Crédits photos

Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Transports internationaux de marchandises en montagne - Le point sur les Pyrénées

9 janv. 2004

André Etchélécou, Club alpin français

Professeur à l’Université de Pau (CNRS UMR 5603 "Société, environnement, territoire"), alpiniste (dans ses chères Pyrénées bien sur, mais aussi dans les Alpes et l’Himalaya), André Etchélécou travaille depuis longtemps pour la préservation des montagnes au sein de la Commission nationale de protection de la montagne de la Fédération des Clubs alpins français. Il a été le coordinateur de l’ouvrage " Transports internationaux en montagne - Sortir de l’impasse" écrit par le Groupe Interassociatif Transports (comprenant entre autre la fédération des CAF, Mountain Wilderness, l’Association pour le respect du site du mont Blanc, les Amis de la nature...). Il assume actuellement la présidence du Groupe Transport Montagne Interassociatif.
Il met par ailleurs ses grandes compétences au service du Parc national des Pyrénées, dont il est président du Comité scientifique, et du public —il est commissaire enquêteur auprès du Tribunal administratif de Pau.
C’est également un excellent photographe !
Il nous dresse ici un portrait alarmant de la situation dans les Pyrénées, résumé de son intervention au Groupe Interassociatif Transports du 11 mai 2001.

(Ce texte a été publié dans le n° 50 - 3e trimestre 2001 - du bulletin trimestriel de Mountain Wilderness)

En 2000, plus de 16 000 poids lourds par jour ont traversé la chaîne pyrénéenne. C’est 2 fois plus que pour les Alpes françaises.
La progression du trafic poids lourds à travers les Pyrénées est unique en France : 3700 PL/j en 1984, plus de 16 000 PL/j en 2000.

Les passages routiers se font encore essentiellement aux deux extrémités de la chaîne : Biriatou et Le Perthus. Les voies de passage autres sont le Puymorens, le Val d’Aran, la vallée d’Aspe.
Les perspectives de trafic poids lourds à échéance de 20 ans, sans politique de transport combiné, sont de 30 000 à 40 000 poids lourds par jour. Ces perspectives ne prennent pas en compte : le projet d’ouverture d’un tunnel sous Gibraltar, et la mise en service prochaine du Terminal du port de Sinès au Portugal.
Les deux passages autoroutiers de Biriatou et du Perthus ne pourront pas assurer le volume de trafic attendu.

Une politique de transport combiné est indispensable par le développement des voies maritimes et des voies ferroviaires.
Les mesures politiques prises sont inadaptées :
- la réouverture de la voie ferrée Pau-Saragosse ne pourra assurer que moins de 1/10è des besoins transpyrénéens d’ici 20 ans,
- la voie ferrée nouvelle côté Méditerranée serait bridée à 1 million de tonnes par an (soit 1/200è du fret transpyrénéen évalué d’ici 20 ans),
- la modernisation des passages ferroviaires actuels d’Hendaye et de Port-Bou permettra 20 millions de tonnes par an (10 % de l’estimation du fret transpyrénéen attendu d’ici 20 ans).

Il y a donc un risque majeur de voir les camions internationaux traverser les vallées pyrénéennes.
Le passage des camions internationaux à travers les vallées pyrénéennes ne sera pas accepté.
L’engagement politique pour une ligne ferroviaire à grand débit sous les Pyrénées doit être décidé de toute urgence.
Le coût de telles infrastructures est remboursé par la prise en compte des coûts externes (autant de camions en moins sur les routes c’est autant moins à payer pour la sécurité, pour le bruit, pour l’environnement naturel, pour l’économie touristique locale, pour l’entretien des infrastructures, pour la facture énergétique.)

Trois blocages doivent être levés :
- la désinformation : on observe une sous-estimation de l’importance du trafic transpyrénéen dans les états de trafic faits notamment par les Services d’Etat,
- une mise en cohérence des institutions ferroviaires côté français et côté espagnol : la SNCF doit se recentrer sur le seul transport ferroviaire, adapter l’offre à la demande ; Réseau ferré de France doit avoir les moyens d’une politique d’investissement ; le système ferroviaire espagnol doit s’adapter aux normes européennes,
- l’absence de décision politique pour le long terme : il faut inscrire au schéma européen des transports la création d’une ligne ferroviaire à grand débit à travers les Pyrénées ; il faut inscrire dans le schéma de services collectifs sur les transports de marchandises l’interdiction de circulation des camions internationaux dans les vallées de montagne.

image

Vous pouvez également télécharger le rapport de synthèse du Programme "Ecosystèmes - Transports - Pollutions" (document pdf - 1,7 Mo) rédigé par André Etchélécou, Gaëlle Deletraz et Christian Elichegaray.

Diffuser cet article :


Partager