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Un retour critique de Mountain Wilderness Italie, pays organisateur de la dernière olympiade hivernale

Alors que la France se projette déjà vers l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030, l’expérience italienne des Jeux de 2026 suscite de nombreuses interrogations. À l’occasion d’un échange entre Mountain Wilderness France et Mountain Wilderness Italie, les représentant.es transalpins ont livré un constat pour le moins préoccupant. Réuni.es le 10 mars dernier, les membres de Mountain Wilderness France ont pu échanger avec Luigi Casanova, président de MW Italie, et Luca Bono, bénévole pour Mountain Wilderness International en charge de la traduction des échanges. Un retour d’expérience précieux, à l’heure où un modèle d’organisation similaire reposant sur une dispersion des épreuves entre plusieurs territoires est envisagé côté français.

5 min de lecture
Montagne à vivre

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 11 mai 2026

Des Jeux loin des promesses initiales

Organisés sur plusieurs régions, les Jeux de 2026 devaient incarner un modèle innovant et durable. Pourtant, à la veille de la cérémonie d’ouverture du 6 février, plus de la moitié des chantiers n’étaient pas achevés. Sur les 98 projets d’aménagement lancés, 57 % restaient inachevés selon le rapport Open Olympics. Le budget global, estimé à 7 milliards d’euros, a lui aussi dérapé. Certains projets emblématiques, comme la fondation Milano-Cortina, ont vu leur coût passer de 1,35 à 1,85 milliard d’euros. Au final, un déficit de 150 millions d’euros a dû être comblé par l’État italien.

Au-delà des chiffres, les conséquences sur le territoire sont au cœur des critiques. Plusieurs projets ont été réalisés dans des zones à risque, parfois sans transparence ni consultation démocratique.

Des forêts de mélèzes ont été détruites pour laisser place à de nouvelles infrastructures, notamment la très controversée piste de bobsleigh. D’autres aménagements, comme des retenues collinaires destinées à produire de la neige artificielle (près de 2 millions de mètres cubes) interrogent fortement sur leur pertinence écologique. Par exemple, à Cortina, un télésiège construit sur un terrain instable n’était toujours pas opérationnel lors des compétitions, contraignant les spectateurs à utiliser des transports alternatifs. Quant à la piste de bobsleigh, elle a montré des signes de fragilité peu après son utilisation.

Une population locale peu consultée

L’un des points majeurs soulevés par MW Italie concerne l’absence de consultation citoyenne. Les projets ont été portés principalement par les régions, sans véritable débat public, malgré des tentatives initiales de consultation. Dans un territoire déjà marqué par le surtourisme, les Jeux ont accentué les tensions : flambée des prix de l’immobilier, économie toujours plus dépendante du tourisme, départ des jeunes faute d’opportunités. À Cortina, les prix atteignent jusqu’à 15 000 € le mètre carré.

Malgré un mécontentement diffus, peu de mobilisations d’ampleur ont émergé. Un paradoxe, alors même que les bénéfices annoncés peinent à se concrétiser les hébergements touristiques n’ayant même pas affiché complet durant les Jeux. Autre déception : la faible mise en valeur du territoire à l’international. Alors que la promotion de la culture et de l’environnement locaux faisait partie des engagements initiaux, les images diffusées n’ont que très peu reflété la richesse et la diversité de la région.

Ce retour d’expérience résonne particulièrement en France, où la candidature pour 2030 a elle aussi été élaborée sans consultation citoyenne, suscitant des recours juridiques fondés notamment sur la convention d’Aarhus.

Pour Mountain Wilderness, l’exemple italien constitue un signal d’alerte : derrière les promesses de durabilité et de retombées économiques, la réalité des Jeux semble bien plus contrastée.

Rendez-vous en juin pour une visite de terrain lors de l’AG de MWI

Dans ce contexte, Mountain Wilderness International tiendra son assemblée générale le week-end du 6 juin à Auronzo en Italie. À cette occasion, une visite commentée des sites olympiques sera organisée par MW Italie, guidée par Luigi Casanova. Une opportunité pour tous·tes les membres d’observer concrètement les infrastructures héritées des Jeux et d’en mesurer les impacts réels sur le terrain.

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