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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Mont-Blanc - Le cas du Nid d’Aigle

14 sept. 2005

Nid_dAigleNous savions que la commission des sites de Haute-Savoie devait évoquer la construction d’un restaurant-refuge en remplacement du bâtiment incendié à l’arrivée du Train du Mont-Blanc (TMB) au Nid d’Aigle ; mais le préfet nous avait affirmé qu’il s’agissait d’un premier avis soumis ensuite à une large discussion. Notre surprise a été grande de constater dans l’été que la construction commençait, au cœur du site classé du Mont Blanc.
Nos amis de la commission supérieure des sites nous ayant confirmé que l’affaire n’avait pas été présentée à la commission, nous avons, conjointement avec la FRAPNA, interpellé le Ministère de l’Ecologie (MEDD) en lui dressant un petit reportage photos. Une réponse complète et fort courtoise nous a été faite : l’architecte des bâtiments de France et la DIREN ont donné un avis interne, la commission départementale a demandé quelques compléments qui ont été fournis et jugés satisfaisants par l’architecte des bâtiments de France ; le préfet a donc transmis le dossier au MEDD qui a donné l’autorisation le 19 avril 2005 ; la commission supérieure n’ayant pas à être consultée pour une affaire jugée mineure, la légalité a été respectée.
On touche du doigt les limites du classement de sites : il s’agît d’une procédure qui s’accommode fort bien de la technique du salami, on débite en tranches.
Que s’est-il passé en effet dans les dernières années ?
On a agrandi le refuge du Goûter, on a sécurisé la montée de l’arête (sans débat ni autorisation pour les équipements réalisés), on a reconstruit et agrandi Tête Rousse ; maintenant on crée un restaurant-refuge et on va prolonger de quelques centaines de mètres la voie du TMB que les difficultés techniques et la guerre avaient stoppé là. Enfin, un nouveau projet est à l’étude pour le Goûter que le Club alpin doit nous présenter prochainement.
La presse nous rappelait cet été que 70% des impétrants ne réussissent pas le sommet ; on est donc fondé à s’interroger : la stratégie adoptée est-elle la bonne... celle d’un traitement des problèmes au coup par coup, cumulant au fil du temps des éléments de confort, d’accueil, de sécurité ?
Nous pensions avec Pro Mont Blanc -et la presse locale s’en était fait l’écho- que les problèmes récurrents de sécurité et de gestion du dernier tronçon du TMB (du Mont Lachat au Nid d’Aigle) méritaient qu’on reprenne l’ensemble du problème : Le nouveau refuge de Tête Rousse n’est-il pas la bonne étape dans la course de 2 ou 3 jours qui mène au sommet du Mont Blanc ? Dès lors, ne faut-il pas désarmer le TMB au-delà du Mont Lachat où l’on pourrait construire un "petit Montenvers" pour le bonheur des touristes et des familles ?
A force de pousser les accès et l’accueil toujours plus haut on déplace les problèmes aussi vers le haut où leur solution est beaucoup plus coûteuse et redoutable ; est-ce bien cela que l’on veut ?
N’oublions pas que la concurrence entre les versants et les communes n’est pas innocente dans cette approche fragmentaire : le nouveau refuge des Cosmiques a donné aux autres un immense appétit ; Saint Gervais s’agite donc et dépêche quelques figures médiatiques, Courmayeur projette de tripler la capacité du téléphérique de Torino - Helbronner. Pendant ce temps, la Conférence Transfrontalière Mont Blanc glose, publie de belles plaquettes, balise de sympathiques sentiers pédagogiques ; organe officiel de la coordination et du développement maîtrisé du massif, elle censure aussi les études coûteuses du schéma de développement durable qu’elle a elle même décidé ; sans doute risqueraientelles de poser les vrais problèmes ?
Jean-Pierre Courtin, Président

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