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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Oisans et Briançonnais : nouvelle ligne de T.I.R. !?!?!

1er juil. 2005


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Itinéraire bis
Depuis la fermeture du tunnel du Fréjus le 4 juin, le transit routier transalpin est en quête de déviations.
Le monde associatif, dès 1997, avait alerté sur le fait que l’augmentation exponentielle des flux sur la route conduirait forcément les transporteurs à utiliser les grands cols transalpins comme alternatives estivales. Nous avions d’ailleurs prévenu que tout aménagement de la RN91 destiné à faciliter la circulation renforcerait ce phénomène, ce qui ne s’est pas démenti, jusqu’à la fermeture du Fréjus qui fait du Lautaret-Montgenèvre un véritable itinéraire bis à camions ; il partage ce statut avec le col du Mont Cenis, en haute Maurienne, après les gros tuyaux que sont Vintimille et le Mont-Blanc. Dans les conditions que connait ce dernier, où pas une semaine ne se passe sans un incident sérieux, nous sommes obligés de nous demander ce que deviendrait la vie aux abords de la RN91 si la circulation devait être à nouveau interompue au Mont-Blanc. Le scénario avec 2 tunnels fermés est, hélas, possible.

En sortant de Grenoble, sur la déviation de Pont de Claix, les bandeaux lumineux, : "Montgenèvre : interdit au plus de 26 Tonnes" laissent dubitatif. Rien ne dit que la RN91 elle, soit interdite aux PL. Quoiqu’il en soit, il est évident que de nombreux camions franchissent le Montgenèvre en infraction, après être passés devant plusieurs gendarmeries tout au long du parcours. Plus discrète, entre Pont de Claix et Jarrie, se trouve l’indication "Lautaret : Produits dangereux interdits"...
En remontant plus avant le long de la Romanche, le doute se dissipe et se change en dure réalité : dans un sens comme dans l’autre, il ne se passe pas un quart d’heure sans rencontrer un poids-lourd, un vrai, semi-remorque, international, sur 5 essieux.

Riverains, usagers de la route et chauffeurs sont en sursis
Livet, Rioupéroux, Bourg d’Oisans, avec sa courbe serrée et ses terrasses, la rampe des commères, les tunnels, les pentes raides, les courbes, les chutes de pierres, La Grave... les points dangereux sont partout : risques d’embrasement, impossibilité de croiser, débordements sur les trottoirs, frôlement des bâtiments, accrocs contre les parois des tunnels, débuts d’effondrements...
Jeudi, entre midi et deux heures, à la Grave.
Ce n’est ni le jour ni l’heure des grands pics du trafic des poids-lourds, et pourtant, le défilé est régulier : visiblement chargés si on en juge par les panaches des fumées, le bruit des turbines et la lenteur à grimper les côtes, 17 véhicules à 5 essieux passent, entre 12h10 et 13h15. A plusieurs reprises, la circulation s’arrête ; ça ne croise pas, on s’arrange comme on peut pour éviter les piétons, les cyclos, pour passer au large des débuts d’effondrement ; la saison commence, et l’interaction avec le trafic auto se fait sentir : des embouteillages se forment, à la moindre ligne droite, au moindre replat, c’est le forcing pour dépasser. Dans la plaine de Bourg d’Oisans, certains poids-lourds atteignent 110 KmH devant les habitations et dépassent dans les lignes. Et pourtant, de Vizille à La Grave ce jour-là, pas un seul gendarme sur la chaussée. Quelques consignes ont du être données à l’Equipement, on voit quelques chantiers de signalisation à la peinture la peinture blanche, au sol, sur les parois des tunnels ; il ne manque plus qu’à en mettre sur les maisons, et à distribuer des armures fluorescentes aux piétons et aux cyclistes...
Tout cela semble parfaitement dérisoire : doit-on s’attendre à revivre l’époque où régulièrement sur les routes de France, un poids-lourd s’invitait dans une cuisine, ou une chambre à coucher ?

Et la nature est en danger
Progressivement, c’est l’ensemble des grands poumons que sont nos montagnes qui sont touchés, le Mont-Blanc, la Maurienne, les Pyrénées, le Mercantour (col de Larche), le Briançonnais, l’Oisans. Au long de ces parcours, 4 parcs nationaux (sur 5 en montagne) sont atteints : la Vanoise, les Pyrénées, le Mercantour, les Ecrins. Sur ces territoires se mettent en oeuvre dans le long terme des politiques de préservation de la nature et d’ouverture au public. Les Ecrins, unique en Europe par son étendue et sa densité de hautes montagnes, représente un patrimoine cher au coeur de nombreux français et européens. Le versant isérois souffre déjà ponctuellement d’un taux d’ozone comparable à celui de l’agglomération grenobloise ; il faut maintenant ajouter les particules en suspension et le monoxyde de carbone produits sur place par les poids-lourds. Le non respect des interdictions étant devenu quotidien sur ce trajet, il faut aussi évoquer le risque d’un accident sur un chargement de produit dangereux. Il y a aussi le bruit et le trafic de nuit : tous ces facteurs de pollution sont préjudiciables à l’ensemble des espèces, et à la nôtre aussi.

Les citoyens et leurs associations comme seul recours ?
De nombreux élus isérois et haut-alpins sur le parcours se sont déjà manifestés, dès le début du mois de juin, contre le déferlement des poids-lourds et ont alerté les préfectures, les pouvoirs publics. Au début de ce mois de juillet, rien n’a encore était fait, ni communiqué ; en particulier, aucune opération de renforcement des contrôles des camions ne semble avoir lieu.
Devant ce constat, des citoyens ont décidé de prendre à bras le corps ce problème, en organisant une réunion publique, en prenant des contacts avec les associations, en préparant une manifestation.
Mountain Widerness redit sa solidarité, son soutien et son appui à la population des vallées agressées, et fera son possible pour que se fédèrent par delà les massifs tous ceux qui ne veulent pas contempler le massacre sans rien dire. Plus que jamais, ce n’est pas de renvoyer les camions chez les autres, ou dans les plaines, dont il s’agit ; c’est de comprendre que l’explosion des échanges européens, Nord/Sud et Est/Ouest, repose sur un outil de transport à bon marché, parce qu’il ne reverse rien pour les dégâts qu’il cause sur son passage, ne paie pas pour les structures qu’il utilise et exploite les personnes qu’il emploie. Laisser se développer encore cette machine infernale, c’est nous exposer tous à connaître en pire ce que nous connaissons déjà : la pollution, la destruction des territoires, les accidents, les catastrophes et la mort. Continuer à augmenter les capacités routières sur tel ou tel axe ne conduit qu’à un accroissement global des transports, et à toujours plus de fumée dans toujours plus de territoires.

La Romanche et la Guisane ne sont pas des déviations !
Les Parcs Nationaux ne doivent pas devenir des couloirs à camions !
D’autres solutions sont possibles !
Moins de transport est indispensable !

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