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Helico, compet’ et wilderness : points de vue

14 déc. 2011

Suite à l’article sur l’adhésion du CAF Dauphiné Ski Alpinisme (DSA) à MW, en tant que première personne morale, un adhérent nous a interpellé sur l’utilisation d’hélicoptère lors de la course de ski alpinisme de la Belle Étoile et a proposé au DSA d’élargir le débat. C’est avec un grand enthousiasme que les organisateurs passés de la course se sont pliés à l’exercice. Retrouvez ci-dessous les positionnements de Volodia Shahshahani, Paul Journé et Cécile Eichinger, tout trois parties-prenantes du débat.

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Volodia Shahshahani

Ayant été le directeur technique de la Belle Etoile au cours de ses sept premières éditions (1994 à 2001, elle n’eut pas lieu en 2000) je réponds volontiers à Guy Oberlin...dont je partage les observations.
Par ordre croissant de nuisance de l’hélicoptère dans les compétitions (en particulier de ski alpinisme) je citerai :

  1. Secours sur un accident
    RAS
  2. Installation de secours
    La décision appartient au service de secours (pghm ou crs). A mon souvenir cela s’est produit une ou deux fois sur la Belle Etoile (dépôt de barquettes) : lorsque la previ meteo risque de rendre le secours aérien incertain.
  3. Déclenchement préventif d’avalanches depuis l’hélicoptère
    C’est en effet très discutable. A la Belle Etoile, cela ne s’est produit qu’une fois lors de la première édition (1994). Dans la réunion qui a suivi la course, le comité d’organisation de la Belle Etoile (COBE 7 Laux) a décidé de ne plus y recourir. Mais il y eut quelques fois des déclenchements en faisant le parcours à skis avec des artificiers de la station.
  4. Transport des medias
    Entre 15 mn de survol pour des journalistes non alpinistes et plusieurs heures avant et pendant la course, il y a une différence de nature. La Belle Etoile a toujours été dans une fourchette très basse - souvent nulle. La première raison était d’ordre économique. La seconde c’est que nous organisions des circuits avec des sommets d’où l’on avait une vue plongeante sur une grande partie de la course permettant aux opérateurs de faire des travellings aussi efficaces qu’avec des vues aériennes. Pour les media, la décision appartient à l’organisateur (celui qui finance l’opération). Dans la mesure où cet usage (qui n’a été fait que sur quelques éditions) était très modéré, nous (COBE 7L) estimions qu’il n’était pas de notre ressort de nous y opposer. Ma préférence va cependant pour une interdiction, car il existe suffisamment de journalistes et cameramen aptes à opérer sans cet artifice.
  5. Transport des équipes de préparation des compétitions
    C’est tout à fait inadmissible. Si on n’est pas capable d’organiser une compétition by fair means, on s’abstient. Cet usage abusif est l’apanage de certaines compétitions comme la Patrouille des Glaciers, le Trofeo Mezzalama, la Pierra Menta (liste non limitative). Pour en revenir à la Belle Etoile et à ma position personnelle, directeur technique et non organisateur (c’était l’office de tourisme qui m’employait à cette fin avec d’autres techniciens, guides ou non), je tiens à préciser que la Belle Etoile n’y a jamais eu recours. Ce qui d’ailleurs était assez acrobatique, notamment pour moi qui devait me trouver physiquement au départ et ensuite sur un point stratégique du parcours.
    J’ajouterai une remarque personnelle. Pendant les années 1990-1995, j’ai été d’abord Président puis Directeur technique du CISAC (devenu ISMF) et donc de la Coupe d’Europe de Ski Alpinisme. J’avais pour adjoint Paul Journé, également fondateur du DSA et également directeur technique-adjoint de la Belle Etoile. Assez rapidement je me suis efforcé de demander à l’UIAA de chapeauter cette organisation afin qu’elle s’inscrive dans une association de montagne, ce qui me semblait pouvoir être une garantie contre les risques de certaines dérives inhérentes au sport de compétition. En particulier j’ai demandé que des directives claires soient énoncées quant à l’usage de l’hélicoptère. Les observateurs de l’UIAA venus à la Pierra Menta ont alors estimé que l’usage n’en était pas abusif et à mon souvenir il n’y a pas eu de« guidelines » très précises sur ce sujet. J’ai abandonné mon poste de Directeur Technique du CISAC et de la coupe d’Europe à la fin de la saison 1995 et n’ai plus exercé depuis d’activité dans cette sphère. J’ai cessé toute activité liée à la compétition après l’arrêt de la Belle Etoile (dernière édition courue en 2001).

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Paul Journé

L’usage de l’hélicoptère sur la BE m’aurait paru un non-problème avant d’avoir lu le courrier de MW car je n’ai quasiment aucun souvenir de vrombissement aérien sauf peut-être une fois pour le transport ponctuel de journalistes. Très sensible au bruit et à la pollution sonore, j’ajoute ne m’être jamais trouvé dérangé par des bruits mécaniques d’aucune sorte avant ou pendant la course. Nous transportions à dos le matériel de course, de nivologie ainsi que les éventuels explosifs, jamais autrement. Je crois qu’il en allait de même des équipements de premier secours posés aux points clés du parcours. Il est ainsi remarquable que tous les sondages du manteaux neigeux par les nivologues de météo France, aidés des organisateurs, se faisaient à peaux et sac au dos.

Dernier à quitter le tracé de la course avec les contrôleurs fermant le parcours le dimanche midi, j’ajoute que nous laissions derrière nous un terrain parfaitement débarrassé de tous les accessoires que nous avions installés la veille ou l’avant-veille, qui se limitaient d’ailleurs à très peu de choses : jalons et bandes de signalisation, et, lorsque la sécurité l’obligeait, corps-morts et cordes fixes.

J’étais le contact de terrain avec l’équipe de bénévoles avant et pendant la course ; la motivation de ces pratiquants, non compétiteurs dans leur grande majorité, tenait avant tout dans l’amour de leur région et de leurs montagnes. Un écart répété à cet attrait, comme aurait certainement constitué l’usage régulier de l’hélicoptère, les aurait fait se détourner de l’organisation. C’est l’inverse qui s’est produit puisqu’ils revenaient chaque année avec un certain enthousiasme. Les plus anciens d’entre eux retrouvaient d’ailleurs, à travers cette course sans mécanisation, l’agréable souvenir des premières épreuves de ski à la piste damée aux skis et au départ accédé à pied par les concurrents.
 
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Cécile Eichinger

Le CAF DSA organise le Tour du Grand Veymont depuis 2004. L’hélicoptère n’a jamais été employé hormis une fois pour un secours (un concurrent s’était rompu les ligaments croisés sur le versant des Hauts-Plateaux du Vercors). Par ailleurs nous ne mobilisons pas sur place un hélicoptère durant l’épreuve ; nous nous contentons d’informer officiellement les secours (PGHM ou CRS selon la semaine) de la tenue prochaine de l’épreuve. Ils interviennent de toute façon et si besoin, au même titre que n’importe quel secours. En revanche nous veillons dans l’équipe organisatrice à disposer les médecins, infirmiers ou secouristes à des endroits stratégiques du parcours pour être prêts à fournir des premiers soins.

Notre conception de l’organisation d’une épreuve en montagne écarte par nature l’emploi de l’hélicoptère : l’équipe organisatrice complétée des indispensables bénévoles le week-end de la course est composée pour la plupart de skieurs-alpinistes compétiteurs ou non. Leur principale motivation est justement de devoir crapahuter skis aux pieds pour reconnaître l’itinéraire, le baliser, le sécuriser et, le matin même de l’épreuve, rejoindre et occuper son poste de contrôle sur le parcours parfois dans des conditions très rudes. Avoir recours à l’hélico ne présenterait aucun intérêt pour nous et éloignerait, comme le souligne Paul Journé, la majorité des bénévoles. Au-delà de cet aspect, il serait inconcevable que des organisateurs d’une épreuve de ski de montagne ne puissent évoluer là où des compétiteurs vont passer.

Nous avons à plusieurs reprises fait des images de l’épreuve mais toujours par nos propres moyens (y compris pour un reportage de M6 filmé par un journaliste skieur-alpiniste).

 

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