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Réflexion sur "Mountain Wilderness"

9 déc. 2003

par André Aubry-Lecomte, Préfet honoraire, membre de Mountain Wilderness

Réponse au questionnaire sur Mountain Wilderness de Véronique Fonseca, étudiante en géographie de l’université de Grenoble.

Mademoiselle, ou Madame,

Le questionnaire que vous m’adressez à propos de "Mountain Wilderness" me remplit d’une certaine perplexité.

Face à une entité mal traduisible, définir à la fois une conception, une attitude et une pratique implique une acceptation partagée du sens qu’on veut lui donner. De plus, la réponse qu’on peut apporter n’est pas tout à fait la même, selon qu’on s’attache à la "wilderness", comme votre questionnaire parait l’indiquer, ou à la notion plus complexe de "Mountain Wilderness" à laquelle la raison sociale de l’Association est confrontée. Je ne m’étends pas sur ce point de départ pour me complaire dans une analyse sémantique mais parce que le sens qu’on donne aux mots a des implications sur ce qu’on veut en faire.

"Wilderness" tout seul, comme dans votre questionnaire, est assez facile à exprimer. Partant de "wild", sauvage, désolé, tumultueux, déchaîné (plus une colonne entière de sens divers dans un bon dictionnaire anglais), vous avez "wildness" qui s’applique de préférence aux humains et aux animaux et "wilderness" qui exprime l’état d’un lieu. La steppe, la toundra, le désert, la lande aride correspondent à la notion de wilderness ... mais pas la montagne en général.

Alors comment traduire la notion de "Mountain Wilderness" ? Cela est d’autant plus malaisé que là où l’anglo-saxon exprime une idée par deux noms juxtaposé, leur formulation en français n’a pas de réplique binomiale.
Elle peut en faire un participe, et ça peut être montagne préservée, sauvegardée, épargnée, ...etc.
Elle peut se faire par un adjectif et vous avez le choix : montagne authentique, farouche, magnifique, plus belle, indomptable, ...etc.
Elle peut se faire enfin par une périphrase, et vous avez montagne à vivre, à sauver, à aimer, à préserver ...etc.
Aucune de ces formulations n’est en soit satisfaisante, mais la recherche est ouverte...

A travers, toutefois, une relecture de nombreux bulletins de l’Association au fil des années, je remarque qu’il y a deux expressions qui reviennent le plus fréquemment sous des plumes diverses : "montagne à vivre" et "la sauvegarde de la montagne", et qu’elles paraissent se compléter dans la notion de "Mountain Wilderness".

Pour ceux qui se sentent plus près de la "wilderness" dans la juxtaposition de ces deux mots, c’est la notion de sauvagerie, d’authenticité qui domine, le souci de préserver ce qu’il y a de moins "attaqué" dans la montagne, et en premier lieu les hautes pentes et les sommets : c’est la "sauvegarde de la montagne". Mais au nom de la wilderness, c’est aussi d’autres lieux, jusqu’ici préservés, que la montagne. C’est aussi la wilderness dont nous nous sentons comptables.

Si l’on se sent plus près de "Mountain", l’on sera plus porté à considérer que la montagne est un tout, que les plus hauts espaces n’y sont pas indépendants des vallées, qu’il ne faut pas seulement la préserver des hommes, et qu’il faut en même les y accueillir : c’est la "montagne à vivre".

Bien sur, cela ne veut pas dire que dans une conception simpliste chacun des points de vue exclurait l’autre, en un combat singulier entre les Ayatollahs et les imams tranquilles de la montagne. toutefois, selon qu’on penche plus vers "Mountain" ou vers "Wilderness" le conflit peut exister entre ce qu’il convient de faire dans un sens ou de préserver dans un autre. Comme tout organisme vivant l’Association doit gérer ses contradictions. Mais au delà de celles-ci il parait souhaitable que les deux approches se confrontent et se confortent réciproquement et traduisent ainsi au mieux les préoccupations que ses membres peuvent partager.

En fait, et en conclusion, "Mountain Wilderness" me parait une expression parfaite mais intraduisible sinon par une approximation dans laquelle à la fois les soucis de promotion et de préservation sont sous des formes diverses présents ; plus qu’un "panel", "Mountain Wilderness" est un état d’esprit, un état d’âme, je pourrais presque dire : un mot d’amour.
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