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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Mort d’un ours

4 nov. 2004

L’ourse est morte.
Serge Dulout, membre du Conseil d’administration de Mountain Wilderness France et délégué MW pour la région "Pyrénées", réagit dans ce billet d’humeur.

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Dessin B. Rivoal

 

L’ourse Cannelle, dernière femelle pyrénéenne, a été abattue lundi 1er novembre 2004 par un chasseur.
Cet acte irresponsable signe la fin définitive de la souche pyrénéenne de l’ours brun. Ainsi, après des milliers d’années de présence, nous n’avons pu qu’assister impuissants à l’extinction d’une part importante du patrimoine naturel pyrénéen.

Il a fallu l’imbécillité de quelques excités de la gâchette encouragés par les tergiversations et les discours hypocrites des élus locaux, s’autoproclamant pourtant tous garants de l’intégrité de l’environnement, pour que les Pyrénéens, majoritairement favorables à l’ours dans leurs montagne, voient ainsi leur culture définitivement amputée.

En effet, la présence de Cannelle et de son ourson, né cet hiver, avait été signalée aux chasseurs du secteur de puis des semaines, et samedi encore. Comme toujours dans ce cas, il leur avait été demandé de ne pas procéder à des battues dans le secteur, surtout avec des chiens. Mais les chasseurs d’Urdos sont passé outre, montrant par là leur profond mépris pour la faune.

Quant à l’ourson, ses chances de survie sont désormais bien minces.

Les élus locaux ont aussi leur part de responsabilité, notamment l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn. Celle-ci, malgré les millions qu’elle a encaissés de la part des pouvoirs publics, n’a tenu aucun de ses engagements quant au maintient de la dernière population d’ours autochtones.

Il y en a moins aujourd’hui sur son territoire (seulement deux mâles fréquentant épisodiquement l’espace de l’IPHB) qu’au moment où la charte de l’ours a été signée, en 1994. Pire, au moment de renforcer ce noyau, comme c’était prévu, l’Institution n’a pas rempli son contrat. Sûrement, les responsables politiques et cynégétiques, vont maintenant faire pleurer dans les chaumières, comme ils savent le faire, au sujet de cette disparition. Il n’empêche que nous avons devant les yeux un exemple parfait de l’hypocrisie et de l’irresponsabilité en matière d’environnement.

Avec un Ministère auquel on coupe les crédits et qui, par son autorisation d’abattre des loups dans les Alpes, envoie des messages ambigus qui ne peuvent qu’encourager les extrémistes de tout poil, les Français réalisent que la défense de leur environnement et la préservation de leur santé (car les problèmes écologiques se posent maintenant en ces termes) sont en fait prisonniers des lobbies cynégétiques et agricoles pour lesquels, pourtant, la communauté nationale consent d’énormes efforts. Au-delà des discours à la mode sur le développement durable, on voit bien que les actions concrètes ne suivent pas quand elles ne sont pas complètement antagonistes. Le clivage n’est plus entre droite et gauche mais entre des élus qui ont une claire vision de leur responsabilité vis à vis du pays et tous ceux qui n’ont pour horizon que leur petite tambouille électorale.

Nous sommes tous bien tristes aujourd’hui devant un tel gâchis.

Serge Dulout

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