© Rachel Granadel

Retour sur le festival « Faire Écologie » à Toulouse

Les 7 et 8 février, les Halles de La Cartoucherie à Toulouse ont accueilli la deuxième édition du Festival Faire Écologie. Cet événement a proposé d’explorer les liens entre écologie et société à travers des conférences, débats, projections et ateliers. Une programmation riche et inspirante pour comprendre comment l’écologie bouscule nos vies quotidiennes : de l’éducation au sport en passant par les technologies, les inégalités sociales et récits culturels.

5 min de lecture
Haute-Garonne
Transition

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 07 avr. 2026

Des imaginaires à l’origine des comportements

Dans ce cadre, Mountain Wilderness a été invité à intervenir sur les enjeux spécifiques des territoires de montagne, et en particulier sur la question des imaginaires. Souvent décrits comme « les lunettes avec lesquelles on regarde collectivement le monde », les imaginaires sont des représentations, valeurs et normes de vie collectives qui guident, sans que l’on s’en rende compte, nos manières de penser, de décider, d’agir avec tout écosystème.

En effet, depuis les années 1960, l’imaginaire dominant du rapport à la montagne s’inscrit dans une approche individualiste de consommation de loisirs et de performance. Aménagements, tourisme mono-économique, technologies au service du « toujours plus, tout de suite » : tout concourt à rendre la montagne plus accessible et plus attractive.

Pourtant, ces modèles ne sont plus viables aujourd’hui, car ils mettent en péril l’équilibre même de tous les écosystèmes, comme en témoignent :

  • la multiplication des catastrophes naturelles

  • l’épuisement de la ressource en eau

  • la pollution des vallées et de « l’air pur en montagne »

  • la difficulté de s’y loger

  • l'effondrement de la biodiversité, essentielle aux équilibres de tous les vivants

Il devient alors essentiel d’interroger collectivement les imaginaires actuels liés à la montagne pour faire place à des imaginaires alternatifs (sobriété positive, le fait de prendre son temps, la cohabitation entre tous les vivants) et à travers eux : de nouveaux récits.

Un atelier pour faire Basculer nos Imaginaires

Samedi après-midi, l’Atelier Bascule d’imaginaires a réuni une quinzaine de participant·es. Par groupe de quatre ou cinq, il·elles ont été plongés dans les imaginaires de montagne à travers une immersion sonore et un jeu de photolangage qui ont incité les échanges autour de leurs propres représentations. Conçu pour permettre aux participant·es d’identifier les imaginaires dominants, les imaginaires minoritaires et ceux à garder ou à délaisser, l’atelier à rappelé que les territoires de montagne disposent déjà de tous les atouts nécessaires pour devenir moteurs de la transition :

  • écosystèmes naturels exceptionnels

  • vies associatives et citoyennes très riches

  • savoir-faires concrets

  • des vraies dynamiques socio-économiques, etc.

En effet, ces transformations existent, souvent en dehors des modèles touristiques dominants, et elles gagnent en force lorsqu’elles sont portées collectivement. 

© Rachel Granadel

Conférence « Sport et écologie : l’urgence d’autres récits »

Ces réflexions ont été prolongées lors d’une conférence animée par Julie Auffray (autrice du podcast La Montagne Conte), avec : 

  • Nolwen Berthier (grimpeuse professionnelle et ingénieure en environnement),

  • Matthieu Amaré (co-fondateur et rédacteur en chef de Vertige Média),

  • Eric Fourreau (directeur des Éditions de l’Attribut),

  • Juliette Mathy (designeuse et stagiaire dans la campagne Montagnes en transition).

Le sport est doté d’une grande capacité à faire récit, façonnant nos représentations collectives, nos imaginaires. Pourtant, comme le précise Eric Fourreau, les récits classiques d’expériences héroïsent souvent les « exploits » invisibilisant les écosystèmes et enjeux qui en découlent.

« Le sport véhicule en premier lieu des dimensions masculines de performance, de concurrence, avec une place aussi extrêmement faible pour la femme qui a très longtemps été soit invisibilisée soit folklorisée ». Eric Fourreau 

Des médias comme Vertige Média ou La Revue Pannard, cherchent à dépasser cette logique de performance pour aborder des enjeux climatiques, sociaux et politiques. Matthieu Amaré insiste sur la nécessité de laisser place à ces dimensions :

« Le sport présente des enjeux climatiques, des enjeux de justice sociale, d'accessibilité et politique qui sont indispensables à raconter ». Matthieu Amaré

En tant que premier·ères témoins des changements, les sportif·es ont aussi une responsabilité particulière

« On dit souvent que « les sportifs nous font rêver ». Or, derrière cette phrase, se cache souvent le fait que les sportifs construisent nos rêves ; ce à quoi on aspire ». - Nolwen Berthier

Dans le cas d’une pratique sportive en montagne, Juliette Mathy précise :

« Le·a grimpeur·euse ou l’alpiniste, sont les seules personnes qui vont dans ces hauteurs et qui peuvent raconter ce qu’il se passe là-haut - en tout cas, ce sont les seules que l’on peut comprendre ». Juliette Mathy

Mais alors comment conscientiser l'importance des écosystèmes naturels si des professionnel·les évoluant quotidiennement dans ces espaces ne cessent de les occulter ?

Dans le cadre de son mémoire et projet de fin d’études sur le thème des récits de haute montagne, Juliette a expérimenté diverses manière de faire un récit d’expérience vécue (audios, graphiques, photographiques). Elle a choisi finalement d’adopter au tout autre point de vue pour sortir de l’anthropocentrisme des narrations :

« J’ai décidé de prendre le contre-pied des récits actuels. Le principe de cette tentative de récit est que ce soit les écosystèmes qui racontent leur expériences vécues des alpinistes passant sur leur dos ».  Juliette Mathy

En tant que sportive médiatisée, Nolwen, a fait le choix de mettre sa voix au service des enjeux sociétaux et écologiques. Sa première expérimentation de récit a été le livre Le monde du sport face à l’Urgence écologique, où l'intention était de faire un panorama d'acteurs du secteur du sport engagés pour l’écologie, montrant que faire différemment est possible. Son deuxième projet est la Web-série Une voie pour la nature, construit dans la volonté d’éclairer un angle mort de la transition écologique : le sujet de l’érosion de la biodiversité. 

« J’ai fait le choix de faire des vidéos où je suis allé à la rencontre d'experts de la biodiversité, avec la volonté de créer des ponts entre le milieu sportif et scientifique, que j’ai mis en images sur de la belle image d'escalade. Ma pratique sportive devient au service de l’enjeu et plus une fin en soit ». Nolwen Berthier

Pour découvrir l’intégralité de la conférence :

Exposition « Les récits de haute montagne »

À l’issue de la conférence, les participant·es ont été invité·es à découvrir l’exposition de Juliette à The Roof. Basée sur son projet d’étude, l’exposition témoigne que le design est une matière à récits, capable de nourrir des réflexions écologiques et systémiques.

L’exposition a permis de retracer les différentes étapes du projet et les démarches explorées. On a pu y retrouver diverses expérimentations, représentations graphiques, carnets de croquis, planches d’aquarelles et photographies.

Conçue pour révéler les interactions passées entre écosystèmes et humains, les festivaliers ont pu découvrir ces divers éléments, les manipuler et ainsi construire leur propre lecture du projet.

© Juliette Mathy
© Juliette Mathy
© Rachel Granadel

Répandre d’autres récits

Les imaginaires sont en mouvement et les choses bougent au sein des territoires grâce à de nombreuses collectivités de médias, sportif·ves, scientifiques, artistes, habitant·es, et tout autre acteur·rices de la transition. De nouveaux récits émergent, mais peinent encore à s’ancrer dans les imaginaires. À nous de les chercher, les inventer et les partager pour transformer ensemble nos représentations collectives ! 

Si vous souhaitez agir concrètement en montagne, vous pouvez aussi devenir animateur·rices de la Bascule d'imaginaires ou d'autres événements ! 

Partager cet article via

Cela peut aussi vous intéresser !

Cet article vous a plu ?

Notre association est majoritairement financée par les citoyen.nes, ce qui nous permet de garantir l’indépendance de nos actions et de nos articles. Pour continuer de vous informer en toute liberté, faites un don !
  1. Nous soutenir