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Larche, Mont Cenis, Montgenèvre, Tende : où finit la desserte, où commence le transit ?

8 juil. 2005


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Débordement anarchique et baisse supposée du trafic :
Depuis la fermeture du tunnel du Fréjus (le 4/06 embrasement d’un PL, 2 morts), le trafic de transit routier se répand anarchiquement partout où il peut franchir les alpes, et les traditionnels "grands cols" ont repris du service : Mont Cenis (RN 6), Montgenèvre (RN 94). C’est aussi le cas de passages moins fréquentés, comme le col de Larche, en haute ubaye, sur la D 900, ou le tunnel de Tende (RN 204) dans les Alpes Maritimes. Depuis le 4 juin, on a entendu évoquer un affaiblissement du flux global après la fermeture, comme si celle-ci avait conduit à une sorte d’auto-régulation ; il devient plus évident chaque jour que ces camions perdus se retrouvent en bonne partie sur les déviations que sont devenus les cols transalpins. C’est le "pas vu, pas pris" qui s’applique : tous ces camions ne sont non seulement pas contrôlés avant franchissement, ils ne sont même pas comptés par les services de l’équipement.

Réglementation ambig ?e et attraction italienne :
Comme ses confrères des Hautes Alpes et de Savoie, le col de Larche est interdit aux plus de 26 tonnes, uniquement le col, mais pas la chaussée qui y mène, pas plus que la RN 91 ou la RN 6. Comme écrit sur le panneau, une seule exception : la desserte locale... L’ambiguïté est la règle : les chauffeurs s’approchent des cols sur des chaussées autorisées, arrivés au pied du col, le plus long est fait, reste à monter, avec l’alibi de la desserte locale, en croisant les doigts, en priant pour ne pas verser, toucher, caler ou s’embraser ; quand on vient de l’autre bout de l’Europe, quelques dizaines de kilomètres, même en montagne... qu’importe la pente, les lacets, les défilés, les chutes de pierres.
Il n’est pas possible de penser que tous les grands gabarits qui passent depuis le 4 juin font moins de 26 T, ou font de la desserte locale, sous des bâches présentant les transporteurs comme des spécialistes du transit entre l’Italie et le Portugal...
A l’ambiguïté de la réglementation qui veut que seuls les derniers KM de ces routes soient limités pour les PL, s’ajoute l’attractivité des chaussées plus larges sur les versants italiens. Fréjus fermé ou pas, la pression est là et ne fera qu’augmenter si rien n’est fait.

Attention : travaux à double tranchant !
Pour certains, la tentation sera grande de prétendre résoudre une partie du problème en équipant mieux ces routes avec des déviations, des élargissements, des zones de dépassements. Mais tous ces couteux travaux, s’ils présentent un intérêt certain pour les riverains et l’exploitation touristique, sont aussi des appels à plus de trafic PL. Ainsi, en Isère, les travaux de désenclavement de l’Oisans, destinés au développement local et à l’accès aux stations touristiques, se trouvent en ce moment détournés de leur vocation au profit des centaines de camions de gros gabarit qui passent chaque jour. Encore une fois, avec ou sans Fréjus, de travaux routiers en augmentation globale des échanges, le trafic sur les alternatives estivales par les cols n’a pas fini d’augmenter si rien ne se décide pour nous sortir tous de ce piège.

Le pire n’est pas sûr : il est quand même possible.
Dans les conditions actuelles du trafic au Mont-Blanc et malgré un certain effort de contrôle des PL, il est tout à fait raisonnable de supposer qu’une fermeture des 2 tunnels est possible. Il ne se passe pas une semaine au Mont-Blanc sans incident sérieux. La question se pose clairement de savoir si les vallées et cols transfrontaliers peuvent et doivent devenir les déviations des échanges internationaux. Cette question se pose de toute façon, puisque d’autres fermetures des tunnels sont probables, et que de nouvelles envolées du transport routier sont prévues.

Solidarité alpine : la fumée partout et l’espoir pour tous
En plus du massif du Mont-Blanc, unique en Europe et pourtant sacrifié depuis trop longtemps, et de la vallée de la Maurienne, des vallées voisines des parcs nationaux de la Vanoise, des Ecrins et du Mercantour sont sans cesse plus menacées, au mépris des populations riveraines, de la nature et des politiques de préservation de la montagne et d’accueil du public. Sans compter l’impact sur les agglomérations de piémont, souvent déjà très polluées, comme Grenoble ou Briançon.

Dans ce paysage où les Alpes sont concrètement devenues le carrefour européen du libre échange, c’est notre devoir à tous de nous solidariser par delà les massifs pour refuser ensemble de partager ce cancer, porter l’espoir d’un développement qui ne repose pas que sur les échanges routiers à bas prix, pour demander que les Alpes soient globalement respectées, par exemple dans l’esprit de la Convention Alpine.

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