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Cynorrhodon
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La Réserve Naturelle de la vallée de Chaudefour, biodiversité et développement local

11 mars 2011

Par Jean-François Gatel, administrateur Mountain Wilderness
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Papillon Azurés
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Papillons Azurés
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Chamois, mouflons, marmottes... Nous sommes visiblement en montagne, mais nous ne sommes pas dans les Alpes, les Pyrénées ou le Jura. Nous sommes en Auvergne.

La vallée de Chaudefour, magnifique témoin d’une époque glaciaire pas si lointaine, est l’emblème du massif du Sancy, dans le Puy-de-Dôme. Amplitude de l’altitude (1150-1854 m), diversité des pentes des versants et de leur exposition : elle abrite une diversité de milieux peu commune et, conséquence souvent vérifiée, une richesse animale et végétale hors du commun. Dont un grand nombre d’espèces alpines : l’Apollon ou encore la Soldanelle des Alpes.

Pour protéger ce patrimoine naturel exceptionnel, et se protéger de voisins envahissants (nous en reparlerons plus loin), une réserve naturelle est créée en 1991. Son originalité se trouve dans son mode de gestion : une convention tripartite réunit l’Office National des Forêts, la préfecture du Puy-de-Dôme et le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne. 20 ans après sa création, ce modèle de concertation locale avant-gardiste fonctionne toujours. Un conservateur assure le suivi scientifique, la gestion des 820 hectares avec tous les acteurs locaux, et l’accueil du public.

Même si l’essentiel du public est estival, la réserve accueille également du public en hiver. Ceux-ci proviennent notamment des deux stations de ski voisines (Super-Besse et Mont-Dore), dont les domaines reliés jouxtent le périmètre de la réserve. Au delà des incursions dérangeantes des skieurs dans le milieu protégé, c’est la question du développement local qu’il faut poser. Pour développer leur économie, les communes de montagne ont construit des domaines skiables. De nos jours, pour se diversifier, elles misent sur le tourisme vert estival. La rare création de réserves naturelles va dans ce sens, mais ce n’est pas suffisant.

Lors des projets d’aménagement, la DREAL [1] recommande que pour un hectare d’espace naturel détruit, dix hectares soient compensés. Nous demandons que ce principe de compensation soit appliqué en zone de montagne : pour un hectare de domaine skiable, dix hectares de milieux naturels doivent être protégés, avec un niveau de protection fort.

La réserve naturelle de la vallée de Chaudefour a permis de (bien) protéger une vallée du massif du Sancy. Quid du reste ? Autour du massif du Sancy, il existe près de 50 Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ou ZNIEFF), établies sur un travail d’inventaire naturaliste de la biodiversité. Mais un ensemble de ZNIEFF ne constitue aujourd’hui qu’un inventaire des richesses biologiques locales. C’est un instrument permettant de prouver l’intérêt de ces espaces devant des aménageurs ou encore un outil de connaissance dans les démarches de compensation. Mais ce n’est pas suffisant : le réseau des ZNIEFF doit servir de base à la constitution d’un véritable réseau de milieux protégés et interconnectés, intégrant le modèle « 1 ha aménagé, 10 ha protégés ». Les objectifs politiques du Grenelle de l’Environnement doivent se concrétiser par un programme ambitieux de protection des espaces naturels.

[1Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement

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