© Didier Laurent

Retour d’expérience : le bilan du projet Vertical Challenge

Suite à son ascension de la Gousseault-Desmaison en face nord des Grandes-Jorasses, l’alpiniste amateur Didier Laurent guidé par Christophe Dumarest dépeint le défi qu’il s’est fixé à l’automne 2025. C’est à partir de l’expérience vécue et des témoignages de son guide qu’il dépeint les transformations en cours en haute montagne dû au changement climatique qui touche de plein fouet ces espaces. Il réaffirme ainsi son soutien aux actions que mène Mountain Wilderness pour la protection des massifs montagneux.

5 min de lecture
Mont-Blanc
Pratiques sportives

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 03 juil. 2026

A l’automne 2025, en tant qu’alpiniste amateur, je me suis lancé le défi un peu fou de réaliser une voie extrême dans les Alpes et d’en parler pour donner de la visibilité aux problématiques environnementales qui touchent nos montagnes. L’objectif était de gravir la Gousseault-Desmaison en face nord des Grandes-Jorasses avec Christophe Dumarest, une voie encore jamais réalisée par un guide avec son client. Aujourd’hui, après avoir atteint ces objectifs, je reviens sur le projet pour témoigner de mon expérience.

Après six mois d'entraînement intensif et plusieurs sorties de préparation assez sérieuses avec Christophe, fin février nous sommes prêts.

Le 6 mars 2026, notre petite équipe (Christophe Dumarest, Charly Richer qui s’est joint à nous et moi-même) part en ski de la pointe Helbronner pour descendre la Vallée Noire avant de remonter les 1 000 mètres qui nous séparent du pied de la Gousseault-Desmaison.

Pendant que je monte la tente, Christophe et Charly vont fixer la rimaye, qui s’avère assez complexe, nous faisant gagner ainsi un temps précieux pour la journée du lendemain.

Après une nuit confortable nous nous élançons le 7 mars à 5 heures du matin. Les difficultés apparaissent rapidement et des bouchons de neige rendent la progression plus fastidieuse. Mais les conditions sont finalement plutôt bonnes dans cette partie inférieure. Les longueurs s’enchaînent bien dans un niveau homogène et soutenu.

Après 12 heures d’escalade et une petite vingtaine de longueurs, nous installons le bivouac. Cette fois pas de tente, mais nous réussissons à aménager trois petites plateformes relativement confortables. Nous sommes seuls dans les Grandes Jorasses, la nuit est froide mais réparatrice.

Le matin du 8 nous repartons vers 6 heures pour attaquer la deuxième partie de l’ascension qui concentre les difficultés les plus relevées. Après les premières longueurs, nous croisons des sacs abandonnés par une cordée secourue en novembre dernier, nous rappelant le sérieux de la voie que nous parcourons.

La suite va s’avérer très sèche, relevant sérieusement le niveau des difficultés. Christophe qui avait parcouru cet itinéraire 15 ans plus tôt est surpris par les conditions que nous rencontrons. La rampe de sortie normalement en placage de glace oppose un mixte / dry austère et engagé.

Nous arrivons finalement au niveau de la corniche sommitale franchement impressionnante, vers 15 heures. Commence alors pour Christophe un travail de creusement pour nous permettre de passer. Nous sommes clairement les premiers de la saison.

A 15 heures 30 c’est le sommet et l’aboutissement de ce qui demeure un rêve pour beaucoup d’alpinistes chevronnés. Je mesure en cet instant la chance et le privilège que j’ai de réaliser ce rêve. Un exploit sportif mais surtout un partage et une aventure humaine hors norme.

La descente jusqu’au refuge Boccalatte prendra encore six heures, réservant une belle petite recherche nocturne pour finir une journée déjà bien remplie.

© Didier Laurent

Constat / témoignage

Les conditions en montagne ont beaucoup changé, recul des glaces, assèchement des faces, éboulements, etc… Qui mieux que Christophe peut en témoigner (c’est le seul à avoir fait deux fois cette voie) ?

Les faces nord rendent visible l’invisible. La glace que l’on croyait hier éternelle, à l’ombre des versants septentrionaux, fond de manière spectaculaire. Les conditions se détériorent. Cela se traduit concrètement par des difficultés accrues, un engagement plus important et des risques objectifs amplifiés. En plus de réduire les créneaux propices à ces ascensions, la fonte de la glace rend les faces nord plus dangereuses. Concrètement, dans la Gousseault/Desmaison que nous avons gravie récemment, la rareté des placages de neige et de glace complexifie l’ascension. Cette glace, de plus en plus rare, remplit pourtant une double fonction : faciliter l’ascension et la rendre plus sûre. Dans la face nord des Grandes Jorasses, une bande de schiste coiffe les 150 derniers mètres sommitaux. Lors de notre dernier passage, cette roche était quasiment à nu, rendant le passage plus périlleux. Si une partie de cette évolution est conjoncturelle (conditions, placages récents), l’autre est désormais structurelle. La face a changé, nous l’avons constaté. Le contraste entre mon ascension de 2011 et celle de 2026 est saisissant.

Christophe Dumarest

Conclusion

La pratique de l’alpinisme et plus généralement des sports de montagne s’en trouve bouleversée. Rien de vital me direz-vous, il ne s’agit finalement que de loisir. C’est vrai, mais c’est aussi un des derniers espaces de liberté, un des derniers bastions de la nature à l’état sauvage et pur, où l’humain n’a qu’une place très éphémère.

Quand elles sont pratiquées avec une certaine déontologie, ces activités ont un impact extrêmement faible et c’est peut-être cela le plus important et le plus précieux. Être en mesure de conserver voir de développer des pratiques indolores pour la nature, donner l’opportunité à un publique large d’apprécier ce type d’activité c’est aussi réduire les comportements plus impactant.

Au travers de ce projet j’ai essayé de faire passer ces messages

Près de trente publications sur les réseaux sociaux ont recueillies un total d’environ 110 00 vues touchant près de 3 000 comptes.

Le travail reste immense mais comme une très grande ascension la persévérance est la clé de la réussite.

© Didier Laurent

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