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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Pourquoi la Croisière Blanche doit s’arrêter

1er févr. 2007

Le Dakar à peine terminé, la Croisière Blanche démarre. Changement d’échelle (et encore !), mais même mauvais exemple. L’éditorialiste de Ouest-France a consacré son texte du 9 janvier au Dakar. Ses arguments valent aussi pour la Croisière Blanche ; Claude Barrone en a fait l’adaptation.

J’ai rêvé moi aussi de faire la Croisière Blanche. Les grands espaces, la griserie de la vitesse, la route à tracer dans des contrées inviolées (du moins fait-on semblant de le croire), le musc excitant de la course en meute, la confrontation violente avec soi-même ...
La Croisière Blanche est née dans un monde aux ressources immenses, ignorant de sa finitude. Le thermostat du réchauffement planétaire était enclenché, mais qui le savait vraiment ?
La célèbre course pouvait foncer sur les chemins et forêts enneigés et dédaigner les sages appels de ceux qui avaient pourtant observé l’entrée en souffrance de la planète. Nicolas Hulot nourrissait encore une passion pour les vols héliportés au-dessus de la faune et de la flore à domestiquer. Le baril en dépit des guerres et des incertitudes, était quasiment donné.
C’était HIER, c’était JADIS, déjà !
La conscience collective a, depuis, fait des avancées considérables. Les symptômes sont devenus des indices, les indices des preuves. Les analyses de quelques-uns ont été validées. Aujourd’hui, la réalité nous saute au visage : l’accumulation dans l’atmosphère des gaz a effet de serre travaille au corps la planète bleue. Tous le monde s’accorde à penser que, si nous n’infléchissons pas radicalement nos modes de vie usants, polluants et gaspillants, notre civilisation court à sa perte.
Dans ce contexte, où l’on sait ce que l’on sait, peut-on continuer à dérouler comme si de rien n’était une compétition comme la Croisière Blanche ?
Oh bien sûr, ce ne sont pas les milliers de litres de carburants brûlés à cette occasion, les gaz envoyés dans l’atmosphère, ... qui alourdissent notablement la facture. Mais l’exemple, que faîtes-vous du mauvais exemple ? Cela fait vivre l’économie locale ? Est-on au bout du rouleau à ce point que l’on sache plus quoi faire pour survivre que de présenter ce spectacle de débauche de chevaux-vapeur ?
Notre monde a beau être pétri de contradictions, tout de même, au moment où les Etats sont appelés à négocier dans le sens d’une plus grande exigence écologique, les accords de Kyoto, ce spectacle est insupportable. On ne jettera la pierre à personne. Simplement, cette image-là véhicule les oripeaux d’un univers qu’il nous faut remiser au placard des souvenirs.
Voilà pourquoi il nous faut arrêter la Croisière Blanche.
L’idéal serait que les concurrents eux-mêmes en décident. Notre civilisation n’est-elle pas assez adulte pour choisir librement son futur ? Quel beau message serait alors envoyé si les pilotes et les équipages s’arrêtaient au milieu de la course et criaient : « Stop, çà suffit, assez joué ! »
On peut rêver, non ? N’est-ce pas encore l’heure des vœux ?

Claude Barone,
adaptation de l’éditorial de Didier Pillet, Ouest-France, mardi 9 janvier 2007.

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http://www.patagonia.com/web/eu/con...

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