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© Mathis Dumas | www.mathisdumas.com

Mountain Wilderness propose à Domaines Skiables de France de réfléchir ensemble et collectivement à la station de demain

23 nov. 2020
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Après les nombreuses déclarations des Domaines Skiables sur les enjeux climatiques auxquels ces derniers sont confrontés et dans le cadre du travail engagé pour les États Généraux de la transition, Mountain Wilderness propose une réflexion globale commune à partir de cette salutaire prise de conscience et la mise en place un travail commun. 

Début octobre, Domaines Skiables de France (DSF), le syndicat des exploitants de domaines skiables, a annoncé prendre 16 « éco-engagements » pour diminuer l’impact sur l’environnement de l’activité des domaines skiables.

Dans une lettre adressée à Alexandre Maulin, président de DSF, Mountain Wilderness, en la voix de son président, Frédi Meignan, fait part de son souhait de contribuer à cette démarche de façon cohérente et concertée avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème montagnard.

Notre association souligne l’enjeu fondamental de dépasser le seul objectif de faire du ski une activité durable pour aller vers une participation active à la transition des territoires de montagne. Nous proposons en ce sens à DSF d’étudier concrètement la réalité de chacun de ses engagements. MW rappelle le défi d’aujourd’hui : dépasser l’ultra court-termisme et se projeter dans ce que sera la vie en montagne dans les années à venir. 

Sans langue de bois, MW aborde les désaccords, prenant l’exemple des projets de nouveaux grands aménagements, grignotant les espaces vierges. Ce courrier rappelle enfin le contexte global très difficile que nous connaissons, avec en plus de la crise sanitaire et ses conséquences multiples, les préoccupations environnementales de plus en plus fortes dans l’opinion publique. L’urgence de la situation exige de travailler autrement et ensemble à définir ce que seront les stations de demain, inscrites dans des dynamiques territoriales et viables, vivables, à l’année. 

Cette démarche d’engagement portée par DSF est la bienvenue dans le cadre de la préparation des États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne qui, comme leur nom l’indique, n’auront d’intérêt que si tous y participons. 

Lettre de Mountain Wilderness à Domaines skiables de France

« La montagne est devenue un des symboles du réchauffement climatique en France. La fonte des glaciers, l’augmentation de la limite pluie/neige, les températures anormalement chaudes... beaucoup d’indicateurs sont à l’orange, certains au rouge. »

Nous partageons bien entendu votre constat. Et les « 16 éco-engagements » déclinés par DSF sont encourageants. Nous savons que le travail pour parvenir à cet engagement collectif, au sein d’un Syndicat professionnel très tourné vers l’aménagement en montagne, n’est certainement pas chose aisée. C’est un premier pas significatif.

Face à la gravité de la situation

Nous souhaitons contribuer avec tous les acteurs de la montagne à la lutte, à la fois, contre, le dérèglement climatique, les pollutions et les
fortes menaces qui mettent en danger la vie animale et végétale
. De façon cohérente,
concertée, coordonnée. Le défi d’aujourd’hui est de dépasser l’ultra court-termisme et de se projeter dans ce que sera la vie en montagne dans les cinq ou les quinze prochaines années à venir. Dans des conditions socio-environnementales bien différentes…

Nous pensons ainsi que la feuille de route environnementale des domaines skiables actuels devrait dépasser le seul objectif de faire du ski une activité durable pour aller vers des espaces d’altitudes qui participent activement à la transition des territoires de montagne. On ne peut plus se projeter dans l’avenir proche en continuant ce que l’on a fait depuis longtemps. Il va y avoir des évolutions inédites, il nous faut collectivement les anticiper et agir plutôt que subir.

Ainsi par exemple, le foncier et l’eau sont deux enjeux majeurs, en montagne encore plus qu’ailleurs... pour l’eau car nous sommes en tête de bassin, et pour le foncier parce que la géographie et les risques naturels le rendent encore moins disponible qu’ailleurs.

Nous pourrions discuter ainsi de chacun des engagements et challenger la réalité et les perspectives de réussites de ces objectifs.

Au-delà l’aspect louable de chacun des engagements, en l’état ils ne font pas apparaître le facteur n°1 d’émission de CO2 des stations, qui est le transport pour arriver en station (57%), et en second l’hébergement (construction, chauffage, entretien etc…) sans aborder la question complexe des lits froids.

Vous le savez, il y a des aspects où nos désaccords sont marqués comme par exemple sur les projets de nouveaux grands aménagements ou les liaisons pour réaliser de méga stations. Nous pensons qu’il est temps de rompre le cercle vicieux mortifère de construire de nouvelles installations qui seraient rentabilisées que si l’on construit de nouveau de nombreux nouveaux lits et ainsi de suite, c’est sans fin… et constitue probablement une impasse notamment pour les financements publics associés. Ce qui n’empêche pas, nous l’avons vu encore récemment en particulier dans les SCoTs de territoires des Alpes du Nord, le grand retour des projets d’aménagement dignes du siècle dernier.

Dans le contexte global très difficile que nous connaissons, avec en plus la crise sanitaire et ses conséquences multiples, les préoccupations environnementales sont de plus en plus fortes dans l’opinion publique. Les acteurs de la montagne et les citoyens de nos vallées et villages apprécieraient des gestes forts, par exemple un moratoire sur les projets de liaisons inter stations et les constructions de nouveaux complexes hôteliers dans des espaces naturels en discontinuité.

Nous sommes disponibles pour travailler ensemble, dès maintenant, à des pistes diversifiées pour l’avenir de nos territoires de montagne.

Nous ne sommes pas, bien entendu, opposés à la rationalisation des domaines skiables
existants, mais il nous semble fondamental de protéger les espaces naturels encore
vierges dans nos montagnes.

Bien sûr nous apprécions votre engagement à démonter des installations obsolètes chaque année. L’expérience reconnue de MW sur ces démontages, depuis 2001, nous permet de vous proposer de travailler ensemble et accroître ainsi nos compétences réciproques, et peut-être de manière plus ambitieuse que les trois démontages de remontées mécaniques par an. Nous pourrions par exemple recenser conjointement les installations à démonter et pas seulement dans les stations adhérentes ou encore en activité. A l’issue de ce recensement, nous pourrions prévoir des opérations de démontage de ces remontées abandonnées et obsolètes grâce à du mécénat de compétences de la part de personnes spécialisées des domaines skiables.
- Lire notre position complète sur ce sujet

MW poursuivra son rôle de vigie constructive mais exigeante sur ces engagements, et sans perdre son exigence d’ouverture.

Il est temps de poser collectivement les termes d’un débat public et de s’atteler à des chantiers inédits. « Une nouvelle ère pour la montagne » comme l’exprime l’Association Nationale des Élus de Montagne (ANEM). Avec en toile de fond : la place de la montagne dans notre société pour les années 2020, 30, 40 ?
Et des questions qu’il faudrait affronter ensemble, dans l’écoute et la responsabilité
partagées.
Par exemple : jusqu’où faut-il continuer les investissements dans les
équipements lourds et plus d’artificialisation ? La montagne a pourtant un potentiel
énorme de richesses : ses grands espaces naturels exceptionnels et ses acteurs motivés, créatifs, avec nombre de savoirs faire et de passions qui mériteraient d’être mieux partagés, valorisés. Ne faudrait-il pas réorienter une part des financements vers les potentiels des humains de nos territoires ?

Désormais l’urgence de la situation exige de travailler autrement et ensemble à la
définition ce que seront les stations de demain
, des stations inscrites dans des dynamiques territoriales et viables, vivables, à l’année, au-delà des mois de vacances scolaires hivernales. Nous avons la responsabilité de contribuer à un travail collectif inédit avec l’ensemble des acteurs de la montagne.

Dans cette démarche et dans la préparation des États Généraux de la Transition du
Tourisme en Montagne
, co-organisés dans le cadre de la SUERA, nous espérons une parole forte et un engagement de DSF. Au-delà d’être une chambre syndicale, DSF joue un rôle de conseil et d’accompagnement auprès des collectivités en tant que spécialiste des domaines skiables ; DSF joue également un rôle important de lobby au sein des institutions. Sa parole est écoutée.

La prise en compte de la gravité de la situation de nos montagnes impose de l’exigence et de l’ouverture.

Nous proposons d’y travailler ensemble. Cette dynamique de changement si elle est collective, avec l’ensemble des acteurs montagne, pourrait aider à redonner de l’air et de l’énergie, des perspectives pour tenter de dessiner un avenir positif.

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