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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

La montagne en boîte ? Tignes veut y investir 63 millions !

30 nov. 2016

« Le projet de Tignes est un projet en accord total avec les nouvelles tendances de consommation des loisirs en montagne. Il apporte le niveau de service sur mesure en montagne en gommant tous les aspects rudes et rebutants que ce milieu englobe (froid, pente, difficulté, etc.). Il permet de vivre une expérience de pleine nature dans un cocon de confort et de services intégrés. »

Ce sont les arguments mis en exergue dans le dossier présenté ce 25 novembre 2016 devant la commission UTN (Unités touristiques nouvelles) du Massif des Alpes par la commune de Tignes. Ce dossier présente notamment un projet de « complexe Ski-Line » comprenant une piste de ski indoor, permettant de skier à l’année (comme cela se fait déjà de par le monde en ville, Dubaï étant un exemple éloquent) et un bassin à vagues au pied de la piste de ski, permettant la pratique du surf (nautique, ce qui « renforce le caractère insolite du programme », dixit le dossier). Le tout est complété par un restaurant-bar « offrant une vue panoramique sur les montagnes, la vague de surf et la piste de ski ».

QUAND LA MONTAGNE SE PASSE DE LA MONTAGNE

Mountain Wilderness dénonce la philosophie de l’installation d’un tel centre de loisir « hors sol » au cœur des montagnes (lire notre article du 23 novembre « Projet "Ski-Line" à Tignes : Dubaï en Tarentaise ! ». En effet, ce projet est le stade ultime de l’absurdité, de l’anti-montagne absolu : nier la montagne sur son propre territoire !

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10 VOIX "POUR" 2 VOIX "CONTRE"

Pourtant, les membres de la commission UTN ont largement voté un avis favorable à ce projet.
Hormis celles des associations, aucune voix ne s’est exprimée contre ce projet. Une seule élue a repris nos interrogations relatives à l’avenir de nos montagnes. Cela n’a pas suffit à engager un débat sur les questions de fond, sur l’image que l’on donne des montagnes et des activités qu’on y pratique. « Voilà où nous mène l’argent » osera pourtant s’exclamer l’un des membres de la commission... mais en « off », la veille de la réunion !

Ce vote très largement majoritaire interpelle sur la vision portée par les représentants du monde de la montagne de leur territoire et sur son avenir. Aussi, face aux conséquences des changements climatiques en cours (le glacier de Tignes a perdu 30 % de sa surface skiable en été, et risque d’en perdre autant dans les 10 ans à venir), il semblerait qu’assurer la skiabilité 365 jours par an justifie tous les artifices.

LES ASPIRATIONS SONT POURTANT AILLEURS

Il interpelle aussi sur le décalage entre les fameuses « élites » et le monde réel : la quasi totalité des réactions aux articles parus sur ce projet le rejettent ; c’est le cas aussi de l’immense majorité des acteurs qui vivent la montagne au jour le jour que nous avons interrogé.

Un rejet aussi fort que celui qu’avait soulevé début 2016 le projet d’extension du domaine skiable de Chamrousse vers les sommets des Vans. La mobilisation "des amoureux de la montagne" a été extraordinaire : plus de 600 personnes se sont rassemblées à 2400 m pour former un cœur dans le vallon menacé. Ainsi, ce vendredi 25 novembre, lorsque le représentant de Mountain Wilderness a demandé aux élus de Chamrousse présents à la commission UTN, si le projet de restructuration immobilière du Recoin (pour lequel ils sollicitaient également une autorisation de l’État) était susceptible de nécessiter une extension du domaine skiable, la réponse a été très claire : « nous avons un domaine skiable sous-exploité, il n’est pas question de l’étendre. »

NE LAISSONS PAS TIGNES METTRE LA MONTAGNE EN BOÎTE !

Á Chamrousse, la mobilisation a payé. Partout, il est grand temps que les "gens de la montagne" et la société civile, se lèvent pour que les véritables richesses de nos montagnes soient valorisées, protégées et partagées, pour que l’humanité puisse encore s’émerveiller... !

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