© Mathilde Henry

Sarenne, l'adieu aux glaces, troisième édition

Le dimanche 31 août dernier avait lieu la troisième commémoration de la disparition du glacier de Sarenne. Retour sur cet évènement co organisé par Mountain Wilderness France, France Nature Environnement Isère, Association Oblique, le Club Alpin Français Pays d'Oisans et la Section Alpes Occidentales de l'International Glaciological Society (IGS-SAO).

5 min de lecture
Espaces protégés

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 02 févr. 2026

Un collectif au service des glaciers

Plus de 1 000 glaciers suisses ont disparu entre 1973 et 20161. Précipités dans leur chute par le changement climatique d'origine humaine, les glaciers français ne se portent pas mieux : 110 d'entre eux ont disparu entre le début du siècle et la canicule de 2022 dans les Alpes, et 7 dans les Pyrénées2. Pourtant, à quelques sépultures et plaques commémoratives près, les glaciers s'effacent donc dans l'indifférence la plus totale. Seuls quelques évènements disparates ont été organisés3, en nombre bien inférieur à celui des glaciers disparus.

Face à la taille du cataclysme que représente la disparition des glaciers, l'action individuelle n'a que peu de poids. Au contraire, l'action collective et la mutualisation de nos moyens respectifs prend tout son sens. Pour cette raison, cinq associations et collectifs se sont rassemblées le 30 août 2025 pour la troisième commémoration de la disparition du glacier de Sarenne : Mountain Wilderness France, France Nature Environnement Isère, Association Oblique, le Club Alpin Français Pays d'Oisans et la Section Alpes Occidentales de l'International Glaciological Society (IGS-SAO).

Un pèlerinage vers le défunt glacier

Les randonneurs se sont ainsi donné rendez-vous dès 8 h au pied du vallon de Sarenne pour cheminer jusqu'à 2 900 mètres d'altitude à la recherche des derniers oripeaux de ce géant déchu. Ils ont marché en bonne compagnie : le glaciologue François Valla - en charge du suivi du glacier jusqu’en 2003 – s’étant joint au groupe. Ce dernier leur confira notamment sa surprise et son regret devant l’évolution du glacier depuis son départ à la retraite en 2003.

C’est le Professeur Philippe Schoeneich (Géographe, président de l'IGS-SAO) qui a pris la tête du groupe, distillant ses connaissances au fil de la montée à l’aide de nombreuses cartes, schémas et photographies. Pas moins de trois pauses furent nécessaires pour évoquer la longue histoire du glacier, étudié depuis 1906, et mesuré chaque année depuis 1948 ! Le calme du vallon, seulement troublé par les incursions de l’aviation légère dans l’espace aérien, s’est avéré propice aux échanges. La montée, quoique longue, s’est ainsi effectuée sans heurts, à 

l’exception de l’effroi ressenti par François au moment de découvrir les restes de la cabane des glaciologues, démontée en 2022. Cette cabane rustique avait été construite à 2 730 mètres, à l’époque où le front du glacier descendait aussi bas. Elle surplombait depuis la retenue de l’Herpie, le lac artificiel dont les promoteurs avaient prétendu qu’il protégerait le glacier.

Arrivés à proximité de la dernière balise d’ablation encore en place dans le glacier relictuel, les participant.es ont observé une minute de silence.

© Mathilde Henry

Un évènement convivial au col de Sarenne 

Dans le même temps, plusieurs animations étaient proposées au col de Sarenne où le rendez-vous état donné dès 11h. Après avoir scruté les cartes et photographies affichées sur place, puis déjeuné avec vue sur Meije pour les plus chanceux, les participants ont pu passer l’après-midi au soleil à échanger avec une grande diversité d’intervenants réunis par leur attachement au vallon de Sarenne et son glacier.
Se sont ainsi succédés à la tribune improvisée : 

  • Xavier Bodin (géomorphologue – EDYTEM/OSUG/CNRS), pour présenter l'évolution des glaciers, les marques qu'ils laissent dans les paysages, et nos "interactions" avec eux (risques, tourisme, eau...), avant de faire part de ses réflexions quant à place des scientifiques dans la vaste question de l'attachement aux lieux.
  • Françoise Berthet (habitante) et Alix Berthet (ancien entraîneur au GUC) pour évoquer ensemble la mémoire des pionniers du ski d'été et la grande époque du chalet du GUC.
  • Félix de Montéty (géographe) pour nous en apprendre plus sur la toponymie et l’histoire du nom des glaciers environnants.
  • François Maire (pilote de drone) pour présenter les résultats de son travail de cartographie des glaciers des Grandes Rousses.
  • Guillaume Gontard (sénateur de l’Isère) pour nous faire part de son action au Sénat pour la protection des glaciers, avant d’échanger plus largement avec le public sur l’avenir des montagnes. 

Le groupe des randonneurs est arrivé juste à temps pour relater leur aventure en guise de conclusion à cette belle journée.

© Alain Pellorce

Une commémoration, et après ?

Cette commémoration avait plusieurs objectifs : tout d'abord, ne pas laisser le glacier tomber dans l'oubli et s'assurer que sa disparition ne soit pas un évènement anodin de plus, noyé dans le flux quotidien d'informations ou occulté par le marketing fallacieux de la station d'Huez4. Plus encore, il s'agissait de créer du lien entre les riverains présents et de favoriser l'attachement au territoire. Enfin, si nous souhaitions faire vivre la mémoire du glacier, c'était avant tout pour regarder vers demain et envisager ensemble l’avenir de ce vallon et du territoire qui l’entoure. Un projet de réhabilitation du refuge du GUC est par exemple né des discussions autour du témoignage d’Alix Berthet. En attendant, rendez-vous l'année prochaine pour une rendez-vous qui pourrait bien se pérenniser, à moins que l'endroit ne soit irrémédiablement défiguré entre temps.

1. Linsbauer, A., Huss, M., Hodel, E., Bauder, A., & Barandun, M. (2025). Vanished glaciers of the Swiss Alps: An inventory-based assessment from 1973 to 2016. Annals of Glaciology, 66, e33. doi:10.1017/aog.2025.10031

2. Entre 2011 et 2023 (Izagirre et al., 2024)

3. Funérailles du glacier d'Arriel (Pyrénées), d'Ok Jökull (Islande) ou du Pizol (Suisse) en 2019 ; funérailles du glacier de Sarenne en 2023 ; inauguration du « cimetière des glaciers » en Islande en 2024.

4. S’il a disparu physiquement, le glacier n'a pas disparu de la communication d'Huez qui s'en sert encore d'outil marketing, par exemple à l'occasion de la mégavalanche : une course qui conduit des centaines de VTTistes à dévaler la vallon de Sarenne.

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