Une fois de plus, au nom d’une même promesse : “donner de l’air aux territoires”.
Mais cette promesse mérite d’être interrogée. Car elle repose sur une idée implicite rarement discutée : pour se développer, les territoires auraient besoin de continuer à artificialiser leurs sols.
C’est précisément là que le raisonnement vacille.
Artificialiser, ce n’est pas neutre. C’est transformer durablement des sols vivants en surfaces imperméables. C’est accélérer les ruissellements, aggraver les risques d’inondation, fragiliser les ressources en eau et réduire notre capacité collective à faire face aux chocs climatiques.
Les données sont connues et documentées.
Le Ministère de la Transition écologique estime que la France a longtemps artificialisé l’équivalent d’un département tous les 7 à 10 ans.
L’European Environment Agency souligne de son côté les impacts directs de l’imperméabilisation sur les écosystèmes et les risques naturels.
Et en montagne, ces effets ne sont pas marginaux. Ils sont amplifiés.
Les sols y sont plus fragiles. Les équilibres hydriques plus sensibles. La pression foncière, notamment touristique, y est particulièrement forte. Chaque hectare artificialisé y a des conséquences disproportionnées : sur l’eau, sur les paysages, sur les usages agricoles, sur la biodiversité.
Dans ce contexte, continuer à assouplir le ZAN revient à envoyer un signal paradoxal : celui d’un recul au moment même où l’adaptation des territoires devrait nous conduire à plus d’exigence, pas moins.
Car le vrai sujet n’est pas le ZAN en lui-même.
Le vrai sujet, c’est ce qu’il nous oblige à faire.
Réhabiliter plutôt qu’étendre.
Arbitrer entre des usages parfois contradictoires.
Repenser des modèles de développement hérités d’une époque où la ressource foncière était considérée comme infinie.
Ce sont des choix difficiles. Mais ce sont aussi des choix lucides.
À l’inverse, multiplier les assouplissements, c’est entretenir l’illusion que l’on pourrait continuer comme avant, sans coût ni conséquence. C’est repousser les arbitrages. Et, au fond, faire porter l’effort sur ceux qui viendront après — ou sur les territoires eux-mêmes, qui devront gérer les effets cumulés de ces renoncements.
Il faut aussi le dire clairement : derrière ces débats, il y a des élus locaux qui, eux, font le choix du courage. Qui limitent l’étalement, qui densifient, qui renoncent à certains projets pour préserver l’essentiel.
Ce sont ces trajectoires-là qu’il faudrait soutenir. Pas fragiliser.
Arrêtons donc de présenter chaque recul comme une victoire pour les territoires.
Ce n’est pas leur rendre service.
La montagne, comme d’autres espaces déjà sous tension, n’a pas besoin de nouvelles dérogations.
Elle a besoin de cohérence, de stabilité, et d’une vision de long terme à la hauteur des défis.