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Cynorrhodon
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Retour d’un prédateur, une histoire nord-américaine de biodiversité

16 mars 2011

Par Francine Brondex, administratrice MW et Biologiste
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Loup Mercantour
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Loup Mercantour
© Mathieu ANCELY

Le National Geographic titrait récemment « Wolf Wars », les loups sont de retour dans les Montagnes Rocheuses, aux confins des états de l’Idaho, du Wyoming et du Montana, dans les parages du mythique Parc National de Yellowstone. Un voyage dans les grands espaces de wilderness de l’Ouest Américain est instructif sur l’influence de ces grands prédateurs tant sur le milieu que sur les activités humaines.

Dès la « conquête de l’Ouest », la traque commence : des récompenses sont offertes pour chaque loup abattu. En 1872, le premier parc national est créé, mais Yellowstone ne sera pas un sanctuaire pour le prédateur : les services du Fish and Game Department [1] poursuivent le travail d’éradication, afin de développer les populations de gibier sauvage. Les loups disparaissent de ces montagnes des USA dans les années 1930.

Et pourtant, à la fin du 20e siècle, un programme de réintroduction de Canis lupus voit le jour, les lâchers ont lieu en 1995-1996 : 66 animaux ont été transportés… par avion. La différence majeure par rapport à la France se situe d’ailleurs ici, dans les Alpes, le retour s’est fait naturellement. Actuellement, les recensements dénombrent une population de plus de 1600 loups dans cette région dite des « Northern Rocky Mountains ».

Pourquoi un tel revirement dans la gestion de Yellowstone et la réintroduction d’un prédateur ?

La population de Cerfs, qui ne subissait plus la prédation des loups, a explosé. Ils ont exercé un surpâturage et une modification profonde du milieu : par exemple, la surconsommation a fait disparaître les saules et diverses espèces buissonnantes qui stabilisent les rives, offrent des sites de nidification pour de nombreuses espèces d’oiseaux ou encore une ressource alimentaire cruciale pour les castors. Les coyotes n’étant plus en compétition avec les loups ont aussi vu leurs effectifs augmenter et ont exercé une prédation intense sur les petits mammifères (rongeurs…), réduisant par conséquent les ressources alimentaires disponibles pour renards, blaireaux… Bref, tout l’écosystème a subi les conséquences de la disparition d’une espèce de prédateur, des conséquences pas toujours prévisibles tant les fils du réseau alimentaire qui sous-tendent les interactions entre les espèces sont complexes.

15 ans après le retour des loups, quel bilan est fait sur le fonctionnement de l’écosystème ? La population de cerfs est retournée à des effectifs plus bas, la végétation s’est à nouveau développée sur les berges des rivières, entraînant en cascade le retour des oiseaux, des castors… L’abondance des carcasses a permis le retour des charognards, y compris l’emblématique Aigle à tête blanche, les Ours bruns… Le retour des loups à Yellowstone nous enseigne un principe paradoxal en apparence : la présence du prédateur a provoqué un retour à une plus grande biodiversité.

Mais les « guerres du loup » sont bien vivaces outre-Atlantique : durant l’absence des loups, le pastoralisme s’est développé. D’après le National Geographic, 1% des pertes d’ovins sont dues aux attaques des loups. On peut citer deux autres activités économiques importantes dans la région : la chasse au grand gibier et… les retombées liées au 2,5 millions (!) de visiteurs annuels du Parc National de Yellowstone.

[1L’équivalent de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage

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