettoyant complètement la montagne jusqu’au-dessus des fameuses "cheminées House", la section la plus difficile de l’ascension du K2, vers 7000 mètres.

Pour cette courageuse réussite, il faut remercier tous les grimpeurs engagés, et tout particulièrement l’Italien Fausto De Stefani, un des meilleurs himalayistes mondiaux à l’heure actuelle, qui s’est donné vraiment à fond.

Toutes les cordes redescendues ont été données en cadeau aux porteurs de basse altitude. Mais que faire des ordures ramassées ?

Mountain Wilderness ne croit pas possible de cacher tout cela dans un trou ou, pire, dans les crevasses, comme on le lui a suggéré. Et ne croit pas davantage en la création de décharges inesthétiques et insalubres, peut-être à proximité des villages de basses vallées. Mountain Wilderness croit fermement - et encourage - à la redescente de toutes les ordures solides jusqu’à la "civilisation", afin de les recycler en matériaux utiles. Dans ce but, Mountain Wilderness avait amené à Skardu deux machines légères, marchant à l’électricité, capables de trier et comprimer les déchets solides au dixième de leur volume original. Ces petites machines expérimentales ne font pas de miracles, bien sur, mais, utilisées et entretenues correctement, elles aideront à résoudre une partie du problème, encourageant les autres expéditions à redescendre leurs ordures à Skardu.

Sur le chemin du retour, les membres de l’expédition ont fixé, sur un gros rocher d’Urdukas où s’arrêtent toutes les expéditions, une plaque de métal où il est écrit :
"Durant le mois d’août 1990, le camp de base du K2 et l’éperon des Abruzzes jusqu’à 7000 mètres ont été libérés des déchets et cordes fixes abandonnés par les expéditions précédentes. L’opération fut réalisée par l’expédition internationale Free K2 organisée par l’Association Mountain Wilderness. C’est maintenant la responsabilité de chaque montagnard d’aider à ce que cela devienne un exemple durable, en faisant tous les efforts possibles pour ne pas laisser derrière lui trace de son passage. Seul l’engagement de chacun permettra que ces espaces sauvages restent le domaine de l’aventure et de la liberté pour les générations futures elles aussi".

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