L’article 6 bis de la proposition de loi illustre concrètement cette dérive. Sous couvert de préservation du patrimoine montagnard, il vise à étendre les possibilités de reconstruction de chalets d’alpage et de bâtiments d’estive.
Présentée comme une mesure de bon sens patrimonial, cette disposition ouvre en réalité une brèche majeure : elle pourrait permettre de reconstruire demain des bâtiments aujourd’hui disparus ou réduits à l’état de ruines, dans des secteurs naturels ou pastoraux où la loi Montagne encadre strictement l’urbanisation.
Mountain Wilderness France alerte sur le risque d’un détournement massif : sous prétexte de faire revivre un patrimoine bâti, cette mesure pourrait créer de nouvelles opportunités de résidences secondaires, d’hébergements touristiques ou d’aménagements privés dans des espaces jusqu’ici protégés.
Le droit actuel permet déjà de restaurer les chalets d’alpage existants et d’autoriser les bâtiments nécessaires aux activités agricoles, pastorales ou saisonnières. L’enjeu n’est donc pas de sauver un patrimoine menacé d’abandon, mais bien d’ouvrir de nouvelles possibilités de construction dans des espaces où elles sont aujourd’hui limitées. Le rapport sénatorial lui-même ne va pas plus loin : sa recommandation n° 17 s’en tient à la reconstruction à l’identique de bâtiments existants, sans jamais mentionner les ruines. Sur ce point, la PPL dépasse ce que la mission d’information elle-même propose.
Le Sénat a certes limité l’usage des ruines reconstruites à l’activité pastorale ou à la “pratique de la randonnée”. Mais cette notion, sans définition juridique, peut couvrir gîtes, refuges privés et hébergements marchands. Et rien ne garantit que ce garde-fou survive à la commission mixte paritaire : la version votée par l’Assemblée nationale ne prévoyait, elle, aucune restriction d’usage. Demain, un tas de pierres en pleine nature pourrait devenir un hébergement touristique au nom de la “montagne vivante”. C’est précisément ce glissement que la loi Montagne devait empêcher.