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Cynorrhodon
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Biodiversité et wilderness, wilderness et biodiversité ?

16 mars 2011

Par Francine Brondex, administratrice MW et Biologiste
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Biodiversité et wilderness« Everybody needs beauty as well as bread, places to play and pray in, where Nature may heal and cheer and give strength to body and soul alike. » [1]

La biodiversité est un patrimoine complexe : ensemble des espèces vivantes, des plus emblématiques aux plus discrètes, tout autant que les interactions complexes qui les lient, garantes du bon fonctionnement des écosystèmes. Ainsi, le travail minutieux d’inventaire des espèces, tel qu’il est mené dans le Mercantour est indispensable à notre connaissance (encore bien incomplète d’ailleurs) de la biodiversité mais ne nous révèle qu’une dimension de celle-ci.

La biodiversité est aussi l’indispensable diversité génétique. Les Lagopèdes pyrénéens nous le rappellent : isolement et appauvrissement génétique portent en eux le germe de la disparition des populations. La biodiversité a besoin d’espace : les populations doivent pouvoir bénéficier de vastes surfaces non aménagées, d’habitat de qualité, mais aussi être connectées, avec des espaces ou corridors permettant la liberté migratoire et donc les échanges génétiques. Les espaces protégés sont nécessaires à la conservation de la biodiversité, mais ils ne seront efficaces dans leur mission à long terme que si on les connecte, s’ils ne restent pas des fragments isolés. Les initiatives menées à l’échelle du territoire comme en Isère ou à l’échelle du massif Alpin dans son ensemble sont donc capitales pour former un réseau de respect de notre biodiversité.

La biodiversité a besoin d’espace, de grands espaces, ceux-là mêmes où nous recherchons la wilderness de montagne. Mais la wilderness elle aussi est complexe, elle renvoie pour les auteurs nord américains à des espaces où l’Homme n’est qu’un visiteur temporaire. Les thèses de Biella nous disent qu’il s’agit de "nature sauvage non transformée par des activités humaines". Wilderness et biodiversité, deux notions qui vont toujours de pair ? Parfois, l’absence d’intervention, d’action humaine rend à la biodiversité toute sa richesse et sa complexité : les forêts des Cévennes qui retournent lentement à la naturalité sont des refuges particuliers pour les espèces et des processus oubliés des forêts de production (un arbre mort rendu à la pourriture abrite une vie complexe). Pour autant, certains milieux et habitats ne sauraient survivre sans un usage humain, les prairies fleuries, si diverses d’espèces et d’interactions, sont étroitement liées à une forme d’agriculture... « douce », extensive.

La biodiversité nous rend donc service ! La Biodiversité végétale des prairies fleuries, c’est aussi un fourrage de qualité, un terroir, une richesse apicole. Le retour des vautours, c’est aussi la possibilité d’un service naturel d’équarrissage, non polluant, et pour ainsi dire gratuit.

La biodiversité, au delà de sa réelle valeur utilitaire, dont on ne reconnaît d’ailleurs pas l’importance, est bien porteuse d’une valeur non marchande : celle de la simple beauté. Et pour paraphraser John Muir, la beauté nous est aussi nécessaire que la nourriture, la Nature nous soigne, nous donne des instants de joie, de la force pour l’âme et le corps. Biodiversité et wilderness se retrouvent là de manière peut-être moins attendue, par notre rapport à la beauté. Sentiment de plénitude ressentie dans nos moments privilégiés dans la wilderness d’altitude, sur une arête perdue, sentiment de plénitude lors de la rencontre avec une harde de chamois, lorsque le tétras lyre se fait entendre... Expérience de la wilderness, expérience de la biodiversité, le beau nous fait du bien !

[1from John Muir, The Yosemite, pg. 198

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