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© Martin Thomas - CC BY 2 0 | Photo d'origine modifiée

Passage du Tour de France par le site sensible du Col de Sarenne : les associations restent vigilantes

Le Tour de France et l’Etape du Tour franchiront le col de Sarenne (38) les 19 et 25 juillet prochains. Pour limiter l’impact de cette traversée d’un site sensible, une partie de la course se déroulera exceptionnellement sans public, sans hélicoptères, et sans véhicules superflus. Face à l’inquiétude légitime que suscite le passage d’un tel évènement dans un des plus beaux paysages de l’Oisans, riche en biodiversité, nos associations se sont mobilisées et restent vigilantes.

10 min de lecture
Isère
Espaces protégés

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 09 juil. 2026

Un évènement hors norme…

Le départ du Tour de France a été donné ce samedi 4 juillet à Barcelone. Dans près de deux semaines, lors de leur passage au col de Sarenne, les 184 cyclistes professionnels en lice vont pouvoir découvrir ce paysage sans pareil et relativement préservé. Les 16 000 cyclistes amateurs ayant payé leur droit de participer à L'Étape du Tour de France – l’une des plus grands épreuves cyclosportives au monde – vont également profiter d’une immersion en Oisans, aux portes du Haut-Ferrand. Toutefois, le passage du Tour de France ne se limite malheureusement pas au passage de quelques cyclistes : avec sa caravane publicitaire de centaines de véhicules sonorisés, ses myriades de véhicules d’assistance, ses spectateurs venus par milliers et ses hélicoptères et autres motos assurant la retransmission télévisuelle pour ceux n’ayant pas pu se déplacer, voire le transport de VIP, cet évènement est – en l’état – incompatible avec le respect des espaces naturels qui bordent la route pastorale reliant Clavans à l’Alpe Huez en passant par le col de Sarenne.

… dans un espace sauvage et sensible

Le col de Sarenne est une des portes d’entrée de la magnifique vallée du Ferrand (parmi les derniers grands absents dans le maillage des espaces protégés du secteur). Sa richesse floristique et faunistique est attestée par de nombreux documents et inventaires, et en partie protégée par un Arrêté Préfectoral de Protection du Biotope (APPB). Les abords de la route abritent de nombreuses espèces de faune emblématiques du milieu montagnard, ainsi que plusieurs plantes patrimoniales voire protégées (par ex. Swertie pérenne, Trichophore des Alpes, Saule glauque, menacées d’extinction et emblématiques de la zone humide de Sarenne, mais aussi Lis martagon, Lis orangé, Œillet saxicole). Non loin de là, à l’amont du barrage du Chambon, un couple de gypaètes a élu domicile et élève en ce moment même un poussin en bonne santé. Nous tenons donc à souligner le caractère exceptionnel du col de Sarenne et de ses environs immédiats. Si le passage de quelques coureurs cyclistes laisserait cette biodiversité indifférente, le format actuel du Tour de France et de l’Etape du Tour font peser de sérieuses menaces sur la prospérité de ces espèces.

Le milieu associatif mobilisé

Cette inquiétude semble largement partagée : ce printemps, la pétition intitulée « Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne » avait rassemblé 15 831 signataires. Elle mettait en avant l’avifaune riche et fragile du site (tétras-lyre, lagopèdes, …) et se terminait par ces mots : « La nature n’est pas un stade ». Au même moment, nos associations (FNE Isère, Mountain Wilderness, Association Oblique Oisans, Gentiana) ont écrit aux acteurs directement concernés par la problématique pour leur faire part de nos griefs. Nous avons réitéré les demandes qui avaient été faites lors du premier passage du TdF par le col de Sarenne en 2013, et pour lesquelles nous avions majoritairement obtenu gain de cause : que le passage du Tour de France n’engendre pas d’élargissement ni de simplification de la route pastorale ; que la caravane publicitaire n’emprunte pas le col de Sarenne ; que la caravane publicitaire ne distribue pas de cadeaux lorsqu’elle traverse des zones Natura 2000 ; que les mesures prises en 2013 pour assurer la protection du site couvert par un APPB et ses abords (balisage sur place et fermeture de l’accès motorisé au col avant la course) soient à nouveau mises en œuvre, et étendues au tronçon entre Clavans-le-Haut et le col de Sarenne, également sensible et soumis au risque gravitaire ; que seuls les véhicules directement nécessaires à l’assistance des coureurs puissent accéder au col ; que la législation relative au survol motorisé par les hélicoptères qui suivront l’étape soit strictement respectée, et que les pilotes évitent tout survol à moins de 500 mètres des falaises. Puisqu’un jeune gypaète arpente en ce moment même les falaises à l’aplomb du Plateau d’Emparis, et puisque les hélicoptères accompagnent encore le Tour de France, il serait souhaitable que les pilotes privilégient la rive gauche de la Romanche.

Un format revisité pour l’occasion

À ce jour la préfecture de l’Isère n’a pas répondu à notre courrier.
Néanmoins, ASO, l’organisateur du Tour de France, a confirmé la mise en œuvre des mesures listées ci-dessus. La plupart d’entre elles étaient déjà envisagées de longue date, afin de réduire l’impact du Tour de France sur cette portion particulièrement sensible. Nous n’attendions rien de moins de la part d’une structure qui a signé la « Charte des 15 engagements éco-responsables des organisateurs d’événements sportifs », et dont le premier engagement est « le respect des sites sensibles traversés ». Du reste, le directeur du Tour de France Christian Prud'homme a réussi à transformer l'interdiction du public en argument marketing, louant l'opposition spectaculaire entre le « silence de la montagne" à Sarenne et « la folie et la ferveur » des 21 virages d’Huez.

Une affaire à suivre

Nous sommes conscients que l’organisation et la supervision d’un évènement de cette ampleur est complexe, tant pour les organisateurs que pour les collectivités, mais nous refusons que la montagne soit fortement modifiée ou dégradée pour le seul motif de la publicité et du spectacle. D’autant que les craintes formulées en 2013 se sont malheureusement révélées être fondées : les travaux de goudronnage et de suppression des passages à gué ont durablement facilité l’accès des véhicules motorisés à la route pastorale qui relie Clavans au col de Sarenne. Non seulement la fréquentation du col s’en est ressentie, mais elle permet aujourd’hui cette double étape démesurée avec le passage du Tour de France et de son produit dérivé l’Étape du Tour de France. Le 17 juin, le gratin de l'Oisans était réuni au col de Sarenne, en présence de Christian Prud'homme, pour inaugurer un panneau selfie qui est « bien plus qu'un équipement communautaire, il symbolise à lui seul notre volonté commune de valoriser un patrimoine naturel, sportif et touristique exceptionnel ». Cette mise en tourisme d’un tronçon de route est incompatible avec la préservation de ses abords immédiats – vulnérables à la fréquentation et au changement climatique – et est à rebours des enjeux actuels à l’heure où, dans plusieurs autres vallées de l'Oisans et du Briançonnais, les collectivités ferment les accès routiers devenus impraticables à cause de l’augmentation de la fréquence et de l'intensité des évènements orageux1.

Sarenne est bien plus qu’un décor : c’est un écosystème préservé et un paysage unique de l’Oisans, nous veillerons à ce qu’il le reste.

1. Le Dauphiné Libéré (2026, 5 juillet). Cet été, l’accès routier à Entre- les-Aygues s’arrêtera à Béassac. Le Dauphiné Libéré. https://www.ledauphine.com/tratransport/2026/07/05/cet-ete-l-acces-routier-a-entre-les-aygues-s-arretera-a-beassac
Ici Isère (2026, 27 juin). « Cette coulée est énorme » , la route de La Bérarde à nouveau coupée après les violents orages de jeudi en Oisans. ici.fr. https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-7h30-ici-isere/la-route-de-la-berarde-a-nouveau-coupee-apres-les-orages-de-jeudi-en-oisans-5880440

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