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Hillary et la genèse de Mountain Wilderness

30 mai 2013
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À 11h30 le 29 mai 1953, le jour du couronnement de la reine Élisabeth II d’Angleterre, un modeste apiculteur de Nouvelle-Zélande devint immortel alors qu’avec le Sherpa Tensing Norgay il débouchait au sommet de Sagarmatha-en Népalais (Chomolungma-Tibetain, ou Mont Everest – 8848 m).
Ascension dont il dira :
« Nous ne savions même pas s’il était humainement possible d’atteindre le sommet de l’Everest. Et même en utilisant de l’oxygène, nous nous demandions si nous n’allions pas tomber raides morts ou quelque chose de cette nature. »

L’expédition dirigée par John Hunt comptait 362 porteurs, 20 Sherpas et 8 tonnes de bagages, et comme beaucoup d’expédition de cette sorte ce fut un travail d’équipe.

Depuis, environ 4000 personnes ont vaincu l’Everest suivant les pas d’Hillary (décédé en 2008 à l’âge de 88 ans) et de Tensing (décédé en 1986 à 76 ans). La prévision est que 700 grimpeurs se rendront au sommet cette année.
Cette réussite a marqué le début d’une histoire d’amour de Ed Hillary avec les régions himalayennes et leurs habitants, dont il s’est évertué, à travers de nombreuses fondations, à améliorer les conditions de vie (en particulier dans le domaine de l’éducation).

Président d’Honneur de l’association internationale Mountain Wilderness depuis sa création, il avait défendu une éthique de la montagne opposée à toutes les dérives consuméristes. Il fut l’un des premiers à insister sur la nécessité du respect de la montagne lors de la conquête de sommets vierges. Son action pour la protection des forêts himalayennes, notamment au Népal, a eu un impact important.

En 2006 lors d’une interview au sujet du drame qui avait frappé Davis Sharp (un alpiniste anglais laissé agonisant près du lieu dit « the Green Boot cave ») et de l’attitude des 40 grimpeurs qui étaient passés à côté de lui sans lui prêter secours afin d’atteindre le sommet de l’Everest ou d’en redescendre, il dit : « Je pense que l’attitude générale en ce qui concerne l’escalade du Mont Everest est devenue plutôt horrifiante. Les gens veulent juste aller au sommet. Ils n’ont aucune considération pour quiconque pouvant être en difficulté et cela me consterne de voir qu’ils puissent laisser quelqu’un gisant sur un rocher en train de mourir. »

La problématique des expéditions en Himalaya n’est pas chose nouvelle pour Mountain Wilderness —en particulier la pollution des camps de base et des voies normales des grands sommets. Elle est à l’origine même de la création du mouvement ; l’autre grand volet étant celui du « rétrécissement » des montagnes européennes du fait de la pression des stations de ski, des transports internationaux de marchandises ou du tourisme de masse. C’est la prise de conscience de ces deux sujets parmi d’autres qui ont conduit les plus grands alpinistes de l’époque à se réunir fin 1987 sous l’égide du Club alpin académique italien et à créer Mountain Wilderness.

Parmi ces alpinistes on compte les plus grands noms de l’himalayisme tels que : Reinhold Messner, Kurt Diemberger (récemment récompensé aux “Piolet d’Or”), Sir Chris Bonington, Lord John Hunt (qui dirigea l’expédition de 1953 au Mont Everest) , Wanda Rutkiewicz, Jerzy Kukuczka or Jordi Pons. Ces gens ont été ou sont encore les garants internationaux de l’association. Il furent rejoints par d’autres tels que : Olivier Paulin, Jeronimo Lopez, Fausto De Stefani, Jean-Christophe Lafaille ou Harish Kapadia.
Sir Edmund Hillary en a été leur président jusqu’à son décès.

Une des premières importantes actions menée par cette équipe fut l’organisation en 1990 de l’expédition K2 Libre qui résulta en un nettoyage des déchets et cordes fixes jusqu’à une altitude de 7000m ainsi que son camp de base du second plus haut sommet du monde (8611m). Cela a constitué la première expédition de nettoyage dans l’Himalaya, elle a fait depuis des émules, dont certaines expéditions que Mountain Wilderness a elle-même organisées (nettoyage par MW Catalogne de la voie normale de l’Annapurna) ou parrainé (en 1993, l’opération "PUMP" —Pour Une Montagne Propre—, au camp de base du Broad Peak, ou plus récemment en France, Falchen Kangri etDhaula-Guéri).

Suite au succès du nettoyage du K2 et grâce à la confiance instaurée ainsi entre Mountain Wilderness et le Ministère de la Culture, du Tourisme et des Sports d’Islamabad, le Pakistan a demandé à nos experts de participer à la refonte des règles concernant les expéditions, afin que celles-ci prennent en compte la dimension écologique du problème. De plus Mountain Wilderness a mis en place, d’abord au Pakistan puis en Inde —à la demande de l’Indian Mountaineering Association—, plusieurs cycles de formation à "l’alpinisme écologique" (Environmental Mountaineering Courses) à destination des officiers de liaison avec un but principal : "éveiller leur conscience écologique" leur permettant ainsi d’encadrer des expéditions.

Durant la période 2001-2006 Mountain Wilderness délivra plusieurs cours d’alpinisme écologiques au Pakistan et en Afghanistan en collaboration avec les communautés locales.

En 2003 MW organisa l’expédition Internationale Paix pour L’OXUS avec l’intention de ré-ouvrir le massif de l’Hindou Kouch afghan (qui fut par le passé une destination populaire) au tourisme d’aventures de toute sortes. L’idée était de montrer au monde l’évidence d’un retour à une vie pacifique et normale, offrant par là une source de revenu potentiel et d’amélioration des conditions sociales et économiques à une population extrêmement pauvre. Fausto Di Stefani et plusieurs co-grimpeurs atteignirent le sommet du Mont Noshaq (7492 m), le plus haut sommet de l’Afghanistan, qui n’avait pas été escaladé depuis 25 ans.

L’implication de MW dans les Himalayas est loin d’être terminée à ce jour, le Bureau Asiatique de MWI, animé par Carlo Alberto Pinelli planifie une opération de « Formation de Formateurs » pour l’été 2013 au Nord Pakistan.

- Pour en savoir plus www.mountainwilderness.org

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