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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

L’ozone et ses incidences sur la forêt

20 juil. 2010

Par Patrick Le Meignen, administrateur du GIEFS [1]
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Lac des Sagnes - MercantourL’ozone (O3) est un gaz incolore et inodore qui se forme, sous l’effet du rayonnement solaire et de la température , par la transformation des oxydes d’azote , des composés organiques volatils (les fameux COV) et du monoxyde de carbone . Ces polluants sont émis par les activités humaines et sont particulièrement présents dans les bassins industriels et les secteurs à forte densité des transports et déplacements routiers.

Il est bien connu que l’ozone a des effets nocifs sur la santé humaine et qu’il est également l’un des principaux gaz à effets de serre , donc responsable, en partie , du réchauffement climatique .

De surcroit, il a été démontré progressivement depuis les premières observations (années 90) et études réalisées tout d’abord dans le Parc national du Mercantour puis étendues dans d’autres secteurs des Alpes françaises et italiennes (L. Dalstein - Groupement International d’Etudes des forêts du Sud - GIEFS) que celui-ci avait également une incidence sur certaines essences forestières et arbustives. Ainsi, ont été mis en évidence la sensibilité des pins, tout particulièrement des pins cembro , mais aussi celle du hêtre , des robiniers et sorbiers , des frênes et érables , pour ne citer que les principales espèces .

Les recherches ,validées au plan scientifique , ont également mis en évidence que l’air et donc l’ozone qui se forme plutôt en plaine ou sur le littoral « voyage > sur de grandes distances et peut suivre un parcours ascendant , le long des vallées et des pentes , en atteignant même des crêtes à haute altitude .L’ozone pénètre dans la plante par les stomates avec une incidence sur la structure cellulaire et la physiologie conduisant à une réduction de la photosynthèse et probablement à une plus faible résistance aux agents pathogènes ( insectes ,bactéries, champignons ,etc...).

Les symptômes, avec les premiers dommages qui sont observés sur les feuilles et les aiguilles, se manifestent par des chloroses (décolorations) . Au-delà des premiers stades, des nécroses peuvent toucher l’ensemble de la surface foliaire et provoquer la chute d’aiguilles ou de feuilles .La gravité des lésions varie toutefois selon les espèces végétales.

Il est encore très difficile de quantifier l’impact de ce gaz sur la santé des arbres, la dynamique forestière et la pérennité des peuplements. Toutefois ,la poursuite de l’élévation de la teneur de l’air en ozone liée aux activités anthropiques devrait affaiblir la capacité des forêts, d’une part, à fixer le carbone et, d’autre part, à remplir leurs fonctions de protection contre les risques comme de régulation du régime des eaux .... Le vieillissement des arbres en serait également accéléré.

C’est pourquoi, seule une politique urgente, active et continue de réduction des émissions des polluants primaires(cf. supra), précurseurs de l’ozone, pourrait être à même de ramener les concentrations à un niveau non nuisible immédiatement pour l’homme et ,à plus long terme, pour les essences forestières, y compris pour leur sous-étage herbacé et arbustif. L’enjeu est d’importance.

[1Groupe International d’Etudes des Forêts Sud-européennes

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