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Cynorrhodon
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Philippe Cornuau (1925 – 2010) l’éclat modeste

4 août 2010

par Jean-Pierre Courtin, le 9 juillet 2010
Lettré brillant, plume en or, enseignant et directeur de revues à Paris, Philippe Cornuau s’est très vite établi dans nos alpes ; grand alpiniste éphémère, directeur de l’Office de Tourisme de Morzine puis de Châtel, il se prit à jouer pour sa vallée d’adoption un rôle d’inspirateur et d’écrivain public.
Il est mort en stoïcien, sans mot dire, sans maudire ; des valeurs de montagnard.
J’avais été le consulter pour un projet de livre ; à la fois cordial et ombrageux il avait été hautain, moquant l’idée même de protection ; pourtant, quelques jours après je recevais une note de référence résumant notre entretien, impeccable. En deux pages tout y était : l’intention, la cible, l’architecture, un travail de pro. Après quoi, il s’est retiré dans son tonneau.
Avec lui, vecteur initial, je peux dire : nous avons été publiés.
Sa conquête de l’inutile, ce fut pour lui et pour l’histoire de l’alpinisme la résolution d’un sérieux problème dans le massif du Mont Blanc : avec Davaille, année 1955, la face nord Est des Droites, une semaine d’engagement total en technique traditionnelle, dans des conditions extrêmes. La voie inédite reste à la postérité sous le nom de Cornuau - Davaille.
Adoubé par le GHM il était devenu un très grand monsieur de la montagne. Dédaigneux des honneurs il les connaissait tous ; Lachenal, revenu meurtri de l’Annapurna, devait même lui confier son récit.
Quand il revenait à Chamonix, et encore quelques vingt ans plus tard pour recueillir la dépouille de son compagnon de cordée, la corporation des guides lui manifestait un respect absolu.
Etre l’élite et s’en moquer, élégance suprême et suprême orgueil ; tel est la leçon de vie, la ligne de crête, que Philippe–Diogène nous délivre, ce n’est pas la plus facile.

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