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© Gonzalo Ossa

Sport et compétition dans les espaces naturels de montagne

30 sept. 2010

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Si le mot compétition a pour synonymes challenge, épreuve, rencontre, jeu, d’autres concepts émergent tout de suite après, de connotation un peu moins sympathiques : conflit, dispute, rivalité... Et si chacun s’est un jour ou l’autre tiré la bourre avec ses copains ou son chronomètre dans l’ascension de tel ou tel sommet, l’organisation de grandes manifestations sportives, comme les JO d’hiver par exemple, ont leurs lots de dérives et d’agressions envers la montagne et les espaces naturels.

Les organisateurs des « assises de l’alpinisme et des activités de montagne », en préparation, considèrent comme intrinsèque à l’alpinisme de « s’engager en montagne hors des espaces aménagés et sans se préoccuper de compétition organisée. La démarche de l’alpinisme, en effet, ne se veut ni confrontation avec une montagne équipée, ni confrontation des hommes entre eux, mais découverte et fréquentation d’un milieu préservé en tant que terrain d’aventure. »

Alors, la wilderness est-elle soluble dans la compétition ?

C’est sur cette question que Mountain Wilderness France invitait ses adhérents et sympathisants à débattre lors de « l’université d’été » de l’association qui s’est tenu le 4 septembre 2010 à la Bérarde.

Dés son introduction, Hugues Thiébault, le président de MW France, posait les cadres du débat : il n’était pas question d’aborder la question des manifestations motorisées, mais bien de réfléchir sur la position de MW face aux grandes manifestations sportives qui se multiplient, soit hors des espaces naturels mais ayant de fortes répercutions sur celui-ci du fait des aménagements nécessaires à leur organisation (JO d’hiver, grandes compétitions de ski alpin...), soit directement dans les espaces naturels : ski de montagne de compétition, trial, raid, courses d’orientation, etc.

Quel positionnement pour MW ?
Le président ouvrait deux perspectives principales : soit le refus du concept même de compétition dans la nature, basé sur un positionnement éthique et philosophique, soit le refus des effets de ces compétitions sur la nature, ce qui amènerait l’association à être particulièrement vigilante sur les impacts, et à travailler à les prévenir (par le biais de listes de recommandations par exemple).

Les échanges ont portés sur de nombreux exemples : été, hiver, grosses et petites manifestations ont été évoquées ; les JO bien sûr, dont l’organisation de ceux de 2018 a déjà fait couler beaucoup d’encre, les raids à ski, le ski de montagne de compétition avec la Pierra-Menta, la Gaspard’in qui se déroule dans un parc national, ou la pyramide d’Oz ; l’Ultra Trail du Mont-Blanc, mais aussi son pendant alternatif l’Ultra sieste...

Le point crucial identifié est celui de « espaces naturels »
Les JO et les grandes compétitions équivalentes ne se déroulent pas dans la nature : elles l’annexent. Des gros rassemblements comme l’Ultra Trail du Mont-Blanc sont en train de développer une éthique intéressante, et tentent de prendre réellement en compte leurs impacts. Mais le nombre de participants est tel, et oblige à une telle infrastructure, avec son cortège de sponsors, de suiveurs (pour certaines en hélicos) qu’on est en droit de se demander si c’est bien l’objet de la montagne que de servir de support à tout ça !
Car au-delà de l’aspect « environnement » proprement dit, MW se doit de prendre en compte la nécessaire préservation de la liberté de pratiquer dans des espaces de « wilderness ». Si on a le malheur de tomber sur une compétition lorsqu’on était parti pour faire une sortie à la recherche de calme et de sérénité...

Et l’argument de la publicité faite aux lieux qui servent de support à ces compétition ne tient pas : le mont Blanc ou le GR 20 ont ils besoin de publicité ? La nature en soi et sa beauté sont des attracteurs suffisamment forts !

Manifestation en montagne et sécurité
Le point de la sécurisation obligatoire des parcours a été aussi évoqué, avec ses balisages, postes de secours, voire hélicoptères prêts à intervenir. Il a été rappelé que cette sécurisation allait à l’encontre du principe d’autonomie porté par l’association, qui suppose que chacun est en mesure d’assurer sa propre sécurité.

En guise de conclusion
En définitive, les participants se sont accordés pour dire que si Mountain Wilderness n’était pas opposé au principe même de compétition, l’association considère que la compétition n’est pas la meilleure manière d’avoir un contact avec la nature. Ce ne sont pas les valeurs qu’on vient chercher en montagne, que l’on souhaite transmettre.

Mais si la compétition n’est pas une valeur que l’on reconnaît, qui ne correspond pas à notre éthique, on ne va pas s’y opposer sur le principe, mais bien sur les effets.

Ainsi, l’association sera très attentive à la capacité de charge du milieu, à la multiplication des événements, continuera à refuser le suréquipement lié aux grosses compétitions hivernales. MW va également réfléchir à une liste de critères, en se basant sur les travaux déjà réalisés, afin de tenter de limiter au maximum les impacts de ces compétitions.

L’analyse au cas par cas des compétitions auxquelles nous serions confrontés se fera selon une trame forte des sept points suivants :

- Opposition aux manifestations commerciales, qui marchandisent les espaces qu’elles traversent et les réduisent à l’état de supports publicitaires.
- Opposition à l’utilisation des espaces naturels montagnards comme support de compétitions de masse.
- Nécessité de "sanctuariser" certains espaces et sites de toute manifestation compétitive (parcs nationaux, réserves, sites particulièrement sensibles,...).
- Interrogation de fond sur l’esprit compétitif : se dépasser, aller au bout de soi-même, s’évaluer, OUI ; se mesurer, comparer, vaincre, dominer : A QUOI BON ? Quel est l’objet caché de l’envie (besoin) de compétition ? L’esprit montagnard, la fréquentation de ces espaces, la confrontation avec des milieux naturels sauvages n’est-il pas antinomique avec cette volonté de prééminence et de domination ?
- Décision d’établir une grille d’analyse des manifestations pour adopter une position : objet, affluence, impacts, fragilité des espaces concernés, etc.
- Pour l’existant : nécessité de distinguer entre l’insupportable (dégradant) et le tolérable (à encadrer), selon grille ci-dessus.
- "Labellisation" d’aucune manifestation compétitive par MW. Positions possibles selon analyse/grille : indifférence, demande d’encadrement selon des objectifs environnementaux précis, opposition (jusqu’au juridique).

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