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Tournée des Massifs #3 | Imaginer l’avenir des stations de ski dans le Jura

Le 25 septembre 2026, Mountain Wilderness France organisait à Mijoux, dans le massif du Jura, la troisième étape de sa Tournée des Massifs. Une journée d’échanges consacrée à la fermeture des stations de ski et à l’avenir des territoires de montagne.

5 min de lecture
Jura
Transition
Montagne à vivre

Écrit par le comité de rédaction

Publié le 30 oct. 2026

Les Monts du Jura à l’honneur

Situé à 1000 mètres d’altitude, le village de Mijoux est au cœur du Parc naturel régional du Haut Jura. Encaissé dans la vallée de la Valserine, entre des corniches calcaires et des forêts de résineux, Mijoux est une station de ski, rattachée depuis 1999 à celle des Monts Jura.

Pour cette troisième étape de la Tournée des Massifs, le massif du Jura était à l’honneur. Nous avons choisi d’aborder une question d’actualité sensible : la fermeture des stations de ski et leur impact sur les zones de montagne. Une cinquantaine de personnes ont répondu à l’appel : bénévoles de Mountain Wilderness, élus, experts et citoyens concernés par la thématique, pour une bonne partie d’entre eux jurassiens.

Enjeux de démocratie : présentation des résultats de la Grande Concertation

Après une brève présentation de Mountain Wilderness, en tant qu’association engagée pour faire cohabiter la montagne sauvage et la montagne à vivre, le directeur de l’association Julien Loyer a présenté une des dernières grandes actions de l’association : la Grande Concertation Montagne.

Imaginée en 2024, alors que la candidature de la France pour les Jeux d’hiver de 2030 était validée, la Grande Concertation répondait au manque de consultation citoyenne autour de ce projet. Mountain Wilderness appelait à plus de dialogue avec les parties prenantes, sur le sujet des Jeux Olympiques, mais aussi plus largement sur l’avenir des territoires de montagne.

Une plateforme en ligne avait été mise à disposition pour formuler et évaluer des propositions, sur laquelle plus de 25 000 personnes avaient donné leur avis, en plus de plusieurs ateliers de discussion organisés en présentiel dans des localités de montagne.

La gouvernance des territoires de montagne est un sujet clef pour Mountain Wilderness. Il est important de maintenir une culture du dialogue, autant sur les sujets consensuels que les sujets polémiques. Dans ce sens, les résultats de la Grande Concertation sont une référence pour comprendre ce qui compte pour les citoyens.

Accompagner la transition : table ronde sur l’obsolescence des stations de ski

Dans un deuxième temps, une table ronde a réuni trois intervenants pour aborder l’obsolescence des stations de ski et la transition des territoires : Nicolas Masson, bénévole dans la campagne « Installations Obsolètes » de Mountain Wilderness, Hélène de Kergariou, commissaire de massif du Jura, et Pauline Chicoisne, experte du programme Territoires de Montagne à la Banque des Territoires.

Du côté de Mountain Wilderness, la lutte contre les installations obsolètes est une démarche essentielle de protection de l’environnement. L’abandon d’installations qui ne sont plus exploitées en montagne est le symptôme d’un aménagement non durable, dans une logique d’exploitation des ressources, sans réflexion de long terme sur le respect du sauvage et l’impact laissé à l’avenir par nos activités présentes.

Depuis 2001, Mountain Wilderness mène la campagne Installations Obsolètes, avec l’objectif de responsabiliser les aménageurs, faire disparaître les installations abandonnées, éviter la pollution et supprimer un facteur de risque pour la biodiversité et les visiteurs. Nicolas Masson a également présenté la plateforme interactive en ligne, qui permet à n’importe quel promeneur de signaler une installation, qu’elle soit d’origine industrielle, militaire, touristique ou agricole.

Sur l’obsolescence des stations de ski alpin, le phénomène de fermeture des domaines skiables va s’accélérer dans les prochaines années, avec des stations de plus en plus grandes et de plus en plus hautes qui vont être confrontées à des difficultés et considérer la fin de leur exploitation. Les installations liées au ski à l’abandon seront donc un problème à suivre attentivement.

La commissaire de massif du Jura est ensuite intervenue pour parler de l’avenir des territoires de montagne. Le Jura est un massif de moyenne montagne, avec des défis qui lui sont propres. Son tissu socio-économique est robuste grâce à une grande diversité des activités économiques : artisanat, agriculture, industrie et services, entre autres le tourisme.

Le massif possède trois grandes stations, Les Rousses, Métabief et les Monts Jura, mais aussi une multitude de petits domaines, particulièrement vulnérables au changement climatique et à la variabilité de l’enneigement. Entre 2020 et 2021, le commissariat avait recensé plus d’une vingtaine de stations en difficulté et en phase de mise à l’arrêt. Le commissariat peut alors jouer un rôle d’accompagnement, en ayant une vue d’ensemble et en allant au-devant des propriétaires plutôt que de les laisser gérer chaque situation au cas par cas.

La commissaire rappelle que la politique de la Montagne donne le droit à l’expérimentation, et que c’est aux élus de s’emparer de cette opportunité. Le Plan stratégique d’Adaptation au Changement Climatique, validé en début d’année, prévoit une soixantaine d’actions sur les ressources en eau, la valorisation de l’activité économique et la complémentarité des secteurs. L’objectif est d’assurer une économie diversifiée et résiliente, qui ne dépende pas du tourisme et soit capable d’appréhender la transition vers l’après-neige.

Pour terminer, la Banque des Territoires a présenté son programme « Territoires de Montagne » et sa feuille de route pour les cinq prochaines années, avec des réponses adaptées aux enjeux locaux. Les remontées mécaniques obsolètes sont un sujet auquel sont souvent confrontés les acteurs de montagne dans les territoires des stations. La Banque des Territoires peut accompagner des acteurs dans les projets de démontage et de renaturation, le recyclage des matériaux et la revalorisation des sites.

Démantèlement et renaturation : présentation de projets actuels

Pour illustrer la question de l’après-démantèlement et l’ampleur des possibles pour les territoires impactés par l’obsolescence des stations de ski, trois initiatives ont été présentées au public.

ReSkiLience, présenté par Alice Vigne, est un projet européen du programme Interreg Espace Alpin. Lancé le 1er septembre 2026, le projet réunit 11 partenaires de quatre pays pour travailler ensemble sur les installations obsolètes liées au ski alpin. Sur trois ans, le projet va établir un état des lieux de ces installations et de leur impact sur les espaces naturels, promouvoir des interventions ciblées dans des zones pilotes et développer un cadre commun pour faire face au problème.

Mélanie Taquet a ensuite présenté le label « Rivières Sauvages ». L’association accompagne les gestionnaires de sites pour préserver et restaurer les cours d’eau, en fédérant les acteurs privés et publics autour d’un réseau de sites naturels exceptionnels. La Valserine, qui coule à Mijoux, est labellisée « Rivière Sauvage » depuis 2015. Aujourd’hui, 46 km de cette rivière sont labellisés, des sources jusqu’aux pertes, et les acteurs sont toujours engagés dans une démarche de préservation.

Finalement, Rewilding France a été présenté par Aurélien Giraud. L’association promeut la renaturation des rivières, des pâturages naturels et des forêts. Dans le cadre de l’initiative « Station Biodiversité 2050 », Rewilding s’allie avec d’autres associations de protection de l’environnement pour saisir l’opportunité de l’après-ski pour la renaturation. La fermeture des stations de ski laisse de grandes superficies, avec un degré de naturalité important, où la pression humaine est moins forte. Le but est de faire changer de perspective sur ces espaces pour s’orienter vers la renaturation.

Imaginer collectivement l’avenir des montagnes

Sous la facilitation de deux bénévoles de Mountain Wilderness, Corentin et Claire, les participants ont pu découvrir l’atelier participatif « Voyage en 2030 Glorieuses ». Développé dans le cadre de la campagne Montagnes en Transition, cet atelier propose un exercice d’imagination collective, où chacun peut se projeter dans l’avenir de son territoire, repenser son rapport à la montagne et formuler des propositions.

À Mijoux, en petit groupe, les participants, jurassiens ou non, ont joué le jeu pour rêver, imaginer et formuler des idées sur l’avenir des montagnes. Ressources en eau, respect du bien commun, biodiversité, éducation, relations intergénérationnelles, dialogue citoyen, agriculture, tissu économique local : autant de sujets abordés pendant l’atelier.

Un exercice d’imagination collective qui nous a fait voyager vers un avenir désirable, où l’éducation à l’environnement, le partage des ressources en eau et la protection du vivant étaient au cœur du vivre ensemble !

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