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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Sur la trace de l’Alpine Line

30 mars 2015

L’Étape Corse

Le grand départ de Yann et Yoann pour leur aventure alpine sans moyens motorisés, c’était le 12 février dernier (à lire « Alpine Line : le grand départ ! »). A peine débarqués du Ferry à Île Rousse, la cordée prend la direction de Casamaccioli, à côté d’Albertacce, d’où elle découvre la Paglia Orba et profite d’une courte fenêtre météo pour y escalader la voie Fynch ! La météo est exécrable mais loin de se laisser abattre les deux amis en profitent pour aller à la rencontre de divers producteurs locaux avant de se lancer dans une course de ski-alpinisme au Col de Vergio, qu’ils rallient à vélo. Après avoir renoncé une première fois au Monte Cinto, le point culminant de l’île, la météo se montre enfin clémente et leur permet d’atteindre le sommet dans la matinée avec Didier Angeloz, un ami guide. Après ce beau cadeau, s’en suit pour la joyeuse équipée un pénible périple pédestre jusqu’à la mer d’où les garçons larguent les amarres de leur voilier, cap sur Nice !

Hivernale au Corno Stella

Après une traversée maritime sans histoire et l’immersion dans la douceur de l’arrière-pays niçois nos jeunes aventuriers décident de faire un crochet par l’Italie et ses parois austères pour une hivernale à la fameuse face nord du Corno Stella, en compagnie de leur ami et équipier régulier de cordée, Christophe Dumaret. C’est une des dernières parois grimpées par Patrick Berhault lors de son ultime « grande traversée des Alpes » en 2004, et le premier gros objectif de la cordée !
Yann, Yoann et Christophe découvrent cette face, dans le froid et un vent violent, une grimpe en « grosses » (entendre par là : en chaussure de montagne et non en chaussons d’escalade) dans les larges fissures des coins de bois historiques et révolutionnaires de la cordée Ughetto-Ruggieri [1]
Le plan est de gravir la face en deux temps, entrecoupé d’un repos nocturne en refuge. Une escalade difficile et mouvementée durant laquelle Yann, au moment de la descente, verra la coque d’une chaussure emportée par le vent déchaîné. Éprouvés, ils ont fini par rejoindre le bivouac Varonne dans la nuit, fatigués mais heureux, savourant les délices apportés par Christophe en songeant à l’audace des anciens... Respect les gars !
Après une nuit réparatrice, chargés comme des mulets, ils descendent vers Valdieri et leur route se sépara de celle de Christophe. Avec un brin de nostalgie ils rechaussent les skis pour une grosse étape de liaison vers la France.

Trilogie Ubayenne

Pour faire suite aux derniers jours très physiques et cette belle hivernale au Corno Stella,Yoann et Yann élaborèrent un programme un peu plus « cool » et original, inspiré par le terrain alpin. Ainsi leur vint l’idée d’enchaîner les belles montagnes de l’Ubaye que sont le Brec de Chambeyron, l’Aiguille du même nom, ainsi que la fameuse pointe Pierre Andrée !
Au levé, à 3h45, pas un nuage ! À la « voie des airs », Yoann qui souffre un peu du genou, préfère la terre ferme, jouant la carte de la prudence en n’emportant pas sa voile de parapente au risque de la porter inutilement.
Après avoir laissé une partie du matos au niveau du lac Long, ils partent légers pour avaler les 500m de dénivelé du couloir Nord. Il est en neige dure et les deux amis débouchent sans difficultés sur le plateau sommital au lever du soleil. Yann s’envole sous voile sans difficultés pendant que Yoann redescend par la voie terrestre.
Malgré l’heure matinale, ils s’attaquent au couloir Castaldi et brassent jusqu’à la brèche Nérot-Vernet, le départ de la traversée des arêtes de Chambeyron. Ils sortent la corde et cheminent sur une arête qui devient de plus en plus effilée pour rejoindre une belle cheminée menant à la première pointe, une autre belle et fine arête les conduit jusqu’à la croix sommitale.
Un rapide et beau tour d’horizon et c’est parti pour une descente peu agréable et un peu erratique... Retour à la brèche, refaire les sacs pour la énième fois de la journée tout en cassant la croûte, rechausser les skis et en route pour la descente du couloir dans une neige croûtée, difficile à skier, mais heureux de pouvoir glisser jusque sous les contre-pentes de la belle Aiguille Pierre-André.
C’est sur un magnifique rocher qu’ils tirent quatre grandes longueurs de 60m sur coinceurs avant de pouvoir se redresser au soleil. En fin de journée ils rejoignent le refuge Maljasset, l’un en parapente, l’autre à pied, où l’accueil des jeunes gardiens Émilie et Stéphane est des plus chaleureux et la Sauvage (la bien-nommée bière locale) un régal. Une magnifique trilogie avec des sensation plein le corps et des images plein la tête.
Une perturbation arrivant les forcera à attendre quelques jours avant de rallier le Mont Viso. Mais cela tombe plutôt bien car le genou de Yoann fait toujours la grimace et lui impose le repos. Un artisan ébéniste lui propose de travailler à ses côtés dans son atelier de Barcelonnette ce qui n’est pas sans ravir notre jeune amoureux du bois. Pendant ce temps Yann s’en va découvrir les alentours à ski avec les amis rencontrés au refuge.
Dès que la météo le permettra, ils reprendront leur chemin d’altitude !

Bien plus qu’une performance sportive, c’est bien une aventure humaine d’amitié et de partage dans laquelle se sont lancées ces deux jeunes administrateurs de MW. C’est là leur philosophie pour cette « grande traversée des Alpes » sur les traces de Berhault. On ne sait pas vous, mais nous on a hâte de lire la suite de leur périple !

- Vous pouvez suivre Yoann et Yann sur le site web www.alpinelineproject.com et sur la page Facebook dédiée
- Retrouvez l’aventure en anglais sur le site web de Mountain Wilderness International et sa page Facebook.

[1Franck Ruggeri et Didier Ughetto, deux alpinistes français des Alpes-Maritimes, ouvrirent cette voie mythique du Corno Stella sur trois jours consécutifs en 1962. La voie qui leur semble logique est constituée d’un dièdre évasé et surplombant, fermé par un énorme toit. Après sept tentatives infructueuses, ils comprennent qu’ils ne peuvent venir à bout des larges fissures de la voie avec le matériel d’alpinisme des années 1960. Franck Ruggeri, bricoleur de génie, a alors l’idée de fabriquer des coins de bois de largeur réglable (jusqu’à 26 cm) en guise de coinceurs pour constituer des points d’assurage. Forts de cette invention, les deux grimpeurs réussissent la voie en technique artificielle. La voie qu’ils cotent V/A3, devient une des plus difficiles des Alpes du Sud.).

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