Les remontées à vélo : belle mobilisation contre un évènement hors catégorie

Le samedi 21 mars, plus de quarante cyclistes de tous horizons se sont rassemblés au Bourg d'Oisans pour gravir ensemble les 21 virages de l'Alpe d'Huez en guise de protestation contre le festival Tomorrowland Winter et sa démesure.

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Isère
Oisans
Espaces protégés
Pratiques sportives

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 01 avr. 2026

Des revendications simples : trop c'est trop

Trop de bruit, trop polluant, trop cher : nos principaux griefs contre Tomorrowland Winter avaient déjà été résumés dans cet article qui annonçait notre plainte (déposée conjointement avec FNE Isère) pour nuisances sonores. Trop de bruit, car le festival avait été épinglé dès 2023 par l'Agence régionale de santé (ARS) pour avoir allègrement enfreint la réglementation en matière de nuisances sonores, et nos mesures réalisées en 2025 avaient corroboré ce constat. Rien de surprenant pour un festival qui se targue d'être "là où le silence disparaît enfin". Trop polluant, car au delà de la pollution sonore et visuelle, le festival contribue largement au bilan carbone du territoire. Le transport des festivalier·es représente à lui seul plus des trois quarts du bilan carbone du festival, puisque 47 % des festivalier·es viennent de l'étranger, et les organisateurs proposent encore des packs incluant le trajet en avion depuis de grandes villes européennes. Trop cher, car le festival est encore gourmand en subventions pendant que la société TL Winter engrange de copieux bénéfices (1,7 M€ en 2022). Quant aux chiffres des retombées économiques, (certains avancent le chiffre de 3 M € pour le commerce local) ils ne sont jamais explicités.

Une mobilisation couronnée de succès

En cette première journée de printemps, le soleil et la motivation des manifestant·es étaient au rendez-vous !

L'engagement de collectifs d'habitant·es locaux a permis que la mobilisation se déroule au mieux : 45 cyclistes de Grenoble, Chambéry, du Vercors ou de l'Oisans se sont retrouvé·es au petit matin à l'aire de covoiturage du Bourg d'Oisans. Le cortège, égayé par la présence de nombreux déguisements, a pu pédaler en sécurité du Bourg d'Oisans jusqu'au cœur de l'Alpe d'Huez, encadré par les voitures ouvreuses et balais assurant la médiation et le tampon avec les autres automobilistes. Grâce aux équipes chargées des ravitaillements et de l'animation festive, nous avons maintenu la bonne humeur et l'endurance des cyclistes tout au long de la montée. Merci aux nombreux bénévoles d'avoir rendu ce moment possible.

Une fois arrivé·es à l'Alpe d'Huez, nous nous sommes réunis pour une prise de parole et un bref temps d'échange avec des festivalier·es et des professionnels locaux qui tentaient de défendre l'intérêt de ce méga-évènement. Marie-Odile, Seb et Tom se sont ainsi succédés au micro pour faire valoir la diversité de nos opinions qui convergent en un point : le méga festival Tomorrowland n'a pas sa place en montagne.

Outre ce moment de sport et de partage, la visite à l'Alpe d'Huez aura réservé de belles surprises, comme la découverte de ces quelques lignes dans la gazette du festival (et traduites par nos soins, le journal étant édité en anglais) : "Au milieu de ces cimes, le monde semble un peu plus calme, et en même temps, bien plus vaste. L'air est vif, les crêtes veillent, et toute l'agitation quotidienne que vous avez ramenée avec vous se dissout peu à peu pour laisser place plus de douceur." Espérons qu'un jour les organisateurs maîtriseront aussi bien les enjeux environnementaux et le code de la santé publique qu'ils maîtrisent l'ironie.

Quelle suite ?

Nous sortons de cette manifestation encore plus motivé·es pour l'année prochaine. Nous reviendrons plus nombreux·ses, avec une volonté intacte de faire entendre notre voix face aux enceintes du festival. Plus que jamais, nous voulons faire respecter la santé et la tranquillité des habitant·es et la protection du milieu montagnard, et nous espérons toujours une vraie réflexion démocratique sur ce type d’événements culturels ; des évènements festifs accessibles à toutes et tous, ouverts sur le monde et respectueux de leurs environnements.

La montagne est un milieu de vie fragile, elle est précieuse pour les femmes et les hommes qui l'habitent ou la visitent, et elle mérite mieux que d'être un simple fond de scène.

Face à la multiplication de ce type d'évènements en montagne (VSNZ Winter Arc à Grindelwald ; Electric Mountain à Sölden ; Hibernation en Andorre ; Cosmic Mountain à Val Thorens) il est urgent de réaffirmer cette position et d'être nombreux et nombreuses à la porter.

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