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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Qui veut encore des JO d’hiver ?

6 déc. 2013

Cette semaine vont débuter les jeux olympiques à Sotchi en Russie. Les arguments de MW quant aux impacts environnementaux pour la montagne et aux choix de développement liés aux JO d’hiver semblent aujourd’hui avoir trouver une très large audience.

JPEG - 109.6 koSotchi va organiser les Jeux olympiques 2014.
Nice, Grenoble, Pelvoux et Annecy se sont battus pour obtenir l’organisation des JO d’hiver 2018. Annecy s’était vue pré-sélectionnée par le Comité olympique français avant de perdre, tout comme Munich, face au projet de la ville sud-coréenne de Pyeongchang.

Mountain Wilderness, comme de nombreuses organisations de défense de l’environnement, s’était positionnée contre les dégâts fait à la montagne par ces JO hivernaux (lire ici et ).

Les arguments portés par nos ONG quant aux impacts environnementaux et aux choix de développement liés aux JO d’hiver semblent aujourd’hui avoir trouver une très large audience. En mars dernier, une « votation populaire » était organisée dans le canton des Grisons, posant la question de la candidature aux JO d’hiver de 2022. Le « non » l’emporte par 52,66 % sur l’ensemble du canton, ce qui met fin à la candidature grisonne. Les porteurs du projet, qui se vantaient « d’organiser cet événement gigantesque dans les montagnes suisses d’une façon à la fois avantageuse économiquement et satisfaisante sur les plans social et environnemental », n’ont pas convaincu leur population (lire ici). Un an auparavant, c’est la candidature austro-italienne du Tyrol qui était rejetée par le parlement du Trentin. Et le 10 novembre 2013, les habitants de Bavière ont très largement rejeté la candidature de Munich aux olympiades d’hiver de 2022. « Ce vote n’est pas dirigé contre le sport, mais une réponse claire contre l’appât du gain et le manque de transparence du CIO », a souligné Ludwig Hartmann, porte-parole du mouvement « Nolympia ».

Tous ces électeurs ont sans doute été sensibles aux précédents ratés des JO : cela fait des décennies que le tremplin de Cortina d’Ampezzo (JO de 1956), même si ce n’est pas une ruine, n’a pas accueilli de compétition internationale. La piste de bobsleigh de Sapporo (JO de 1972) a été enlevée à l’occasion des JO de Nagano, mais tous les bâtiments et constructions qui l’accompagnaient semblent avoir été laissé en l’état (voir photos et films ici). De même à Sarajevo (JO de 1988) où certes le contexte post JO était très particulier (c’est le moins que l’on puisse dire !), mais où les ruines sont toujours là. (Voir le site ici). Quant aux JO de Turin (2006), les ratés sont légions ! (Lire ici cet article de La Repubblica repris par Courrier international).
Les JO de Vancouver (2010) devaient être les jeux les plus écolos de tous les temps, avec un soin tout particulier apporté aux problématiques liés à l’installation du village olympique. Cette ambition était rappelée dans un rapport universitaire intitulé "Impacts et héritage des JO modernes", écrit juste avant ces jeux : « les Jeux olympiques de Vancouver laisseront à la région des édifices innovateurs éco énergétiques qui réduiront les émissions de gaz à effet de serre dans la communauté (en plus d’économiser de l’argent) pendant bien des années à venir. »
Or, ces fameux logements « écolos » du villages olympique, en particulier les logements sociaux, sont vides et ont donc été construits pour rien (voir cette vidéo édifiante).

Enfin, plus proche de nous dans l’espace, pour ce qui concerne Grenoble (JO d’hiver de1968), n’oublions pas le tremplin de saut à ski de St Nizier, une installation obsolète bien connue,mais aussi la route de Montaud, qui permettait d’aller directement au site olympique d’Autrans depuis la vallée grâce à un tunnel creusé dans les falaises du Vercors : un premier éboulement, au début des années 1970 avait entraîné la fermeture de cette route durant une dizaine d’années. En 1993, un deuxième éboulement entraîne la fermeture définitive de la route.

On voit donc que dans le temps, cette question des installations abandonnées après des jeux est une constante. Certains sont démontés ou recyclés (la piste de bobsleigh de l’Alpe d’Huez est restée des années à l’état de ruine, avant d’être finalement démontée ; un lourd programme est en cours pour recycler la halle olympique d’Albertville (1992) ; l’anneau de vitesse du parc Mistral de Grenoble sert à quelques rollers et évènements, mais n’a pas été depuis des décennies et ne pourra plus être mis en glace...) mais beaucoup restent en l’état et pourrissent tranquillement... (l’été aussi d’ailleurs : une petite recherche internet sur « olympic games abandoned » le démontre : Moscou, Athènes, Pékin, Londres,... aucun n’y échappe !)

Pendant ce temps, on en construit d’autres. Et Sotchi est parti pour battre des records en terme d’impact : « il est actuellement impossible de trouver quelque indice d’une stratégie de développement durable dans la région, et c’est pourquoi il existe un véritable risque que les nouvelles infrastructures ne soient pas utilisées à long terme. » nous dit la Revue de Géographie Alpine.

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