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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

L’Azerbaidjan remplace l’or noir par l’or blanc

18 oct. 2005

Le président Alyev l’a annoncé : le pays disposera bientôt de sa première usine à ski. C’est le cabinet d’architecte Vibert et Chambre, de Chambéry, qui a le douteux privilège d’appliquer dans ce petit pays caucasien le savoir-faire français en matière de destruction de paysages sauvages et de tourisme insupportable. Bien sûr, l’association France Neige International est de la partie. Créée en 1984 pour « promouvoir la montagne française à l’étranger » (en fait, exporter les techniques des bétonneurs français), c’est cette officine qui s’est chargée de faire la prospection dans un pays plus réputé pour sa corruption que pour son respect de l’environnement.

L’ouverture de la station est fixée pour la saison 2006, dans la région de Qusar, à deux heures de voiture au Nord de Bakou, la capitale. L’endroit est pour l’instant, et pour peu de temps encore, vierge d’équipement ; on n’y trouve que quelques fermes dont certaines font gîte d’étape pour les alpinistes férus de cascade de glace. Le projet prévoit l’installation de 5 000 lits touristiques et d’une quinzaine de remontées mécaniques, après construction d’une route pour l’instant inexistante. Bien sûr, les canons à neige sont prévus dès l’origine sur un site situé entre 1 600 m et 2 800 m d’altitude et peu enneigé.

Dans un article publié dans le journal « Eco des Pays de Savoie » (édition du 16 septembre 2005, pp.14-15), Xavier Chambre invoque la nécessité « d’inciter (les) habitants (de Bakou) à venir prendre l’air frais » en été. C’est se moquer du monde ! Si le public visé est le touriste estival, il n’est pas besoin de terrasser des pistes, construire des remontées mécaniques et installer des canons à neige ! On notera l’embarras du promoteur, conscient de la désaffection actuelle pour le ski mécanisé, mais qui doit cependant justifier l’investissement de 50 millions d’euros consacré à cette opération immobilière. On peut d’ailleurs se demander quelle part de cette manne reviendra aux populations locales (et combien sera affecté au financement des officiels corrompus !).

Une fois encore, au lieu d’aider un pays à faire fructifier ses atouts en matière de tourisme compatible avec la protection de l’environnement, à valoriser ses espaces protégés (à Qusar, Gabala et Ismaylli, notamment), à intégrer les habitants de la vallée dans une économie équitable, la France préfère donner son appui à un projet aux impacts environnementaux et sociaux lourds de conséquence, un de ces projets qui ont rendu tristement célèbre dans le monde le concept de « station à la française ».

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