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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Cette montagne qui heureusement ne nous appartiendra jamais...

22 sept. 2014

JPEG - 20.9 koLe voyage sur les 212… sur les 212 !
Faut-il retenir les 212 côtes obligatoires à relier qui me valent l’honneur superflu d’être le premier français à réaliser cet enchaînement ? Ou les 3 mois de voyage envoûtant au cœur d’une nature brute et isolée ?
Ce qui est sûr, c’est que l’expérience s’est avérée bien plus compliquée que prévue en raison des conditions météorologiques de ce sympathique été 2014…

Pourquoi n’avons-nous plus droit aux saisons qu’ont connu nos parents ? Face à notre vanité négligente, la nature nous impose-t-elle volontairement des épreuves de plus en plus imprévisibles ? Lorsqu’on regarde avec inquiétude les études récentes des plus grands météorologues et l’instabilité croissante du climat, à long terme pourrons-nous continuer à entreprendre sereinement de grands projets d’expéditions, sources vives d’enrichissement humain ?
Car pour celle-ci ça n’était pas tous les jours marrant de grimper avec les doigts gelés, de transpirer dans la cagoule et de regarder la neige tomber ! Aidé par la carte du courage de Patrick Berhault à qui l’on rendait hommage avec sa famille 10 ans après sa disparition, les kilomètres se sont doucement accumulés au fil des arêtes mais pas des jours : le rythme était très saccadé, il fallait faire preuve de patience mais aussi être capable d’y aller n’importe quand, de profiter de la moindre journée correcte.

Dès ma première traversée à 19 ans, j’ai pu constater le pouvoir de l’isolement et remarquer la résurgence de sens ancestraux – vitaux – que seule la nature est capable d’offrir à qui se donne à elle tout entier. Durant cet été agité, pour progresser sans cesse sur des cimes au-dessus de 3000 mètres, plus que jamais il fallait dépendre de ces sens en veille permanente : de nos jours, combien d’êtres humains ont encore les pieds sur terre et sont seulement conscients de leur existence ? Combien d’hommes réalisent qu’ils sont issus de la nature, respirent grâce à elle, mais surtout et tout simplement, qu’ils sont la nature ? Si j’avais voulu me battre contre elle au lieu de m’y fondre, je n’aurai pas fait de vieux os cet été…

Finalement, à force de ténacité et d’humilité, l’Est s’est peu à peu garni de sommets, de souvenirs et de leçons tandis que la sagesse avivée par les épreuves m’a mené en pleine forme jusqu’aux dernières cimes.
Telle la récompense d’un long examen de passage, le soleil a éblouit la fin du voyage jusqu’à faire briller le drapeau de l’expédition élevé avec l’aide de mon ami Didier Angelloz, qui soutenu par le souffle d’un vent nouveau flotte toujours au sommet du Balaïtous. À présent, assis au milieu des vertes pelouses de notre val d’Azun, Umberto Flematti et moi-même observons cette montagne qui heureusement ne nous appartiendra jamais, et pourtant…

Mille leçons résultant de ce projet doivent être racontées, mais dans ce résumé je me contenterai d’écrire la plus marquante : le respect, la fidélité et l’affirmation de ses valeurs est infiniment plus important que la réussite d’un quelconque exploit. Ma plus grande fierté bien au-delà de cet enchaînement a été d’appliquer sans faille mes idées malgré l’ampleur du défi. Avec un peu de recul je suis convaincu que c’est grâce à elles que mes jambes ont été davantage alimentées à l’arrivée qu’au départ d’une énergie saine, afin d’atteindre ma maison en vélo et en souriant au ciel.
À 25 ans, la nature me fait encore grandir… Elle m’a déjà tant apporté qu’aujourd’hui, guidé par ces valeurs, je ne rêve que de conserver librement ma proximité avec elle : être à ma place d’être vivant.

Je vais enfin avoir un peu plus de temps et par l’intermédiaire de MW, pouvoir m’adonner légitimement à la valorisation et à la défense de notre environnement avec cœur et je l’espère, efficacité en tentant de répondre à cette question : que faut-il faire pour éveiller et élever nos générations ?

- En savoir plus sur l’aventure du voyage sur les212

Par Romain Da Fonseca

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