© Arnaud Chastagner

Rapport Moral 2025 de la Présidente de Mountain Wilderness

Vous trouverez ci-dessous le rapport moral de Fiona Mille, lu lors de l'assemblée générale de Mountain Wilderness le 29 mars 2026.

5 min de lecture
Vie associative

Écrit par Fiona Mille, Présidente

Publié le 01 avr. 2026

Mountain Wilderness : renouer notre rapport à la terre

Pour démarrer ce rapport moral, je souhaiterais vous raconter une anecdote. Cette semaine, alors que je me demandais ce que j'allais vous raconter, je me promenais dans la forêt au-dessus de chez moi. C'était la tombée de la nuit, à 1400 m d'altitude, et tout était là. La neige naturelle dans laquelle je m'enfonçais jusqu'à la moitié du mollet, après cette journée de précipitations. L'immensité des cimes des arbres qui m'enveloppait. Le silence, l'absence de bruits artificiels et du brouhaha humain. Mais aussi l'attente et l'envie de croiser furtivement un animal sauvage : biche, cerf, sanglier, renard... Vous allez me dire que cette anecdote est d'une telle simplicité. Je ne vous parle même pas d'une course en alpinisme ou d'un raid à ski de randonnée. Un moment de simplicité extrême certes, et pourtant d'une grande valeur.

À cet instant présent, je sentais que je faisais résonance. Le philosophe Hartmut Rosa expliquait ce terme en disant « Je parle au monde et il me répond ». Dans cette forêt de Belledonne, je me sentais en profonde relation avec les habitants, humains comme non humains, de ce monde.

Je suis engagée depuis 10 ans dans notre organisation et je reste très attachée à sa singularité. Bien plus qu'une association de protection de l'environnement, Mountain Wilderness travaille au quotidien cette relation à la montagne, cette manière d'être au monde.

Lorsque nous menons un chantier Installations Obsolètes, ce ne sont pas uniquement des tonnes de ferraille que nous enlevons, c'est bien la place que nous occupons et les traces que nous laissons dans la nature que nous questionnons.

Avec Changer d'Approche, la mobilité n'est pas qu'une affaire de CO2, même si la réduction des émissions est indispensable. Il s'agit bien de ralentir, de s'immerger, d'être attentif.

Travailler sur des SCOT, s'opposer à des projets d'extension, ce n'est pas uniquement préserver des hectares mais bien des sols et des écosystèmes vivants.

La situation géopolitique et sociétale actuelle est particulièrement plombante. Ce qui nous plombe davantage, c'est cette perte de plus en plus forte de relations et donc de sens dans nos vies. Même la nature est de plus en plus technicisée. Comme si donner un prix aux écosystèmes et aux espèces nous inciterait à plus de respect...

Je suis convaincue que la vraie richesse de notre association se trouve dans notre capacité à questionner en profondeur notre relation à la montagne. C'est cette dimension éthique qui fait souvent défaut dans les débats environnementaux.

Vers quel avenir souhaitons-nous tendre en montagne ?

2025 a été pour moi une année particulièrement enrichissante. Grâce au livre « Réinventons la montagne », j'ai pu participer à plus de 60 rencontres dans différents massifs, villages et villes. Bien évidemment pour parler de montagne, pour présenter Mountain Wilderness et ses actions mais aussi pour écouter et échanger sur le devenir de nos territoires. Ce qui m'a particulièrement marqué, c'est que la dimension éthique était au cœur des débats. Il ne s'agissait pas de chercher des solutions techniques déjà emballées, mais bien de travailler sur notre rapport à la montagne.

Comment voulons-nous vivre demain le respect des écosystèmes naturels et des limites planétaires ? Cette question est fondamentale, et lorsqu'elle est posée suscite un élan chez les habitants et amoureux des cimes. Il ne s'agit plus uniquement de chercher à réduire nos impacts négatifs mais bien de s'autoriser à vivre de nouvelles relations, d’entrer en résonance.

Les montagnes sont profondément inspirantes. Pour toutes ces raisons, je pense que l'action de Mountain Wilderness est aujourd'hui essentielle pour faire bouger des lignes.

Je tiens particulièrement à remercier le bureau, avec lequel je travaille en toute confiance. Le conseil d'administration pour son engagement fort et quotidien. L'équipe, sans qui rien n'est possible. Nos délégués et groupes locaux, pour l’ancrage nécessaire et le dynamisme. Et l'ensemble des adhérentes et adhérents qui font Mountain Wilderness.

Merci à toutes et tous cette autre manière d'être au monde, que je trouve particulièrement belle.

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