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Elections régionales : Mountain Wilderness France présente neuf propositions

12 déc. 2009

L’association Mountain Wilderness France, reconnue d’utilité publique, est l’une des principales associations nationales oeuvrant pour la protection de la montagne. Elle souhaite contribuer au débat sur l’avenir de la montagne française, en proposant des axes de travail et des actions aux futurs Conseils régionaux, pour ce qui concerne ces espaces montagnards.

{{}}Proposition 1. Combattre la prolifération des loisirs motorisés.

A une époque marquée par un changement climatique dont les effets commencent tout juste à se faire sentir, et devant une exigence croissante des populations de trouver dans les espaces naturels le silence et la tranquillité, comme de limiter la perturbation de la faune et la destruction de la flore et des sols fragile, nous jugeons irresponsable et incivique la pratique, par une minorité, de loisirs motorisés dans les espaces naturels.

Mountain Wilderness France demande que les Régions fassent de la lutte contre ces comportements, souvent en contradiction avec la loi, une de leurs priorités, manifestent leur opposition de principe au développement des loisirs motorisés sur l’ensemble de leur territoire et leur volonté de contenir ses pratiques dans le strict respect de la loi en vigueur. De manière plus globale, nous demandons que les Régions ne subventionnent plus aucune manifestation qui en assure la promotion et les mette en valeur particulièrement dans le cadre d’activités en direction de la jeunesse.

Enfin la délimitation de zones de tranquillité, s’inspirant de celles prévues, pour les Alpes, par le protocole « Tourisme » de la Convention alpine, doit être un objectif pour toutes les régions de montagne.

Proposition 2. Limiter les transports routiers.

Les déplacements de population au moyen de véhicules individuels sont une source importante de pollution. Les vallées de montagne, par leur configuration, sont particulièrement fragiles et vulnérables à ce type d’agression, d’autant que des études scientifiques ont démontré formellement que l’ozone, par exemple, remonte quotidiennement depuis les bassins d’activité et les grandes infrastructures routières, où elle se forme, jusque très haut en altitude, provoquant même, au-delà de sa forte incidence sur la santé humaine, des dépérissements de certains peuplements forestiers. Les ressources pétrolières s’épuisent ; il est urgent de sensibiliser le public et de créer d’autres modes de transports, modernes, non polluants et collectifs.

Les Régions se doivent de montrer la voie et d’être exemplaires en incitant et permettant une réduction des déplacements des citoyens et des marchandises et en proposant de nouvelles solutions pour la mobilité dans le respect de l’environnement et du cadre de vie.

Proposition 3. Protéger la ressource en eau.

L’eau est un bien essentiel et qui a tendance à se raréfier, en raison des évolutions climatiques et de l’accroissement de sa consommation. Il nous semble vital de préserver cette ressource, à la fois en quantité et en qualité. Les espaces naturels d’eau vive, ruisseaux, torrents, rivières, sont une composante forte, essentielle, du paysage montagnard ; de tous temps, les cours d’eau ont contribué au développement économique et social des vallées ; ils sont recherchés par les pratiquants et les visiteurs comme source d’aventure, de contemplation, de bonheur et d’équilibre. Ils sont aussi reconnus par la loi sur l’eau comme des réservoirs de biodiversité.

Les Régions doivent émettre des recommandations visant à protéger la ressource en eau, en particulier lors de projets d’implantation de nouvelles infrastructures ou zones d’habitation, qui souvent induisent des transformations importantes des berges et lits contraires au rythme et fonctionnement naturels des cours d’eau. En outre, comme les territoires montagnards constituent, bien souvent, les « châteaux » d’eau des zones d’activité et de résidence situées en aval, les Régions devraient soutenir financièrement les interventions visant à limiter les ruissellements et l’érosion torrentielle et favoriser une gestion sylvicole et une exploitation des bois adaptées aux contraintes de la montagne.  

Proposition 4. Favoriser l’économie de montagne.

Un certain nombre d’acteurs économiques tente de développer une activité économique respectueuse de l’environnement et du paysage. Les Régions ont un rôle irremplaçable à jouer dans la promotion et l’aide à ces activités. L’appui pourrait prendre la forme d’une mise en réseau des initiatives, le soutien aux Indications géographiques protégées ou des aides financières à l’installation, l’investissement ou la transmission d’entreprises.

Dans le domaine agricole, Mountain Wilderness France appelle de ses vœux la présentation de mesures incitatives en faveur d’une agriculture de montagne « biologique » (refus des pesticides et des compléments alimentaires nocifs pour la santé des animaux et des consommateurs, recours aux engrais naturels, élevage sur pré et sous la mère, refus du forçage artificiel des bêtes et des cultures, circuits courts de distribution…).

Proposition 5. Réhabiliter les paysages de montagne.

Jusqu’à aujourd’hui, aucune loi s’appliquant en milieu montagnard ne prévoit le démontage systématique des installations abandonnées. En effet, la loi Montagne, qui s’inscrit pourtant dans une démarche d’économie supportable, ne s’intéresse pas au devenir des installations au terme de leur exploitation. Cette lacune est regrettable. Si rien n’est fait dans les années à venir, il est certain que ce problème s’aggravera en raison des évolutions récentes des conditions climatiques et de l’évolution de la demande touristique.

Mountain Wilderness France préconise que les Régions favorisent la contractualisation entre propriétaire et concessionnaire pour la remise en état des territoires de montagne au terme de leur exploitation et incitent à la constitution d’un dossier présentant un schéma prévisionnel d’exploitation et de remise en état du site en fin d’exploitation et une évaluation du coût de celle-ci.

Proposition 6. Lutter contre le changement climatique.

Les Régions doivent montrer l’exemple dans la limitation de l’émission de gaz à effet de serre. Elles doivent se fixer comme objectif minimum le respect, sur leur territoire, du Protocole de Kyoto. L’évolution climatique à venir doit être prise en compte dans les décisions et projets d’aménagement. Une politique volontariste est impérative, en matière d’économie d’énergie (lutte contre la surconsommation, la climatisation à outrance, le chauffage électrique…). Les Régions doivent engager des actions pour la réduction de l’éclairage public et la sensibilisation de la population à la sobriété énergétique. L’utilisation des énergies renouvelables doit être inscrite comme objectif important de la politique régionale, en donnant la priorité à l’énergie solaire et à la biomasse.

Proposition 7. Protéger territoires et paysages.

Les Régions ont un rôle fondamental à jouer dans l’orientation à donner à l’utilisation des territoires. Leur protection peut être assurée par une politique vigoureuse des Conservatoires régionaux des espaces naturels, le développement de la coopération entre les gestionnaires de sites naturels protégés et la mise en œuvre de réseaux entre ces sites, pour une meilleure cohérence de la protection.

Les communes doivent être incitées à se doter de Plans locaux d’urbanisme, qui devront assurer, comme le prévoit la Loi Montagne, la protection des terres agricoles, pastorales et forestières. Les Régions pourraient également engager des actions en faveur de la préservation de la qualité architecturale et paysagère, du style et de l’âme de chaque village ou hameau. Enfin, les Schémas de cohérence territoriaux doivent réaliser une couverture exhaustive des territoires de montagne.

Proposition 8. Sauvegarder et valoriser le patrimoine forestier.

Les écosystèmes forestiers, qui constituent un capital unique, à préserver pour leurs intérêts patrimoniaux, paysagers, biologiques, économiques et touristiques, doivent être gérés en prenant en compte l’ensemble de ces fonctions et intérêts majeurs pour l’avenir. Cela nécessite la poursuite d’une politique de gestion des forêts publiques toujours plus respectueuse de l’environnement, conduite en étroite concertation avec tous les acteurs de la forêt et dans le cadre du renouvellement de l’éco-certification. Nous souhaitons que cette gestion, plus écologique, soit étendue, avec l’accord de leurs propriétaires, aux forêts privées.

Proposition 9. Biodiversité.

Dès maintenant, il faut mettre en chantier une charte régionale de la biodiversité, dans laquelle il serait affirmé que, d’ici 2020, plus aucune espèce, animale ou végétale, ne puisse disparaître et il serait décidé de renforcer les populations des espèces, animales ou végétales, considérées comme menacées et de lutter vigoureusement contre les espèces exogènes envahissantes qui concurrencent le patrimoine écologique local. La mise en place et la protection de corridors écologiques est également un objectif prioritaire.

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