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Déplacements = une question de coûts ?

14 mai 2009

ont participé à cet article : Olivier Bello, Cécile Draperi et Laurent Kammerer
Dans le dossier "Changez d’aproche", paru dans la brochure n°75 de Mountain Wilderness (juin 2008), un comparatif des coûts de transports était paru afin de donner une première estimation du coût des transports voiture/transports en commun. Cet article doit être complété par d’autres informations pour avoir une vision globale du coût réel de ces transports.
Les coûts externes

Tout d’abord, il est important d’insister sur les coûts externes engendrés par la circulation automobile.
Définition des coûts externes
L’évaluation des coûts externes est difficile puisque, par définition, ces coûts ne sont pas immédiatement visibles sur le marché. Ce sont les coûts non pris en compte dans la définition du prix de marché mais supportés par d’autres acteurs. Dans le domaine des transports, il s’agit de la pollution de l’air, de l’eau et des sols, des accidents, de la contribution au réchauffement climatique ou encore du bruit...
Par exemple, les automobilistes causent du bruit, mais ce sont les communes et les particuliers qui doivent investir de l’argent (des impôts) pour assainir les routes, pour protéger la population contre la pollution sonore ou encore pour entretenir les façades d’immeubles en ville, dégradées par la pollution.
Ces coûts, bien que « cachés » pour l’utilisateur de la voiture ou du bus, n’en sont pas moins réels et sont à la charge de la société. Cela revient à une subvention du transport routier, aussi bien de marchandises que de voyageurs, au détriment d’autres moyens de locomotion.
Dans un communiqué du 26 janvier 2008, la Commission Européenne a annoncé préparer une communication sur l’internalisation des coûts externes générés par les transports pour juin 2008. Pour se faire, une série d’études a été réalisée sur les coûts externes des transports.
Coûts externes en montagne : quelques chiffres
Préparé par plusieurs instituts de recherche (français, allemands, néerlandais, suisses) sur les transports, un rapport préliminaire[1] accorde une section particulière aux transports en milieu alpin. Il confirme les effets amplifiants du milieu alpin sur les pollutions liées aux transports.
Altitude et topographie renforcent les émissions, l’impact et la concentration des polluants. Les conditions météorologiques (inversions de température et réflexion) amplifient les nuisances sonores. Les coûts externes de la pollution de l’air (en particulier des oxydes d’azote et de souffre) et de la pollution sonore sont 5 fois supérieurs en montagne qu’en plaine, comme pour les coûts d’infrastructures.
Quant aux coûts comparés des différents moyens de transport, le dernier rapport de l’Agence Européenne de l’Énergie (EEA)[2] donne un récapitulatif des équivalents en CO2 pour différents types de transport. Même les meilleures voitures (en terme d’émissions réduites de CO2) se situent au-dessus des émissions des bus et au mieux dans la moyenne des émissions du transport par train.

Si l’on considère le « prix caché » du CO2 en France, avec l’année 2001 comme référence, à savoir 27 € / tonne de CO2, on obtient, uniquement pour les émissions de dioxyde de carbone, un coût externe entre 2,70€ et 13,50€ par kilomètre pour la voiture contre 1,20 à 2,10 € par kilomètre pour le bus. Les coûts externes pour les utilisateurs de la voiture sont donc de 2 à 6 fois supérieurs à ceux des passagers d’un bus.
A titre d’information, selon cette même étude, publiée par Thierry Chambolle, président de la Commission « Environnement » de l’Académie des Technologies[3], le « prix caché » du CO2 en France passera de 27 € / tonne (32 € pour la valeur corrigée en 2008) à 100 € / tonne en 2030.
En d’autres termes, si vous voulez préservez la montagne aussi bien que votre porte monnaie, choisissez la mobilité douce !
Coûts réels des transports en commun

Coûts des transports publics : exemple du Conseil Général de l’Isère
Les transports en commun sont en grande partie financés par les collectivités locales, donc par le contribuable.
Depuis 2001, le Conseil Général de l’Isère a multiplié les initiatives pour mettre sur pied le réseau de cars le plus attractif et performant de France : lancement de 5 lignes express, tarification zonale, multiplication desserte et points d’arrêt, création de voie de bus sur autoroutes...
En 8 ans, son budget transport en commun a doublé soit 150 millions par an pour un réseau de 596 lignes[4].
Sur 1€ investi par le Conseil Général, 21 centimes sont dédiés au carburant, 31,5 centimes pour le salaire du conducteur, 47,5 centimes pour les frais d’entretien et et le coût de l’entreprise de transport.
Selon Michel Baïetto, (vice président du conseil Général, chargé des transports et des déplacements) les transports en commun sont la priorité n°1 du Conseil Général. Jusqu’en 2019, un programme est mené avec comme projet la mise en place de l’intermodalité avec un seul abonnement pour tous les transports existants dans le département.
Il insiste également sur le fait qu’il faut « être raisonnable dans ce qu’on engage avec les impôts des Isérois » et songer à mettre en place d’autres solutions de déplacement, comme le covoiturage et les transports à la demande, qui coûtent moins d’argent notamment dans les zones les moins peuplées de l’Isère.
Le Conseil Général finance aussi les transports collectifs des communes, à hauteur de 43,7 millions d’euros pour les collectivités qui ont leur propre réseau. Cela permet à l’usager de ne payer que 20 à 30 % du coût réel de son trajet sur les réseaux urbains.
Le coût payé par l’usager, quelle réalité ?
L’usager de transport en commun ne paie en moyenne que 10% du coût du trajet. Les usagers ne paient pas le coût réel mais un tarif social qui ne correspond pas à la réalité économique du transport public.
Les transports collectifs sont subventionnés par les collectivités, en France comme à l’étranger, excepté le TGV et l’avion qui facturent au client le coût complet de fonctionnement. Rapellons le : les transports locaux sont financés à plus de 70% par l’impôt. C’est donc le contribuable qui paie le déficit des transports en commun locaux, régionaux.
Les transports publics sont donc par nature déficitaires, à l’exception en Isère des cars express Voiron/Grenoble/Crolles qui frôlent l’ équilibre financier car leur financement est assuré à 84 % par la vente des billets. (1 ligne sur 596 dans le département)
Ainsi, un ticket de car transisère payé par l’usager coûte en réalité 6 à 10 fois plus.
En Isère, les recettes provenant de la vente de billets s’élèvent à 8 millions € soit 10 fois moins que ce qu’il faudrait pour équilibrer financièrement le réseau de cars du département.
Exemple de ce que coûte réellement la ligne de TC Villard de Lans-Grenoble :
nombre de km = 390 000 km/an
fréquentation = 772 usagers par jour
coût de fonctionnement = 1,6 millions par an
soit 2000 euros par passager par an.
Coût réel de la voiture individuelle

Lorsque vous payez 8,40 € de carburant pour effectuer 100 km (7l / 100 km avec du gazole à 1,20 €), en réalité, votre déplacement en voiture vous coûte 46 € les 100 km, soit 1,46 € le km (les résultats publiés par l’ADEME indiquent 0,45 € le km pour une voiture de type Clio). En effet, au prix du carburant (qui ne représente que 17 à 19 % du prix total) s’ajoute celui de l’assurance (environ 10 %), de l’entretien (13 à 20 %) et surtout de l’achat (environ 40 %). Ces chiffres concernent une voiture roulant avec un seul passager.
Il apparaît donc que, ramené au passager sur une distance donnée, la voiture est de loin le moyen transport qui génère le plus de coût pour la collectivité[5].
Pour allier intérêt économique et intérêt écologique, il est dans l’intérêt de tous d’utiliser au maximum les transports en commun, ce qui n’est pas encore le cas. Une autre solution avantageuse est le covoiturage, économique autant pour les usagers que pour les finances publiques. Cependant, le transport public collectif reste préférable dans une logique de protection de l’environnement mais il a un coût supérieur à ce que l’on croit.
Plus de renseignements auprès des GART (Groupement des Autorités Responsables des Transports) ou sur le site de l’ADEME( Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie)
 
 
[1]« Handbook on estimation of external costs in the transport sector », CE Delft 2008
[2]« Climate for a transport change », EEA report no 1/2008
[3]« The shadow price of carbon in France », Thierry Chambolle, Strategic Analysis Center, décembre 2008
[4]Article Isère Mag, mars 2009, n°99

[5]La vie après le pétrole, Jean-Luc WIGERT

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