De nombreuses voix, reprises par l’ensemble de la presse (régionale, spécialisée montagne et même nationale), se sont élevées contre ce projet, l’érigeant comme le rappelle le média Reporterre en « symbole de l’absurdité de la glisse à tout prix et de la transformation des montagnes en parc d’attractions ». Et de lister les nombreux problèmes liés à ce type d’aménagement, comme l’a fait Vincent Vlès, professeur émérite des universités, UTOPI CNRS-Université Toulouse, administrateur coréférent du dossier « Aménagement » de notre association, spécialiste des stations de montagne, de la régulation des flux de visiteurs et de la protection des écosystèmes :
- Sur le plan économique, cet ersatz synthétique ne changera rien au manque d’enneigement naturel structurel de cette « micro-station » (déficitaire depuis quasiment sa création ; elle a d’ailleurs déjà fermé dans les années 2008 et ses jours sont comptés, piste synthétique ou pas ; clientèle de proximité, très peu de séjours, retombées économiques négligeables voire inexistantes) : les skieurs y viennent pour la neige. Sans même réfléchir à l’aspect écolo, on a déjà du mal à faire skier les gens sur de la neige, on n’arrivera pas à en faire skier beaucoup sur du plastique… tous ceux qui ont fait du ski sur herbe, sur éboulis et même dans des marnes vous diront que c’est vraiment pas aussi « fun » que sur la neige !
- Le ski, c'est sur de la neige, il faut anticiper et proposer des activités en adéquation avec ce que sera la montagne dans 10 ans (2035), mais sûrement pas avec des équipements artificiels qui nécessitent des remontées mécaniques consommatrices d’énergie, laquelle sera certainement plus coûteuse qu’aujourd’hui. Plus on se retire dans ce type de cocon virtuel, plus on se détache de choses qui se passent dans la nature. Paradoxe des rapports Nature et culture dans un monde qui se réchauffe.
- Équiper en plastique un site de haute montagne est hautement destructeur : le plastique sera très vite déstructuré par les UV, les vents et les températures extrêmes, les microparticules vont s’évacuer par les torrents vers l’aval, les pêcheurs et consommateurs seront satisfaits de pouvoir déguster de la truite sauvage des Pyrénées fourrée… au plastique. Mettre du plastique, du caoutchouc à demeure en haute montagne, c’est la marque d’un déni, c’est s’exempter du biocide en cours partout sur la planète.
- L’artificialisation d’une piste aura des impacts à différentes échelles sur les sols, sur la flore et sur la faune : elle modifie les propriétés chimiques et physiques des sols en augmentant leur température (effets de bouclier thermique), permet le développement de champignons, perturbe la structure des sols, les cycles édaphiques et réduit leur porosité, impacts sur la chimie du sols (asphyxie, accroissement des réactions anaérobies, impacts sur la végétation : repousses impossibles, revégétalisation impossible, diminution des graminées, manque de nourriture).
- Ce genre d’équipement artificiel est réservé aux régions urbaines ou en reconversion, ils servent à créer des zones de loisirs sous forme de « parcs d’attraction » : il y a tout ce qu'il faut dans la bassin minier du "plat pays" voire en parc indoor (cas déjà très problématique des pistes de ski indoor de Dubaï).
Construire un équipement artificiel de ce type en haute montagne revient à y exercer une violence irrationnelle. Cela revient, sur le plan philosophique, symbolique, économique, social et culturel à nier l’existence de la nature et à rompre avec l’insertion historiquement harmonieuse de l’humanité dans ce milieu ».