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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Un Piolet d ’Or contestable...

7 mars 2005

Créé par le Groupe de Haute Montagne et le mensuel Montagnes Magazine, le Piolet d’Or est attribué tous les ans depuis 1991 pour récompenser le plus bel exploit de l’année en montagne.
Le 25 février dernier, le 14e Piolet d’Or a été décerné à une expédition de dix alpinistes russes, conduite par Alexander Odintsov, ayant ouvert une voie directe dans la face nord du Jannu.
Parmi les six « nominés », c’est l’ascension la moins « wilderness » qui a été récompensée : dix membres d’expédition, 50 jours d’ascension en style « capsule », faisant largement appel aux cordes fixes (dont 2300 mètres sont toujours accrochés dans la paroi...)

 

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Aujourd’hui, c’est peut-être ce qu’il fallait pour venir à bout de cette paroi, tentée à maintes reprises... Qui peut dire si dans quelques années, un « nouveau Messner » n’en serait pas venu à bout sans tous ces moyens ?
Nous nous devions de réagir. Hugues Thiébault, Secrétaire général de Mountain Wilderness International, a écrit aux organisateurs :

Messieurs,

Comme chaque année, c’est avec beaucoup d’intérêt que Mountain Wilderness a suivi la cérémonie de remise du Piolet d’Or. Cette initiative permet en effet de mettre en valeur les plus grandes réalisations de l’alpinisme mondial, et de constater que celui-ci se porte bien.

Mais je voudrais vous faire part de mon désappointement devant le choix de la performance élue cette année. Sans en contester la difficulté, on ne peut que s’étonner que le jury ait voulu donner en modèle à la communauté montagnarde internationale une ascension qui n’eut pas déparé dans un compte-rendu d’exploration des années trente du siècle dernier.

Au moment où les grands noms de l’alpinisme mondial se rencontrent dans les ascensions légères, les solos engagés, les escalades éclair, la réalisation russe fait figure d’anachronisme, avec son style militaire, son siège, ses blessés, ses cordes fixes (restées sur place, si mes informations sont bonnes).

Les membres de Mountain Wilderness présents la semaine dernière à Grenoble se sont, comme la majorité du public, sentis beaucoup plus proches de l’éthique d’un Steve House, parti seul sur le K7, sans équipement lourd, et n’ayant "laissé derrière lui que la trace de ses pas".

Nous espérons que le choix de cette année n’est qu’une décision un peu malencontreuse, et que les éditions ultérieures permettront de valoriser le style.

En espérant pouvoir échanger avec vous sur les thèmes qui nous sont chers, je vous adresse, Messieurs, mes salutations montagnardes.

Hugues THIEBAULT
Secrétaire Général de Mountain Wilderness International

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