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Sur l’urbanisation ad libitum de la montagne

22 sept. 2011

- Article extrait de la Revue 88 de Mountain Wilderness -
Petite devinette : combien de lits touristiques y a-t-il en Savoie ? En Haute-Tarentaise ? Sur le massif des Alpes ? Vous donnez votre langue au chat ? Moi aussi ! Et le problème, c’est que lorsqu’on lui pose la question, l’État aussi...
Oh, il a bien une petite idée, l’État. Pour la Tarentaise, Atout France peut d’ailleurs vous donner un chiffre à l’unité près... plus ou moins 40 ou 50 000 !
Le nombre total de lits touristiques est estimé à plus de 600 000 lits en Savoie, autant en Haute-Savoie (Panorama de l’économie Rhône-Alpes, publié par la chambre de commerce et d’industrie de la région). Une petite comparaison : Wikipédia donne pour la Tunisie 231 838 lits touristiques en 2006.
Mais pour revenir aux montagnes de France, le vrai problème est lié au ratio lits chauds / lits froids. L’expression « lits froids » fait allusion aux logements/appartements achetés comme résidences secondaires ou à titre spéculatif, et très peu occupés. Les « lits chauds », ce sont les autres, ceux qui profitent vraiment à l’économie, ceux dont les occupants paient un forfait de ski lorsqu’ils le quittent, leur lit !
Sur les 600 000 lits de Savoie, seuls un peu plus de 160 000 sont des lits chauds. Et cette part diminue régulièrement. Normal : si vous avez profité d’un programme défiscalisée pour acheter votre appart’ à la montagne, dès la fin de la période durant laquelle il faut que vous le mettiez en location pour profiter des baisses d’impôts, vous le récupérez et voilà de nouveaux « volets clôts »1 ...
La solution : lancer un nouveau programme immobilier juste à côté de celui qu’on vient de perdre. Programme défiscalisé, si possible.
En plus, la vente des terrains permettra d’investir dans les remontées mécaniques.
Tout le monde est content.
Sauf... Sauf que l’espace est fini et qu’on ne pourra pas construire comme ça, imperméabiliser de nouveaux terrains, à l’infini...
La solution : rénover l’ancien, le remettre aux normes et au goût de la clientèle. Mais c’est beaucoup plus compliqué que de construire du neuf. Seule une limitation drastique des autorisations à construire pourra conduire à ce qu’on s’attache véritablement à lever les difficultés des réhabilitations de logements anciens. Il est beaucoup trop facile aujourd’hui de construire du neuf : la montagne menace de périr étouffée sous le béton !
urbanisme
Par Vincent Neirinck, en charge du dossier "Aménagement" pour Mountain Wilderness et membre de la Commission UTN du Massif des Alpes


NB - Depuis la parution de cet article, dans la revue n°88 - automne 2011 de Mountain Wilderness (p.17), d’aucuns, et pas des moins informés, m’ont proposé de remplacer "ad libitum" par "ad nauseum"...
1 - C’est l’autre dénomination des lits froids.
 

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