A l’automne 2025, en tant qu’alpiniste amateur, je me suis lancé le défi un peu fou de réaliser une voie extrême dans les Alpes et d’en parler pour donner de la visibilité aux problématiques environnementales qui touchent nos montagnes. L’objectif était de gravir la Gousseault-Desmaison en face nord des Grandes-Jorasses avec Christophe Dumarest, une voie encore jamais réalisée par un guide avec son client. Aujourd’hui, après avoir atteint ces objectifs, je reviens sur le projet pour témoigner de mon expérience.
Après six mois d'entraînement intensif et plusieurs sorties de préparation assez sérieuses avec Christophe, fin février nous sommes prêts.
Le 6 mars 2026, notre petite équipe (Christophe Dumarest, Charly Richer qui s’est joint à nous et moi-même) part en ski de la pointe Helbronner pour descendre la Vallée Noire avant de remonter les 1 000 mètres qui nous séparent du pied de la Gousseault-Desmaison.
Pendant que je monte la tente, Christophe et Charly vont fixer la rimaye, qui s’avère assez complexe, nous faisant gagner ainsi un temps précieux pour la journée du lendemain.
Après une nuit confortable nous nous élançons le 7 mars à 5 heures du matin. Les difficultés apparaissent rapidement et des bouchons de neige rendent la progression plus fastidieuse. Mais les conditions sont finalement plutôt bonnes dans cette partie inférieure. Les longueurs s’enchaînent bien dans un niveau homogène et soutenu.
Après 12 heures d’escalade et une petite vingtaine de longueurs, nous installons le bivouac. Cette fois pas de tente, mais nous réussissons à aménager trois petites plateformes relativement confortables. Nous sommes seuls dans les Grandes Jorasses, la nuit est froide mais réparatrice.
Le matin du 8 nous repartons vers 6 heures pour attaquer la deuxième partie de l’ascension qui concentre les difficultés les plus relevées. Après les premières longueurs, nous croisons des sacs abandonnés par une cordée secourue en novembre dernier, nous rappelant le sérieux de la voie que nous parcourons.
La suite va s’avérer très sèche, relevant sérieusement le niveau des difficultés. Christophe qui avait parcouru cet itinéraire 15 ans plus tôt est surpris par les conditions que nous rencontrons. La rampe de sortie normalement en placage de glace oppose un mixte / dry austère et engagé.
Nous arrivons finalement au niveau de la corniche sommitale franchement impressionnante, vers 15 heures. Commence alors pour Christophe un travail de creusement pour nous permettre de passer. Nous sommes clairement les premiers de la saison.
A 15 heures 30 c’est le sommet et l’aboutissement de ce qui demeure un rêve pour beaucoup d’alpinistes chevronnés. Je mesure en cet instant la chance et le privilège que j’ai de réaliser ce rêve. Un exploit sportif mais surtout un partage et une aventure humaine hors norme.
La descente jusqu’au refuge Boccalatte prendra encore six heures, réservant une belle petite recherche nocturne pour finir une journée déjà bien remplie.