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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Les Sages seront-ils entendus ?

5 mars 2018

La cour des Comptes vient de rendre son rapport annuel et consacre un important chapitre à la question des stations de ski et aux changements climatiques.

Un nombre important de médias s’en est fait l’écho en se focalisant sur la vulnérabilité des stations face au réchauffement climatique. Mais l’examen de la Cour dépasse très largement ce paramètre et, derrière le titre «  PDF - 1.3 Mo Les stations de ski des Alpes du nord face au réchauffement climatique : une vulnérabilité croissante, le besoin d’un nouveau modèle de développement  », elle s’intéresse tout particulièrement et en profondeur aux aspects structurels de la gestion des domaines skiables.

L’analyse économique des Sages peut sembler aride et complexe, mais elle est nécessaire pour éclairer la réflexion sur la transition touristique des stations et plus globalement celle de l’économie des Alpes du Nord —sinon celle des montagnes.

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Projet de Ski Dôme
© Commune de Tignes

Mountain Wilderness vous propose ici un éclairage de ces aspects principaux à retenir :

1. UNE MAITRISE INSUFFISANTE DES ENJEUX DE GESTION

Les domaines skiables se situent pour la plupart sur les territoires de petites communes, amenant ces dernières à gérer des budgets qui dépassent leur capacité de gestion. En effet, elles ne disposent pas de moyens adaptés pour prendre en charge la préparation, la négociation et le contrôle des contrats complexes qu’elles passent avec des opérateurs de dimension nationale voire internationale.
En pratique, la politique tarifaire échappe souvent à ces municipalités. De plus, les exploitants, accordant notamment des remises de volume dans le cadre d’offres globales proposées par des opérateurs touristiques, obscurcissent la grille tarifaire.
La taxe sur les remontées mécaniques, assise sur le chiffre d’affaires des installations, constitue la principale recette liée à l’exploitation. Dans plusieurs stations, la liquidation, effectuée sur une base déclarative, est susceptible de priver la collectivité de ressources significatives.

Les redevances d’occupation du domaine public (contreparties de la mise à disposition des domaines skiables) sont symboliques, voire inexistantes. Idem pour la taxe de séjour.

Ces remarques démontrent combien les retombées pécuniaires de la neige ne bénéficient que partiellement aux territoires. Dans ces circonstances, il sera difficile pour les édiles locaux d’avoir la maîtrise de leur transition touristique, pour peu qu’ils le souhaitent.

2. LA COUR ALERTE SUR LA DÉGRADATION DES SITUATIONS FINANCIÈRES

La capacité de désendettement des communes, sans atteindre encore un niveau préoccupant, se dégrade progressivement, passant de 4,7 ans en 2012 à sept ans en 2016.
L’objectif de préservation d’un enneigement suffisant conduit à recourir à des expédients coûteux qui seront difficilement soutenables : aménagement de nouveaux espaces skiables, déplacement en altitude, remodelage des pistes, apports de neige artificielle dont le coût a progressé de près de 30 % du fait de la hausse du prix de l’électricité (+ 49 %) ...
Ces investissements impliquent des financements importants engageant les collectivités sur le long terme alors que l’aléa climatique s’accroît.

Malgré un certain optimisme de façade, les stations de petite taille et même les plus grandes foncent dans le mur. Les populations locales et certains professionnels, à l’instar de Mountain Wilderness, réagissent et dénoncent cette politique suicidaire.

3. DES PISTES DE PROPOSITIONS POUR CONSTRUIRE UN DÉVELOPPEMENT PLUS ÉQUILIBRÉ

- Un développement fondé sur des démarches collectives
Le rapport cite en exemple la SEM [1] Savoie Stations Participations : un mode d’intervention fondé sur la péréquation des ressources et la mutualisation des expertises. On pourrait aussi citer la politique « Espace Valléens » du Massif des Alpes soutenant des politiques d’aménagement et de gestion du territoire alliant les grandes et les petites stations à leurs fonds de vallée.

- Un développement durable et plus diversifié
Mountain Wilderness accueille avec satisfaction l’alerte de la Cour des Comptes concernant la nécessaire prise en considération des enjeux environnementaux dans les projets de développement.
Depuis des années, les politiques publiques parlent de la nécessaire « diversification » des stations de ski. Nous constatons cependant à regret que cette considération s’apparente sur le terrain davantage à du « green washing » et non à un changement de paradigme touristique. Les paroles de la Cour auront-elles plus d’effet que nos nombreuses alertes ?

Nous tenons à réaffirmer que les montagnes ne peuvent se résumer à l’exploitation de la pente et du blanc.La qualité des paysages et la pluralité des territoires montagnards offrent des possibilités de diversifications multiples, pouvant apporter à des publics tout aussi singulier.
Les Sages, rejoignant la vision de Mountain Wilderness, seront-ils entendus ?

ALLER PLUS LOIN

- Téléchargez le Rapport «  PDF - 1.3 Mo Les stations de ski des Alpes du nord face au réchauffement climatique : une vulnérabilité croissante, le besoin d’un nouveau modèle de développement  »

- REVUE DE PRESSE SUR LE SUJET :

[1Société d’économie mixte

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