Crédits photos

Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

L’ami Robert n’est plus...

20 janv. 2005

C’est avec beaucoup de tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Robert Beck, survenu dans la nuit du 18 janvier dernier.
Très investi dans le milieu associatif depuis plusieurs décennies, Robert présidait le Réseau Montagne de la FRAPNA et l’association Vercors Nature. Il adhérait également à Mountain Wilderness.

La cérémonie des obsèques aura lieu le vendredi 21 janvier à 17 h 00 au centre funéraire intercommunal de La Tronche (38).

Son ami Jean-Pierre Courtin (à sa gauche sur la photo) lui rend hommage, dans ce texte paru dans le numéro 62 (hiver 2005) de la revue de Mountain Wilderness France.

image

image
Robert Beck au premier plan

 

Les sentiers sont coupés...

par Jean-Pierre Courtin, 19 janvier 2005

Notre ami Robert Beck est mort d’une hémorragie cérébrale foudroyante le 18 janvier ; la veille il avait travaillé et participé à des réunions. Robert était membre de MW, administrateur de la FRAPNA Isère, fondateur et inoxydable président de Vercors Nature à qui le Parc du Vercors et la
réserve naturelle des Hauts Plateaux doivent tant. Nous gardons comme un bien précieux et créateur son modèle d’énergie, de conviction et de vigilance.

Les sentiers sont coupés, les sommets sont déserts ; c’est vraiment l’hiver sans toi, Robert. Même la place du village est vide, à Singui, à Abriès, à La Bérarde.
Tu étais trop présent sur la scène de la montagne depuis 50 ans pour des combats fameux : le Parc national des Ecrins, le Parc régional du Vercors, la Réserve naturelle des Hauts plateaux et tant d’autres...

Ces monuments de la nature en montagne ils auraient été différents, peut-être n’auraient-ils pas existé sans toi et tes compères, le généralissime Salomon du Trièves et quelques autres.
Sans toi, les hommes et les femmes qui ont appuyé ton combat au sein des institutions ne se seraient peut-être pas réveillés à temps ; car les pouvoirs établis sont trop souvent lents et pusillanimes, il faut éclairer leur route. Tu as été un éveilleur, avec ton flair, ta conscience des enjeux, ton sens de l’alarme. Et ta pugnacité ne laissait guère passer les mauvais coups contre la montagne ; sur la brèche tout le temps contre une via ferrata mal placée, un faux refuge-hôtel d’altitude, et toujours ces remontées mécaniques dévorantes. Tu épluchais les dossiers, toi modérément homme de cabinet, tu formulais les avis, il t’arrivait de torcher un recours au tribunal administratif. Puis tu participais aux commissions officielles et tu savais gueuler comme il faut.
Sans ménagement, bougon gouailleur, mal poli de fondation, sachant en faire trop pour provoquer à temps le soulagement et la détente. C’était ta manière de faire ta percée, même auprès des préfets ou devant les ministres ; tout d’un bloc le Robert, à peine épannelé, sans concession. C’était ta façon à toi de cueillir au passage la légion d’honneur, dont tu étais si surpris et si fier. Une belle étape dans le parcours du petit garçon fragile qui, en 1945, eut la charge terrible d’accueillir son père au retour des camps de concentration, méconnaissable ; et qui trouva dans ce malheur la force de bâtir, par conjuration, une vie de travail et de combat.
C’était aussi ta manière privée ; pour cacher ta tendresse —qui dira l’attention inquiète que, chaque jour, tu portas à ta mère—, ta part de fragilité et de doutes. Alors tu en rajoutais, cultivais la provocation, t’enfermais dans des injustices inouïes et des paroles excessives et il fallait être à la hauteur dans la gueulante pour en terminer avec une ultime algarade qui s’épuisait alors dans un rire tonitruant et canaille, ta bouche fendue jusqu’aux yeux, ton grand pif frémissant.

Tu te souviens Robert de notre mont Viso en juillet 1998, quelle galère ! Nous étions descendus par le vallon de Torciollino pour trouver le passage direct sur Valante où nous retrouvions nos amis ; tu m’avais alors raconté ta course dans la voie du Quadrège, il y a bien longtemps ; il fallait en revenir et on s’était inquiété toute une nuit à Abriès à t’attendre.
La très haute montagne, tu l’as pratiquée d’abord, formé à ‘Ecole militaire de Haute Montagne, participant à des sauvetages périlleux comme à la Meije dans les années 1960. Mais la montagne nature était devenue ton royaume et tu nous avais conduits benoîtement dans les coins secrets du Lubéron, du diois, de la montagne de Lure ; et le Queyras toujours nous réunissait au printemps. Tu nous avais guidés dans une promenade botanique entre Singuigneret et Emparis où nous avions tout vu, des orchidées aux astragales et au Lys orangé.
Les jours gris tu étais affairé aux livres sur la montagne et sur ton Dauphiné, ta terre d’accueil à laquelle tu seras resté viscéralement lié ; tu chinais, accrochant à tes murs des toiles superbes, les seules maîtresses à qui tu consentis autant de sacrifices.
Cet été, la patte tirait un peu mais ton pas métronome te hissait jusqu’au bout : de Prapic aux Charançons sur le bassin de la Durance, puis Dormillouse par le Roc Blanc dans une montagne des origines, enfin le tour du Grand Pinier pour boucler ces trois jours ; on s’en souviendra de ce dernier tour en Champsaur avec toi.
Pas commode le Robert ; mais une belle vie, et un cœur immense pour ses amis et pour la montagne.

Diffuser cet article :


Partager